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mardi 19 juin 2012
jeudi 16 juin 2011
Le travail c'est la santé
Aujourd'hui, 19 mineurs de charbon et ouvriers du secteur de la construction et de l'industrie du tabac originaires de la région de Cúcuta, dans le Norte de Santander, près de la frontière vénézuélienne, tous victimes d'accidents de travail, se sont rassemblés sur la place Bolivar à Bogotá pour réclamer la reconnaissance de leur invalidité et le paiement d'indemnisations.
Bien qu'ils aient cotisé auprès de plusieurs EPS, (entreprises promotrices de santé, sorte de mutuelles privées chargées du financement des soins de leurs affiliés) telle que Saludcoop, Saludtotal ou Coomeva, ils n'ont pas bénéficié de l'attention qu'ils considèrent devoir recevoir de leur part en application de la Constitution et des lois sur la santé, la protection sociale et le minimum vital, notamment la loi 100 (voir sur ce sujet le reportage sur la manifestation contre la corruption dans les EPS, et les articles de Sara G. Mendeza qui traitent du scandale qui affecte leur gestion et de la crise de la santé en Colombie).
Ils réclament le paiement de la sécurité sociale intégral, et le droit à une vie digne, à travers une requalification adaptée à leur handicap. Certains d'entre eux attendent sans aucune ressources depuis près d'un an la reconnaissance de leur invalidité, et du même coup la pension qui va avec, alors que ce processus est censé prendre moins d'un mois, et que des jugements ont été rendus en leur faveur après qu'ils aient fait recours contre ces dysfonctionnements, jugements qui ont été ignorés par les EPS concernées.
Dimas Cruz Mesa (et non Grumesa comme l'a nommé le site d'El Tiempo...) est l'un de ces accidentés. Victime d'un éboulement dans la mine où il travaillait, il se déplace aujourd'hui en fauteuil roulant, et a décidé avec 12 mineurs également handicapés et d'autres victimes d'accidents du travail de venir jusqu'à la capitale faire valoir ses droits devant les plus hautes autorités du pays. Comme il nous le raconte (en espagnol) dans la vidéo ci-dessous, parole leur a été donnée qu'ils allaient être reçu ce soir par le vice-président, nous tâcherons de savoir si cette promesse a été tenue, et quelles suites ont été données à leurs revendications afin d'en rendre compte ici.
© D. Fellous/Libre arbitre
PS: Impossible de comprendre pourquoi le début de la vidéo est déformé comme ça, je l'ai uploadé 10 fois sur Youtube avec le même résultat, si un expert avait une idée de la cause (l'original n'a pas ce problème) et de la façon d'y remédier, je lui serais très reconnaissant de ses commentaires éclairés.
mardi 24 mai 2011
Manifestation contre la corruption dans les EPS
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| Bogotá, le 24 mai 2011. Manifestation contre le scandale des EPS. Photo : D. Fellous/Libre arbitre |
Pour protester contre le nouveau scandale de corruption dans les EPS (Entités Prestataires de Santé), dont nous avons parlé il y a trois semaines, une manifestation était organisée ce matin à Bogotá entre le Parc National et la Place Bolivar, ainsi que plusieurs autres rassemblements dans les principales villes du pays.
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| Bogotá, le 24 mai 2011. Manifestation contre le scandale des EPS. "Mort inconnu. Victime de la loi 100". Photo : D. Fellous/Libre arbitre |
Répondant à l'appel de plusieurs syndicats de travailleurs de la santé et d'organisations de patients, plusieurs centaines de personnes ont défilé dans la capitale contre ces détournements d'argent public et la Loi 100 de 1993 qui régit le système intégral de sécurité sociale et qu'ils considèrent à l'origine de ces fraudes.
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| Bogotá, le 24 mai 2011. Manifestation contre le scandale des EPS. "La santé et la vie, ils en ont fait des marchandises. Dehors la privatisation". Photo : D. Fellous/Libre arbitre |
Les manifestants réclamaient notamment le remboursement par les EPS impliquées dans le scandale des ressources versées par le Fonds de Solidarité et de Garantie pour les traitements non effectués et les délivrances fictives de médicaments ainsi que le paiement immédiat de leurs dettes au réseau public hospitalier. D'une façon générale, les slogans refusaient la privatisation du secteur, les intermédiations dans le système de soins, et tout ce qui tend à faire de la santé une marchandise.
Plus d'informations (en espagnol) sur le site de Notiagen.
Plus d'informations (en espagnol) sur le site de Notiagen.
mardi 3 mai 2011
À chaque année son scandale de la santé
La crise du système de santé colombien est-elle si conjoncturelle qu’on voudrait le faire penser ?
