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jeudi 31 mai 2012

Libre !

Un court post pour nous réjouir de la libération de notre collègue et ami Roméo Langlois, de retour à Bogotá hier soir après avoir passé un peu plus d'un mois retenu dans un campement des FARC dans le Caqueta. 

Bogotá, le 31 mars 2012. Le journaliste français Roméo Langlois (à droite) est accueilli par son collègue Simone Bruno, correspondant
 comme lui de France 24 en Colombie, à son arrivée à l'Ambassade de France où il s'apprête à donner une conférence de presse au
lendemain de sa libération après avoir passé plus d'un mois retenu dans un campement des FARC. Photo : D. Fellous/Libre arbitre



Nous reviendrons plus tard sur les circonstances de cette rétention et de cette libération, sur les propos tenus par Roméo lors de sa remise à une équipe du CICR puis lors de la conférence de presse de ce matin et la polémique qu'ils ont immédiatement provoqué, sur les commentaires malveillants effectués par l'ex-président Alvaro Uribe Velez à travers son compte Twitter, et enfin sur les répercussions politiques de toute cette histoire et son impact éventuel sur la possibilité d'ouvrir un processus de paix dans le pays.

Nous publierons également rétroactivement un post écrit une semaine après sa disparition, dont il avait été jugé préférable de différer la mise en ligne afin de ne pas prendre le risque d'interférer avec les diverses démarches en cours pour avoir des information sur le sort de Roméo et tenter d'obtenir sa libération rapide.

Mais pour l'instant, nous nous limiterons à une seule chose : exprimer notre joie et notre soulagement de voir Roméo de retour parmi nous, sain, sauf, et surtout en forme, avec un moral d'acier, un humour mordant et une détermination journalistique intacte.


¡ Bienvenido a casa, hermano !


dimanche 26 juin 2011

La Gay Pride 2011 à Bogotá

Comme chaque année, plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont défilé aujourd'hui à Bogotá à l'occasion de la Marcha del Orgullo Gay, la Gay Pride.

Bogotá, le 26 juin 2011. Participants à la Gay Pride. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Plus de 40.000 personnes ont parcouru la Carrera Septima, une des principales artères de la capitale colombienne. Lesbiennes, gays, bisexuel(le)s, et transsexuel(le)s, mais aussi de très nombreux hétéros, venus soutenir les libertés sexuelles ou parfois en curieux, se pressant autour des trans les plus exubérant(e)s pour les photographier avec leurs téléphones portables, mais aussi souvent pour se faire prendre en photo avec.

Bogotá, le 26 juin 2011. Un nombreux public est venu assister au défilé de la Gay Pride. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Certaines mères de famille envoyaient même leurs enfants poser avec des travestis à moitié nus, voire tenir l'énorme sexe factice d'un manifestant déguisé en extraterrestre lubrique...

Bogotá, le 26 juin 2011. Des enfants posent pour leur maman avec un participant à la Gay Pride. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Au delà du spectacle, la marche d'aujourd'hui était principalement orientée vers la réclamation de la reconnaissance légale du mariage gay, après son approbation hier par le Sénat de New-York.

Bogotá, le 26 juin 2011. Participants à  la Gay Pride.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
En effet, si les unions civiles homosexuelles sont reconnues en Colombie, comme en France mariage et adoptions restent réservés aux couples hétérosexuels (ou aux célibataires et veufs/veuves, pour ce qui est de l'adoption, rendant peu compréhensible l'argument avancé par certains opposants à l'adoption par des couples homosexuels de la nécessité pour l'équilibre psychologique de l'enfant d'avoir un père et une mère).  Cependant  les jugements successifs rendus ces dernières années par la Cour Constitutionnelle et qui accordent progressivement aux minorités sexuelles l'égalité des droits sur plusieurs points, comme par exemple l'affiliation par le conjoint à la Sécurité sociale, permettent d'être optimistes sur l'évolution de ces revendications dans un futur proche, malgré l'influence que conserve l'Église catholique dans ce pays très religieux (même si la Colombie est officiellement un État laïc) et l'opposition hargneuse de la droite catholique à ce type d'évolutions sociétales.

Il est toutefois à noter que certains groupes évangéliques, tels que l'Église Casa Abba Padre, affirment leur ouverture à la communauté LGBTI+H, en distribuant un fasicule intitulé : "Qu'a dit Jésus à propos de l'homosexualité ?.... Rien ! " et en rappelant que ce mot n'est apparu qu'en 1869, et que les passages de la Bible utilisés pour condamner l'homosexualité sont des interprétations erronées de condamnations de l'idolatrie, de l'hérésie, ou d'actes considérés impurs comme la prostitution, mais que par exemple il n'y a pas de mot désignant la sodomie en hébreu, donc que l'Ancien Testament ne peut par conséquent pas l'interdire.

Sous des pancartes célébrant les "Familles de mille couleurs", les couples se faisaient photographier en habit de mariage avec un phylactère de carton proclamant "Ma famille est légitime, et je la veux légale", ou bien "Nous trouverons le moyen, et sinon, nous le créerons".
 
Bogotá, le 26 juin 2011. "Ici, oui il y une famille. Nous trouverons un chemin, et sinon nous le créerons". Photo : D. Fellous/Libre arbitre


Bogotá, le 26 juin 2011. "Folle", "Gouine" disent les étiquettes portées
par  ces participants à la Gay Pride. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Autre leitmotiv de la journée, les slogans contre le procureur Alejandro Ordóñez, fervent adversaire de l'adoption par les couples homosexuels, mais aussi de l'avortement, et en général des droits des minorités sexuelles, dont il avait qualifié les pratiques de "conduites contraires au Droit Naturel comme au Droit Divin" dans un livre publié en 2003. Il y a peu, après ses virulentes critiques de décisions de la Cour Constitutionnelle autorisant l'avortement dans quelques circonstances (très restreintes : viol, etc..) ou accordant de nouveaux droits aux couples de même sexe, un avocat avait du lui rappeler ses cours de Droit "La loi sur les droits des femmes n'est pas celle que vous voulez, c'est ce que la loi dit (...) Si la Constitution ne vous plaît pas, il y a une solution, vous pouvez démissionner".
 

Bogotá, le 26 juin 2011. Participants à la Gay Pride. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Entre les cortèges des diverses associations LGBTI, on a pu noter la présence remarquée du Sénateur du Polo Democratico Alternativo (Gauche plurielle) et ex-candidat à l'élection présidentielle Gustavo Petro, venu appuyer les revendications des minorités sexuelles et aussi récolter quelques signatures pour se lancer dans la course à la mairie de Bogotá.

Bogotá, le 26 juin 2011. Le sénateur Gustavo Petro (à gauche) sur la place Bolivar en appui à la Gay Pride.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Une mairie qui était également présente lors du défilé, à travers le programme Bogotá Positiva, et la campagne "Politique Publique pour la Pleine Garantie des Droits des Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres", destiné à combattre les discriminations institutionnelles.

Employés du programme "Bogotá Positive" de la mairie pendant la Gay Pride avec une banderole "À Bogotá, on peut être transgenre".
Photo : D. Fellous/Libre arbitre


jeudi 16 juin 2011

Le travail c'est la santé

Aujourd'hui, 19 mineurs de charbon et ouvriers du secteur de la construction et de l'industrie du tabac originaires de la région de Cúcuta, dans le Norte de Santander, près de la frontière vénézuélienne, tous victimes d'accidents de travail, se sont rassemblés sur la place Bolivar à Bogotá pour réclamer la reconnaissance de leur invalidité et le paiement d'indemnisations.

Bogotá, le 16 juin 2011. Mineurs victimes d'accidents du travail sur la Plaza Bolivar pour réclamer le paiement de pensions d'invalidité.
"1. Plus de violation des droits fondamentaux. 2. Droits à une vie digne et à l'égalité (mineurs malades). 3. Plus de violation
de la Loi 776, Loi 1295, Décret 52.10, Loi Antidémarche et de la Loi 100. 4. Oui aux Droits de l'Homme."
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Bien qu'ils aient cotisé auprès de plusieurs EPS, (entreprises promotrices de santé,  sorte de mutuelles privées chargées du financement des soins de leurs affiliés) telle que Saludcoop, Saludtotal ou Coomeva, ils n'ont pas bénéficié de l'attention qu'ils considèrent devoir recevoir de leur part en application de la Constitution et des lois sur la santé, la protection sociale et le minimum vital, notamment la loi 100 (voir sur ce sujet le reportage sur la manifestation contre la corruption dans les EPS, et les articles de Sara G. Mendeza qui traitent du scandale qui affecte leur gestion et de la crise de la santé en Colombie).

Ils réclament le paiement de la sécurité sociale intégral, et le droit à une vie digne, à travers une requalification adaptée à leur handicap. Certains d'entre eux attendent sans aucune ressources depuis près d'un an la reconnaissance de leur invalidité, et du même coup la pension qui va avec, alors que ce processus est censé prendre moins d'un mois, et que des jugements ont été rendus en leur faveur après qu'ils aient fait recours contre ces dysfonctionnements, jugements qui ont été ignorés par les EPS concernées.

Dimas Cruz Mesa (et non Grumesa comme l'a nommé le site d'El Tiempo...) est l'un de ces accidentés. Victime d'un éboulement dans la mine où il travaillait, il se déplace aujourd'hui en fauteuil roulant, et a décidé avec 12 mineurs également handicapés et d'autres victimes d'accidents du travail de venir jusqu'à la capitale faire valoir ses droits devant les plus hautes autorités du pays. Comme il nous le raconte (en espagnol) dans la vidéo ci-dessous, parole leur a été donnée qu'ils allaient être reçu ce soir par le vice-président, nous tâcherons de savoir si cette promesse a été tenue, et quelles suites ont été données à leurs revendications afin d'en rendre compte ici.
 


© D. Fellous/Libre arbitre



PS: Impossible de comprendre pourquoi le début de la vidéo est déformé comme ça, je l'ai uploadé 10 fois sur Youtube avec le même résultat, si un expert avait une idée de la cause (l'original n'a pas ce problème) et de la façon d'y remédier, je lui serais très reconnaissant de ses commentaires éclairés.

mardi 24 mai 2011

Manifestation contre la corruption dans les EPS


Bogotá, le 24 mai 2011. Manifestation contre le scandale des EPS. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Pour protester contre le nouveau scandale de corruption dans les EPS (Entités Prestataires de Santé), dont nous avons parlé il y a trois semaines, une manifestation était organisée ce matin à Bogotá entre le Parc National et la Place Bolivar, ainsi que plusieurs autres rassemblements dans les principales villes du pays.

Bogotá, le 24 mai 2011. Manifestation contre le scandale des EPS. "Mort inconnu. Victime de la loi 100".
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Répondant à l'appel de plusieurs syndicats de travailleurs de la santé et d'organisations de patients, plusieurs centaines de personnes ont défilé dans la capitale contre ces détournements d'argent public et la Loi 100 de 1993 qui régit le système intégral de sécurité sociale et qu'ils considèrent à l'origine de ces fraudes. 