Six personnes ont été arrêtées lundi dernier suite à une enquête révélant le détournement de sommes destinées à des remboursements d’actes de soins ou de médicaments. La fraude concernerait plus de 9 millions d’euros et impliquerait des fonctionnaires du ministère de la Protection Sociale et des employés des entreprises de santé chargées de l’administration de l’affiliation, les EPS. Des entreprises façade auraient été créées pour gérer les fonds. Parmi les méthodes utilisées, on retiendra les autorisations données par le ministère à des remboursements demandés par des EPS sur lesquels étaient prélevés une commission de 2 à 6 % de la valeur payée, des paiements d’actes pour des personnes pourtant décédées, des procédures et des médicaments surfacturés par les EPS, ou encore des règlements gagnés en justice que les patients n’ont jamais touchés.
Six personnes ont été arrêtées lundi dernier suite à une enquête révélant le détournement de sommes destinées à des remboursements d’actes de soins ou de médicaments. La fraude concernerait plus de 9 millions d’euros et impliquerait des fonctionnaires du ministère de la Protection Sociale et des employés des entreprises de santé chargées de l’administration de l’affiliation, les EPS. Des entreprises façade auraient été créées pour gérer les fonds. Parmi les méthodes utilisées, on retiendra les autorisations données par le ministère à des remboursements demandés par des EPS sur lesquels étaient prélevés une commission de 2 à 6 % de la valeur payée, des paiements d’actes pour des personnes pourtant décédées, des procédures et des médicaments surfacturés par les EPS, ou encore des règlements gagnés en justice que les patients n’ont jamais touchés.
L’annonce de la fraude a été faite directement par le président Juan Manuel Santos et concernait une enquête menée sur seulement 10 % des remboursements supplémentaires accordés par le ministère, laissant présager encore de bien mauvaises nouvelles. L’année dernière, la Cour Constitutionnelle cassait des décrets passés par le précédent gouvernement qui prévoyaient de dispenser les EPS du paiement d’actes et de médicaments non prévus dans le plan de santé destiné aux populations démunies. La lutte engagée était celle du respect du droit à la santé comme droit fondamental, sans distinctions de revenus, contre l’argument de la rentabilité et de l’efficacité de papier. Aujourd’hui, ce que nous révèle ce nouveau scandale, c’est bien que ce système de santé n’est pas bien conçu pour réduire les inégalités des Colombiens face à la maladie, mais qu'il a ouvert aux intérêts particuliers le maniement et le détournement de l’argent public.
Au cœur du système, les EPS. Elles sont près de 70 à se disputer le marché de l’affiliation et sont pour la plus grande majorité privée. Pour chaque affilié, elles reçoivent une somme annuelle versée par le fond public de solidarité, le Fosyga. Les EPS décident selon une certaine marge de manœuvre d’autoriser ou non les paiements médicaux que demande un affilié. Le problème que portait déjà ce système était de voir le droit à la santé tellement bafoué que les patients n’avaient d’autre solution que de solliciter la justice et le respect de la Constitution pour par exemple réussir à obtenir un examen de compatibilité avant la transplantation d’un rein. On s’aperçoit maintenant que non seulement l’argent qui devrait servir à cet examen peut être surévalué, au bénéfice d’employés de l’EPS, mais qu’en plus, il n’arrive pas toujours dans la poche du patient.
Les EPS, innovation directement sortie du chapeau des théories de l’auto-proclamée « nouvelle gestion publique », ont été créées pour soi-disant assainir une sécurité sociale malmenée par la bureaucratie publique en usant du jeu de l’offre et de la demande. On n'avait pas prévenu les Colombiens que l’assainissement se ferait par le vide et le siphonnage des caisses de l’État…
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lundi 10 mai 2010
Crise de la santé en Colombie ? Un secteur pourtant très rentable…
En janvier dernier, face à des jugements en justice obligeant les administrations aux remboursements d’actes médicaux qu’elles avaient niées, le gouvernement d’Uribe déclare l’état d’urgence sociale. Divers décrets sont adoptés et visent, entre autres, à limiter ces remboursements. Les médecins quant à eux peuvent dorénavant être amenés à justifier selon un rapport de « coût/efficacité » leur décision sous peine de sanctions.
Depuis sa réforme avec la loi 100 de 1993, le système de santé colombien fonctionne selon les règles de la concurrence, l’affiliation à la sécurité sociale ayant été transformée en un vaste marché ouvert aux groupes privés. Les EPS, des organismes administratifs gestionnaires des budgets destinés à chaque patient, s’y disputent les affiliés. Pour réaliser des économies et maximiser leurs profits, selon l’efficience que la normativité leur demande de respecter, ces EPS sont conduites à limiter leurs dépenses, notamment en refusant de financer un certain nombre d’actes de santé.
Pour comprendre un peu mieux comment fonctionne réellement ce système et dépasser le discours d’une sécurité sociale gouffre économique, sorte de litanie devenue traditionnelle dans la bouche des décideurs politiques de tout poil, penchons-nous un instant sur la structuration des différentes entreprises qui le compose.
En 2009, l’hebdomadaire Semana publie un classement des 100 premières entreprises colombiennes. Le classement s’appuie sur les chiffres d’affaires réalisés sur l’année 2008. On y retrouve six EPS (sur vingt) du régime des salariés à des places non négligeables, dont SaludCoop classée 18e entre la multinationale Drummond, chargée de l’exploitation du charbon de La Guajira, et une autre multinationale, General Motors. SaludCoop avait réalisé des ventes d’environ un milliard d’euros sur l’année. Le cas de cette EPS est emblématique car il illustre comment le secteur a été reconfiguré une fois la loi 100 mise en route.
La coopérative SaludCoop est créée en 1994 à partir d’un capital de 2 500 millions de pesos ; en 2009 l’entreprise évaluait son patrimoine à 439 391 millions de pesos (environ 150 millions d’euros en mai 2009). Cette multiplication de sa taille d’environ 176 fois, SaludCoop la doit à son positionnement sur le nouveau marché de l’affiliation et de la santé. Dans le cadre juridique favorable au secteur privé, l’entreprise a investi dans toutes les branches du secteur de façon à rentabiliser au maximum l’argent de la sécurité sociale versé dans ses caisses : SaludCoop possède son propre réseau de cliniques, 31 institutions de haut niveau technologique, des laboratoires d’analyse ou d’imagerie médicale. Mais surtout, ses dirigeants ont investi sur toutes les étapes de la prestation de services de santé : SaludCoop est propriétaire de l’entreprise qui confectionne les vêtements et tissus hospitaliers et de celle qui les lave. Elle possède aussi celle chargée de la préparation des repas et des aliments, et elle fait appel à une autre de ses entreprises pour la maintenance de ses équipements. Elle contrôle aussi un réseau de pharmacies et la société qui se charge de négocier les prix des médicaments auprès des entreprises pharmaceutiques. Elle n’a pas non plus oublié le secteur des ressources humaines puisqu’elle possède deux coopératives de travail associé, l’une pour le recrutement du personnel médical, l’autre pour assurer les services de sécurité privée. Elle détient aussi le centre d’appel du groupe, un cabinet juridique et un cabinet d’audit. Elle a par ailleurs racheté deux autres EPS du régime des salariés: CafeSalud et Cruz Blanca. Enfin, en tant que coopérative, elle doit investir dans l’éducation et est donc propriétaire d’un collège privé des quartiers riches de Bogotá et d’un institut de formation au golf…
Les résultats de l’EPS et son exploitation du secteur contrastent avec l’état déclaré d’agonie du système de santé. La différence est d’autant plus forte que SaludCoop se retrouve en février 2010 au cœur d’un scandale financier. Alors que les décrets de l’état d’urgence sociale viennent d’être votés et appellent à la rigueur dans les hôpitaux publics, la Superintendance en santé réclame à SaludCoop le remboursement de 627 milliards de pesos (environ 260 millions d’euros) qui auraient été utilisés pour l’achat d’actifs et pour des investissements non autorisés selon ce que fixe la loi sur l’usage de l’argent du régime contributif. Dans le classement des entreprises publié par Semana en 2010, SaludCoop n’y apparaît pas. L’EPS n’a pas voulu renvoyer les informations demandées, explique l’hebdomadaire…
Pour en savoir plus, lire l'article (en espagnol) de David Coronell publié le 30 janvier 2010 dans Semana et qui a inspiré ce billet : ¿Dónde está la bolita?
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samedi 6 février 2010
Manifestation pour la défense de la Santé
Plusieurs milliers de personnes ont défilé aujourd'hui à Bogotá contre le décret 4975 d'Emergencia social (Urgence sociale), en vigueur depuis deux semaines, les décrets 128 et 131, et la loi 100, qui menacent de revenir sur les acquis constitutionnels de 1991 d'accès à la santé, en centralisant les ressources distribuées aux EPS - Entreprises prestatrices de santé (sic) - et en réduisant les dépenses de santé : diminution des actes couverts et du montant des remboursements.
Un véritable démantèlement du système de santé public, déjà peu efficace et générateur de nombreuses "bavures" administratives aux conséquences souvent fatales : le fameux paseo de la muerte, la promenade de la mort, qui représente le parcours obligatoire et digne d'une bureaucratie kafkaïenne pour se procurer les certificats de garantie de remboursements des soins nécessaires préalablement à tout acte médical. Plusieurs cas se sont ainsi présentés où des enfants, victimes d'accidents domestiques bénins, ou souffrants de simples hématomes après une chute, sont morts de complications hémorragiques faute d'avoir été pris en charge en raison d'un problème de papier égaré, ou d'une inscription mal renseignée...
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