Bogotá, le 24 mai 2011. Manifestation contre le scandale des EPS. "La santé et la vie, ils en ont fait des marchandises.
Dehors la privatisation". Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Les manifestants réclamaient notamment le remboursement par les EPS impliquées dans le scandale des ressources versées par le Fonds de Solidarité et de Garantie pour les traitements non effectués et les délivrances fictives de médicaments ainsi que le paiement immédiat de leurs dettes au réseau public hospitalier. D'une façon générale, les slogans refusaient la privatisation du secteur, les intermédiations dans le système de soins, et tout ce qui tend à faire de la santé une marchandise.


Plus d'informations (en espagnol) sur le site de Notiagen.

lundi 23 mai 2011

Des néos-nazis en Colombie

Le numéro du mois de mai de Don Juan (un genre de Newlook en plus soft) entraine ses lecteurs au cœur de la nébuleuse néo-nazi colombienne. Dans un reportage qui hésite entre stupéfaction, inquiétude et ironie, le journaliste Daniel Vivas Barandica et le photographe Juan Pablo Gutierrez nous font pénétrer les coulisses du parti Tercera Fuerza Nación (Troisième Force Nation), le plus important groupe néo-nazi colombien, à l'occasion de la commémoration de l'anniversaire de naissance d'Adolf Hitler célebré dans un hôtel de la capitale le 16 avril dernier.

Barranquilla, le 21 février 2009. Un homme déguisé en Adolf Hitler pendant un défilé du Carnaval. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Pour ceux qui, comme l'auteur de cette note, sont originaire d'un pays européen où ce genre de folklore nauséabond est interdit et l'apologie du Troisième Reich susceptible d'entrainer des poursuites judiciaires, la découverte du fait que des organisations se réclamant ouvertement nazies aient pignon sur rue peut surprendre, et même choquer. Malheureusement, Colombia Tierra Herida avait déjà eu l'occasion de se rendre compte de la relative intégration de ces mouvements dans la population colombienne, notamment lors de la marche pour la libération des otages aux mains de la guérilla des FARC, le 20 juillet 2008, à laquelle s'était joint un cortège relativement conséquent de Tercera Fuerza Nación.

Bogotá, le 20 juillet 2008. Néo-nazis du parti Tercera Fuerza Nacion pendant la marche pour la libération des otages des FARC.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Arborant des croix gammées sur leurs bombers, agitant des drapeaux frappés de la croix celtique et exécutant force saluts romains, la petite centaine de cranes rasés qui défilaient sous des banderoles "Colombie réveille-toi" ou "Socialisme national" n'avaient pas été rejetés par les autres manifestants, certains allant même jusqu'à les applaudir lorsqu'ils criaient des slogans comme "Ni droite, ni gauche, une seule nation".


Barranquilla, le 21 février 2009. Un homme déguisé en Adolf Hitler se fait offrir
un verre de rhum par un spectateur. Photo : D. Fellous/Libre arbitre
Plus troublant encore, lors du Carnaval de Barranquilla en février 2009, on avait pu remarquer un homme déguisé en Hitler se pavanant sur le parcours des défilés en levant le bras droit. Même avec l'alibi possible de la parodie, et sachant, tout étant permis carnaval oblige, que l'on pouvait voir nombre de costumes de guérilleros des FARC et de paramilitaires au milieu des Uribe, des Chavez, ou des Ingrid Betancourt, il y avait quelque chose de différent avec ce personnage. Tout d'abord la tradition veut plutôt que les déguisements "politiques" soient liés à l'actualité, nationale ou internationale, (cette année-là par exemple, il y avait beaucoup de Barack Obama, récemment élu, ou de David Murcia Gomez, le responsable de la gigantesque escroquerie pyramidale qui avait ruiné plusieurs départements et nourri la chronique judiciaire des derniers mois). Surtout son attitude tranchait avec les autres, il affichait une fierté et une jubilation manifeste, qui laissait supposer qu'il profitait de l'occasion pour crier haut et fort ce qu'il taisait toute l'année, et que contrairement au reste du monde, le jour du carnaval était le seul où il ne se déguisait pas. Ici non plus,  l'homme ne paraissait pas soulever la moindre gêne chez les spectateurs, nombreux se pressant pour le saluer, lui offrir à boire ou se faire photographier à ses côtés. Groß Rigölad !! Un historien allemand nous résumait récemment ses recherches faisant apparaitre une forte influence de l'idéologie nazie en Colombie jusque plusieurs années après la fin de la Seconde Guerre Mondiale - un héritage qui serait encore particulièrement vivace dans l'armée - et qui pourrait expliquer la permanence de ce courant de pensée dans le pays et la quasi bienveillance dont il bénéficie de la part d'un secteur de l'opinion. Nous lui demanderons s'il veut bien nous éclairer sur le sujet avec un article pour Colombia Tierra Herida.
 

Bogotá, le 28 juin 2009. Contre-manifestation du groupuscule d'extrême-droite Tercera Fuerza Nación le jour de la Gay Pride.
"Par respect aux familles et à nos enfants colombiens, plus de tolérance avec l'anti-naturel". Photo : D. Fellous/Libre arbitre


Bogotá, le 28 juin 2009. Les participants à la Gay Pride conspuent les quelques
militants néo-nazis venus les insulter. Photo : D. Fellous/Libre arbitre
On se rassurera tout de même quand au degré de pénétration réelle de ce genre d'idées dans la société civile colombienne en observant que lorsque le groupuscule cité plus haut convoque en juin 2009 une contre-manifestation le jour de la Gay Pride à Bogotá pour stigmatiser les "anti-naturels", ils rassemblent péniblement une vingtaine de skin-heads, et restent retranchés derrière un cordon de  policiers face aux quolibets de dizaines de milliers de manifestants pour la tolérance et la diversité.


Ouf.



 
PS : Pour le titre j'avais pensé à plusieurs bons mots, comme "Têtes propres et mains hautes", "Crâne pas, t'es chauve !",  "Hitlérien à battre", ou "Enquête de mollesse skin" mais comme en fait ça ne me fait pas tant rire que ça (je parle du sujet, bien sûr, pas de mes calembours qui sont excellents...), j'ai finalement opté pour du purement factuel.
 

jeudi 19 mai 2011

La Cour Suprême débranche l'ordinateur de Raúl Reyes

Les procès liés au scandale de la Farcpolitique (1), qui touchent notamment l'ex-sénatrice du Parti Libéral Piedad Cordoba, viennent de connaitre un sérieux coup d'arrêt avec la décision prise hier par la Cour Suprême de Justice de ne pas reconnaitre les preuves issues des ordinateurs de Raúl Reyes. 

En effet, lors de l'enquête visant Wilson Borja, un membre du Polo Democrático Alternativo (Pôle Démocratique Alternatif, gauche plurielle), les juges de la plus haute instance pénale du pays ont estimé après plusieurs jours de délibération que les pièces à conviction obtenues en mars 2008 dans le campement des FARC après le bombardement qui couta la vie à son dirigeant n'étaient pas recevable par un tribunal pour plusieurs raisons juridiques. La principale étant que ces "preuves illicites" ont été recueillies illégalement par des militaires, et non par des officiers de police judiciaire dument accrédités. Par ailleurs, la Cour Suprême rappelle que cette opération militaire elle-même était illégale, le bombardement ayant eu lieu en territoire équatorien, sans autorisation préalable des autorités de Quito, "violant un accord signé entre les deux pays".

Bogotá, le 11 janvier 2009. "Nous, les Hommes, sommes
prisonniers de nos propres inventions. Dieu bénisse le
donateur joyeux." Photo : D. Fellous/Libre arbitre
Sans compter, ajoutent les magistrats, que "pas une autorité colombienne n'a soutenu, approuvé ou corroboré le contenu des courriers au cours du procès", propos visant implicitement l'ex-président de la République Álvaro Uribe Vélez, et le directeur de la Police Óscar Naranjo, interrogés par les juges durant la procédure, et qui n'ont jamais fourni de documents validant ces preuves. Enfin, il est souligné que les soit-disants liens entre Wilson Borja et les FARC ne sont établis que sur des documents Word et pas dans des emails, ce qui ne permet pas de démontrer qu'ils ont été envoyés ni reçus...

Voilà qui interrompt sans doute définitivement toute une série de procès annoncés et principalement basés sur les fameuses révélations extraites des ordinateurs du chef guérillero. Des révélations qui n'ont cessé d'apparaitre au compte-gouttes depuis trois ans, impliquant nombre de figures de l'opposition, parlementaires, mais aussi journalistes ou professeurs universitaires, et jusqu'aux gouvernements voisin d'Équateur et du Vénézuela, accusés au choix de financer les FARC ou d'être financés par elles (voir l'article du Monde.fr à ce sujet). Au point que le PC de Raúl Reyes était parfois ironiquement surnommé "la lampe d'Aladin" par les sceptiques soupçonnant les autorités colombiennes de créer des fausses preuves au gré de leurs besoins politiques du moment. Le jugement de la Cour Suprême critique d'ailleurs les fuites de documents et les campagnes médiatiques qui ont eu lieu autour de l'enquête.



Si les révélations sur la complicité présumée de Rafael Correa et Hugo Chavez, les présidents  équatorien et vénézuélien,  avec la guérilla d'extrême-gauche, avaient durablement brouillé les relations entre ces deux pays et la Colombie pendant la fin du mandat d'Álvaro Uribe, elles prenaient moins d'importance depuis l'arrivée au pouvoir de Juan-Manuel Santos. Celui-ci a en effet préféré oublier ces accusations, renouer des relations diplomatiques cordiales avec ses voisins, et surtout réamorcer les échanges économiques qui avaient sérieusement pâtis de la dispute.  Néanmoins, la publication le 10 mai 2011 d'un rapport par l'IISS (l'Institut International d'Études Stratégiques, basé à Londres) sur "Les dossiers des FARC : Vénézuela, Équateur et les Archives Secrètes de Raúl Reyes", immédiatement rejeté à Caracas comme à Quito comme étant une grossière propagande, venait de remettre la polémique au goût du jour , en affirmant notamment que les services secrets vénézueliens avaient fait appel à la guérilla colombienne pour supprimer des opposants politiques.

Barranquilla, le 21 février 2009. Participants au Carnaval déguisés en Raúl Reyes (à gauche), et Hugo Chavez.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Le jugement de la Cour Suprême, s'il ne se prononce pas sur le fond de la réalité ou non des supposées relations des FARC avec les gouvernements voisins ou avec des membres de la classe politique colombienne, invalide en tout cas la portée légale et judiciaire de ces accusations. Le premier bénéficiaire de ce coup de théatre est bien sûr Wilson Borja, qui était cité 45 fois dans les fameux courriers. L'ex-parlementaire, qui avait été délégué par du gouvernement Pastrana dans les négociations avec l'ELN, un autre mouvement de guérilla colombien, a annoncé qu'il allait engager des poursuites contre Álvaro Uribe et le procureur général Mario Iguarán, estimant que ces accusations l'ont pénalisé notamment  pour ce qui est de la perte de son poste de congressiste et dans ses chances de faire partie de la liste des trois remplaçants possibles de Samuel Moreno, suspendu du poste de maire de Bogotá il y a 2 semaines.

De son côté, Piedad Cordoba, dont la médiation avec les FARC a permis la libération de 17 otages depuis 2007, avait été destituée par le procureur général en novembre dernier de son poste de sénatrice du Parti Libéral et déclarée inéligible pour une durée de 18 ans, accusée d'apparaitre sous le nom de 'Teodora' dans des dossiers compromettants eux aussi tirés des ordinateurs de Raúl Reyes. Même si le jugement d'hier ne s'applique qu'au cas spécifique de Wilson Borja, l'ex-sénatrice veut y voir l'assurance qu'elle obtiendra l'annulation de la décision la concernant, et elle déclarait déjà dans la soirée d'hier sur son compte Twitter :

"Si la Cour Suprême  dit que les preuves avec lesquelles on m'a destitué sont illégales, que pensez vous qu'il se passera ?"

Bogotá, le 28 juin 2009. La sénatrice Piedad Cordoba et des membres du Parti Libéral participent à la Gay Pride sur la Septima.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre



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(1) La Farcpolitica est le nom générique donné aux liens présumés entre des hommes et femmes politiques et la guérilla marxiste des FARC, nom attribué en référence à celui de la Parapolitica, qui désigne elle les liens avec les paramilitaires d'extrême-droite, dans lequel plus de 60 congressistes ont été impliqués.


mardi 3 mai 2011

Le maire de Bogotá suspendu trois mois

Samuel Moreno, membre du Poló Democratico Alternativo (gauche plurielle), le maire de Bogotá depuis 2007, a été suspendu aujourd'hui pour une durée de trois mois en raison du retard et d'irrégularités présumées dans les grands travaux qui sont à l'œuvre dans la capitale, et pour lesquelles il fait l'objet d'une enquête pénale. Après l'incarcération il y a peu des frères Nule, les entrepreneurs chargés de l'élargissement de la 26 (la grande avenue qui coupe Bogotá en deux sur un axe est-ouest et relie le centre à l'aéroport), puis du propre frère du maire, l'ex-sénateur Ivan  Moreno, accusé par les Nule d'avoir perçu une commission sur les travaux publics, le scandale de corruption et de mauvaise gestion de la restructuration de la capitale touche donc maintenant son principal édile. 

Bogotá, 1er mai 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Décidée ce matin par le procureur général de la Nation, doté d'un pouvoir de sanction administrative, la suspension de Samuel Moreno intervient à six mois des élections municipales, ce qui fait dire à certains que le geste est politique, et vise à priver le maire du bénéfice dans l'opinion de l'inauguration du Transmilenio, le système de transport en commun de surface dont le nombre de lignes va prochainement doubler, en ne lui laissant que le ressentiment des habitants excédés par les embouteillages occasionnés par les travaux (embouteillages touts relatifs d'ailleurs, pour ceux qui connaissent les bouchons parisiens...).

Bogotá, le 24 octobre 2006. Le Transmilenio traversant le Parc des Journalistes. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Pour remplacer provisoirement le maire dans ses fonctions, le président de la République Juan-Manuel Santos à nommé sa ministre de l'Education, Maria Fernanda Campo, pourtant déjà bien occupée avec la réforme de la loi 30, qui doit permettre l'entrée de capitaux privés dans les universités publiques,  et qui lui vaut un conflit durant déjà depuis plusieurs semaines avec les étudiants qui dénoncent une privatisation masquée de l'Education Supérieure. Décrite comme une bureaucrate proche du Parti Conservateur, Maria Fernanda Campo a été directrice de la Chambre de Commerce de Bogotá pendant dix ans, ce qui a fait dire au président qu'elle était "la personne au sein du gouvernement qui connaissait le mieux Bogotá" et qu'avec elle la capitale "serait en de bonnes mains". 

Bogotá, le 21 juillet 2010. Travaux sur l'Avenida 26, un des principaux axes est-ouest de la capitale. Photo : D. Fellous/libre arbitre

Mon chauffeur de taxi de ce matin paraissait douter que le changement de maire diminue la quantité d'argent détournée par les maitres d'œuvres, fluidifie le trafic routier, ou même accélère les travaux ; et d'ajouter pour conclure : "Si l'on devait suspendre tous les élus colombiens qui souffrent de retards dans l'exécution des travaux publics, il y aurait beaucoup de sièges à renouveler..."

  
Pour comprendre quelque chose à l'affaire de détournement de fonds publics tournant autour des frères Nule, appelée dans la presse locale "le manège des contrats", vous pouvez vous référer au document multimédia (en espagnol) élaboré par El Tiempo pour tenter d'en simplifier la mécanique.

lundi 2 mai 2011

Premier Mai sanglant sur la Septima

Plus d'infos très prochainement, mais d'ici là, la photo d'un blessé lors de la marche syndicale du premier Mai à Bogotá. D'après des témoins, il aurait eu le pied déchiqueté par l'explosion d'une grenade assourdissante jetée par les policiers pendant la manifestation.

Bogotá, le 1er mai 2011. Manifestant gravement blessé à la jambe par une explosion de grenade assourdissante
tirée par la police durant la répression du cortège syndical. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

La répression de la manifestation, encore plus violente que les années précédentes, aurait causé au moins une trentaine de blessés graves, parmi lesquels un jeune manifestant du PCC (Parti Communiste Colombien), qui était toujours dans le coma hier soir.

Bogotá, le 1er mai 2011. Un manifestant menace l'infirmier des ESMAD (police anti-émeute) qui porte secours au
manifestant laissé inconscient par une charge de ses collègues. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

mardi 5 avril 2011

Rassemblement à Bogotá en soutien aux paysans de Las Pavas

 
Hier, à Bogotá, quelques dizaines de personnes se sont rassemblées devant le ministère de l'Intérieur en soutien aux retour de familles déplacées de la communauté de Las Pavas, dans le département du Sur de Bolivar,  sur les terres dont elles ont été longuement spoliées.

Un leader d'ASOCAB, l'Association des paysans de Buenos Aires, regroupant les membres de la communauté de Las Pavas, a exprimé sa joie devant la récupération tant attendue de leur territoire  en interprétant une chanson retraçant leur longue lutte contre le déplacement.

La vidéo de ce moment d'émotion :




Pour en savoir plus :  http://retornoalaspavas.wordpress.com

samedi 26 mars 2011

Cérémonie d'offrandes pour les Droits de la Mère Nature

La 4e Rencontre Régionale des Peuples Autochtones (4° Encuentro Distrital de Pueblos Indigenas), Renace Bakatá (Bakatá renaît, Bakatá étant le nom du village Muisca qui se trouvait à l'emplacement sur lequel les Espagnols fondèrent Bogotá lors de la conquête), se déroule dans la capitale colombienne du 18 au 27 mars. 

Bogotá, le 25 mars 2011. Des milliers de personnes se sont rassemblées sur la Place Bolivar pour participer à une cérémonie d'offrande
aux éléments de la Mère Nature. Photo : D. Fellous/Libre arbitre.

Les peuples autochtones, originaires de la région ou déplacés par le conflit ou pour des raisons économiques, sont représentés à Bogotá par cinq cabildos (conseils municipaux) - Muiscas de Bosa et Suba, Ambiká Pijao, Kichwa et Inga - , par l'ASCAI (Association de Cabildos Indigenas), et par quatre organisations d'ordre national enregistrées auprès du Ministère de l'Intèrieur et de la Justice : l'ONIC (Organisation Nationale des Indigènes de Colombie), l'AICO (Association des Autorités Indigènes de Colombie), le CIT (Confédération Indigène Tayrona) et l'OPIAC (Organisation des Peuples Indigènes de l'Amazonie Colombienne). Par ailleurs, se développe dans la ville des processus d'organisation d'autres communautés indigènes, Nasa, Yanakona, Pasto, Misak, Waunan, Huitoto, Tubu, Wayuú, Arhuaco et Coreguaje, et l'on note aussi la présence de peuplements Embera Katio, Muinane et Kamentsa, entre autres.

Bogotá, le 25 mars 2011. Indien Arhuaco et passante sur la place Bolivar. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

L'objectif de cette rencontre est de favoriser les connexions entre ces différents peuples, leurs organisations representatives - reconnues ou non par le gouvernement - et les habitants de Bogotá en général, et ainsi de renforcer les identités propres, de confronter les réflexions et coordonner les actions, et enfin de donner une visibilité aux expressions culturelles, artistiques et traditionnelles des peuples indigènes installés à Bogotá.

Bogotá, le 25 mars 2011. Le Taïta (médecin traditionnel) Victor Jacanamijoy, une des principales autorités politique et spirituelle
du peuple Inga  à Bogotá (originaire du Putumayo, dans la partie amazonienne de la Colombie), fait passer un bol de chicha
(boisson à base de maïs fermenté) aux officiants qui l'accompagnent lors d'une cérémonie d'offrande à l'Eau pendant la 4e
Rencontre Régionale des Peuples Indigènes. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Dans le cadre de cette rencontre, et après plusieurs jours de discussions sur le territoire, l'autonomie, les politiques publiques et le gouvernement autochtone, les indiens ont investi pendant trois jours la Plaza Bolivar, la place centrale de Bogotá, pour établir une foire d'artisanat indigène, et surtout une grande cérémonie de Pagamiento (paiement, offrande) pour les Droits de la Mère Nature.

Bogotá, le 25 mars 2011. Fruits, graines, bougies, chocolat et plumes sont brulés en offrande aux quatre éléments.

 Un extrait vidéo de la cérémonie à l'Eau, dirigée par le Taïta Victor Jacanamijoy :


 (© D. Fellous/Libre arbitre)

Attirés par un concert réunissant plusieurs formations de musique traditionnelle andine ou amazonienne avec quelques groupes de rock, de rap et de reggae, des milliers de personnes ont assisté et participé aux rituels effectués  pour les quatre éléments aux quatre points cardinaux de la place par des shamans et des autorités spirituelles originaires de différents peuples indigènes.

Bogotá, le 25 mars 2011. Un membre de l'Ejercito de la Paz (l'Armée de la Paix), un groupe de semi-illuminés humanistes, profite de la
foule rassemblée pour le concert de soutien à la 4e Rencontre Régionale des Peuples Indigènes pour s'imaginer haranguer un large public.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Et pour conclure en musique, un petit extrait vidéo du concert :


 (© D. Fellous/Libre arbitre)

vendredi 25 février 2011

Rassemblement contre l'exploitation aurifère industrielle

Bogota, le 25 février 2011. Manifestation contre l'exploitation de l'or du Paramo de Santurban par la Greystar.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
Entre 300 et 400 personnes se sont rassemblées aujourd'hui devant le ministère de l'environnement pour protester contre la license accordée à la compagnie minière Greystar pour exploiter un gisement d'or dans le Paramo (haut plateau dont la végétation sert d'éponge et fixe l'eau à l'instar des glaciers) de Santurban, dans la région de Santander, au nord-est du pays.

Bogota, le 25 février 2011. Manifestation contre l'exploitation de l'or du Paramo de Santurban par la Greystar.
"Combien d'or vaut l'eau ?". Photo : D. Fellous/Libre arbitre

L'extraction du minerai, prévue à ciel ouvert, menace de détruire un écosystème fragile, de contaminer les ressources hydriques et de compromettre l'approvisionnement en eau potable des villes de Cucuta et Bucaramanga, dans lesquelles se sont déroulés simultanément d'autres manifestations, rassemblant plusieurs milliers d'habitants.


Bogota, le 25 février 2011. Manifestation contre l'exploitation de l'or du paramo de Santurban par la Greystar.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Pour en savoir plus (en espagnol): l'article de Notiagen ou le site Paramo de Santurban en peligro qui détaille le projet de l'entreprise canadienne, les méthodes d'extraction prévues, les dommages encourus par les 85 lagunes et les fleuves de la région, la faune et la flore menacée, ainsi que les conséquences sanitaires et sociales pour les populations locales.


Bogota, le 25 février 2011. Manifestation contre l'exploitation de l'or du paramo de Santurban par la Greystar.
"Avant-Après l'exploitation minière. Sauvons le Paramo, sauvons l'eau, sauvons la vie.
Non à la license environnementale. La Greystar hors du Santander et de Colombie". 
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Après avoir bloqué un des principaux axes de Bogotá pendant deux heures environ, les manifestants ont été dispersés... par des trombes d'eau venues du ciel !


 
Bogota, le 25 février 2011. "EAU". Photo : D. Fellous/Libre arbitre





jeudi 24 février 2011

Manifestation contre la violence policière

Bogotá, 24 février 2011. Le père de Nicolas David
Neira, assassiné à 15 ans par la police colombienne.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Le 1er mai 2005,  en marge de la manifestation syndicale du jour des travailleurs, un groupe de policiers de l'ESMAD (Escadron Mobil Anti Disturbios, Escadron mobile anti-émeute) tue à coup de matraques un jeune garçon de 15 ans, Nicolas David Neira. 


Bientôt 6 ans après, aucune condamnation n'a été prononcée à l'encontre des coupables de ce crime, malgré la lutte acharnée de son père pour obtenir justice. Au contraire, ce dernier a reçu de multiples menaces de mort, anonymes ou signées de groupes paramilitaires d'extrême-droite, intimidations accompagnées par un harcèlement policier permanent, perquisitions, arrestations, et fermeture du café culturel associatif dont il s'occupait. Des pressions qui n'auront jusqu'ici pas eu raison de sa détermination.


En la mémoire de Nicolas et des autres victimes de la répression, et pour demander la dissolution des ESMAD, ce corps de police tristement célèbre pour sa brutalité, environ 500 étudiants et membres d'associations de défense des droits de l'homme ont défilé aujourd'hui sur la Carrera Septima, l'une des principales artères du centre de Bogotá. 




La manifestation s'est déroulé sans violence, en partie grâce aux appels au calme du père de Nicolas, à la tête de la marche, ainsi qu'à l'inhabituelle retenue des forces de l'ordre et à l'absence remarquée des armures noires des ESMAD le long du parcours.

Bogotá, le 24 février 2011. Manifestation contre les violences policières. Photo : D. Fellous/Libre arbitre


Le cortège a fait une pause sur les lieux de l'assassinat du jeune homme, et les manifestants ont distribué des œillets noirs aux policiers (et aux policières, en forte proportion, sans doute également dans une intention de diminuer les risques d'incidents) posté(e)s devant la plaque commémorative. Ceux-ci, visiblement gêné(e)s devant l'émotion et la dignité du père de la victime n'ont d'ailleurs pas osé les refuser ; au mépris des consignes données par leurs officiers, atterrés par l'image offerte.


Bogotá, le 24 février 2011. Les policier(e)s en poste devant la plaque commémorative de l'assassinat de Nicolas David Neira par leurs
collègues de l'ESMAD n'ont pas osé refuser les œillets noirs donné par le père de la victime. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

lundi 13 septembre 2010

"Je reviens tout de suite", Une exposition sur Carlos Pizarro.


Carlos Pizarro Léongomez était le dirigeant du M19, un des nombreux mouvements de guérilla colombien, qui a signé les accords de paix avec le gouvernement -  la démobilisation contre l'amnistie et l'organisation d'une assemblée constituante - qui ont abouti à la nouvelle Constitution de 1991. 

Bogotá, le 22 juillet 2010. Des manifestants hissent le drapeau du M19 face au Sénat
colombien, sur la statue d'un Simon Bolivar encagoulé, lors de la marche pour
la Deuxième Indépendance. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Une paix chère payée par le M19, dont des milliers de militants ont été victimes dans la décennie qui a suivi d'attentats, d'assassinats et de disparition forcée, à commencer par Carlos Pizarro lui-même, assassiné 48 jours à peine après son retour à la vie civile. 


Une exposition est organisée par sa fille sur le parcours de cette homme charismatique et ses efforts en faveur d'un processus de paix en Colombie, depuis sa désertion des rangs des FARC en 1973 (en laissant une note : "je reviens tout de suite...") jusqu'à sa mort en 1990 sous les 15 balles du sicario (tueur à gages) engagé par Carlos Castaño, alors dirigeant des AUC (Autodéfenses Unies de Colombie, groupe paramilitaire d'extrême-droite), en passant par la prise du Palais de Justice de Bogotá par un commando du M19 en 1985. 


Au Musée National (Kra 7 # 28-66) du 14 septembre jusqu'au 27 mars 2011.

samedi 6 février 2010

Manifestation pour la défense de la Santé

Plusieurs milliers de personnes ont défilé aujourd'hui à Bogotá contre le décret 4975 d'Emergencia social (Urgence sociale), en vigueur depuis deux semaines, les décrets 128 et 131, et la loi 100, qui menacent de revenir sur les acquis constitutionnels de 1991 d'accès à la santé, en centralisant les ressources distribuées aux EPS - Entreprises prestatrices de santé (sic) - et en réduisant les dépenses de santé : diminution des actes couverts et du montant des remboursements.

Bogotá, le 6 février 2010. "La santé n'est pas une faveur, c'est un Droit !" Plusieurs milliers de colombiens ont défilé dans tout le pays
pour l'abrogation du décret d'urgence sociale émis par le président Alvaro Uribe. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Un véritable démantèlement du système de santé public, déjà peu efficace et générateur de nombreuses "bavures" administratives aux conséquences souvent fatales : le fameux paseo de la muerte, la promenade de la mort, qui représente le parcours obligatoire et digne d'une bureaucratie kafkaïenne pour se procurer les certificats de garantie de remboursements des soins nécessaires préalablement à tout acte médical. Plusieurs cas se sont ainsi présentés où des enfants, victimes d'accidents domestiques bénins, ou souffrants de simples hématomes après une chute, sont morts de complications hémorragiques faute d'avoir été pris en charge en raison d'un problème de papier égaré, ou d'une inscription mal renseignée...

mardi 19 mai 2009

Des milliers de déplacés dans le parc du 3e Millénaire


8 août 2008. Maison de déplacés sur un terrain vague de la petite ville de Samaniego, dans le Nariño, au sud-ouest de la
Colombie, une des régions les plus touchées par le conflit armé. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

La Colombie est le deuxième pays au monde derrière le Soudan avec le plus grand nombre de déplacés, avec 4.000.000 de personnes (sans compter environ deux millions de réfugiés hors du pays) ayant du fuir leurs maisons pour trouver refuge dans des campements de plastique provisoires au bord des villes de province et jusqu'en plein centre de la capitale, Bogotá.

8 août 2008. Campement de déplacés près de Samaniego, dans le Nariño, au sud-ouest de la Colombie, une des régions les
plus affectées par le conflit armé. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Depuis le bord de la route, on croirait voir des serres ou des abris pour l'outillage des paysans, mais ces centaines de milliers de tentes abritent en fait des familles entières ayant fui la violence d'un conflit qui n'en finit pas d'ensanglanter les campagnes colombiennes depuis 50 ans. 


8 août 2008. Famille déplacée par la violence à Samaniego, dans le Nariño, au sud-ouest de la Colombie.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

"À la campagne on meurt de peur, à la ville on meurt de faim" résume un graffiti dans le parc du 3e millénaire, en plein cœur de Bogotá. Ce symbole de la rénovation urbaine édifié sur les ruines du plus célèbre bidonville de la capitale, à quelques pâtés de maison du palais présidentiel a été lui aussi envahi par des milliers de déplacés.

Bogotá, le 17 mai 2009. Des milliers de déplacés, fuyant la violence qui ensanglante les campagnes, se sont installés dans le
parc du 3e Millénaire, à quelques pâtés de maison du Palais Présidentiel.

Mais à la différence des ancien habitants du Cartucho, marginaux, toxicomanes, délinquants ou "lumpen-prolétaires" durablement enracinés dans la misère, la population des déplacés est constituée pour la plupart de familles laborieuses : populaires ou issues de la  classe moyenne. 

Bogotá, le 17 mai 2009. Famille de déplacés dans le Parc du Troisième Millénaire. Cette femme qui a déjà trouvé un petit
emploi  de femme de ménage a installé une poubelle (basura) à l'entrée de son abri. Photo : D. Fellous/Libre arbitre


Bogotá, le 17 mai 2009. Déplacée par la violence campant dans le
Parc du Troisième Millénaire. Photo : D. Fellous/Libre arbitre
Ces paysans, mineurs indépendants ou petits commerçants ont été surpris par l'arrivée dans leur région de la guerre entre militaires de l'armée régulière, paramilitaires d'extrême-droite, guérilleros d'extrême-gauche  et bandoleros des maffias criminelles, ou encore ils ont été chassés par des bandes armées au service de grands propriétaires ou d'industriels peu scrupuleux qui récupèrent ainsi - par la menace, l'achat forcé, l'assassinat des récalcitrants et même parfois par le massacre collectif - des territoires "inhabités" où développer projets miniers ou agricoles sans gêneurs. 





8 août 2008. Famille déplacée par la violence à Samaniego, dans le Nariño, au sud-ouest de la Colombie.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

 Ces déplacés qui ont souvent pu emporter une partie de leur mobilier avec eux, contrastent par leur attitude et leur aspect extérieur avec leur nouvel habitat précaire. 

Bogotá, le 17 mai 2009. Déplacés dans le parc du 3e Millénaire. Loin de se laisser abattre, celui-ci a déjà ouvert
son salon de coiffure. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

8 août 2008. Famille déplacée par la violence
à Samaniego, dans le Nariño, au sud-ouest de
la Colombie. Photo : D. Fellous/Libre arbitre
Essayant souvent de retrouver une activité salariée ou de se créer un emploi indépendant dès que possible, leur énergie et leur bonne humeur face au mauvais sort ne peut qu'impressionner et troubler le passant.
 

8 août 2008. Famille déplacée par la violence à Samaniego, dans le Nariño,
au sud-ouest de la Colombie. Photo : D. Fellous/Libre arbitre