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dimanche 29 avril 2012

Le journaliste Roméo Langlois disparaît dans le Caqueta

      Après quatre mois de silence, Colombia Tierra Herida reprend du service pour une actualité douloureuse. Notre confrère et ami Roméo Langlois, dont nous avons déjà loué le travail dans une note de ce blog est porté disparu depuis hier, alors qu'il suivait pour France 24 une unité de l'armée colombienne en mission dans le Caqueta pour détruire des laboratoires de fabrication de pate base de coca.
 
Roméo Langlois au carnaval de Barranquilla en février 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

      Peu après avoir été déposés sur zone en hélicoptère, à quelques kilomètres seulement du lieu de l'enlèvement d'Ingrid Betancourt il y a tout juste 10 ans, les soldats sont tombés dans une embuscade que leur tendaient des guérilleros des FARC. Le combat a duré plusieurs heures et les militaires y ont laissé quatre morts et une dizaine de blessés. D'après le ministre de la défense colombien qui s'est exprimé dans une conférence de presse aujourd'hui, Roméo aurait vu le soldat chargé de sa protection mourir à ses côtés et aurait lui-même été blessé au bras avant de retirer son casque et son gilet pare-balles et de se mettre à courir en direction des guérilleros. Le gouvernement français, par la bouche d'Alain Juppé, assure qu'il est prisonnier des FARC, tandis que pour le colombien il est pour l'instant simplement considéré comme disparu...

      De notre côté, on conjure les forces armées colombiennes de ne pas lancer d'opération destinée à le libérer et qui ne ferait que mettre inutilement sa vie en danger quand on sait que les FARC ne retiennent en général pas les journalistes et qu'elles ont d'ailleurs déclaré il y a quelques mois renoncer totalement aux enlèvements de civils, en conséquence de quoi si réellement Roméo est aujourd'hui entre leurs mains, on peut raisonnablement espérer le voir réapparaitre parmi nous sous peu, le temps d'organiser les conditions "logistiques" de sa libération. La question la plus préoccupante étant peut-être celle de sa blessure, et de la possibilité qu'il a eu de recevoir des soins dans des délais suffisants. Mais ce qu'on espère par dessus tout,  c'est l'entendre nous raconter lui-même très vite les détails de cette histoire, avec la gouaille et la désinvolture qui lui sont si propres.

  

Te esperamos aqui hermano !



lundi 23 mai 2011

Des néos-nazis en Colombie

Le numéro du mois de mai de Don Juan (un genre de Newlook en plus soft) entraine ses lecteurs au cœur de la nébuleuse néo-nazi colombienne. Dans un reportage qui hésite entre stupéfaction, inquiétude et ironie, le journaliste Daniel Vivas Barandica et le photographe Juan Pablo Gutierrez nous font pénétrer les coulisses du parti Tercera Fuerza Nación (Troisième Force Nation), le plus important groupe néo-nazi colombien, à l'occasion de la commémoration de l'anniversaire de naissance d'Adolf Hitler célebré dans un hôtel de la capitale le 16 avril dernier.

Barranquilla, le 21 février 2009. Un homme déguisé en Adolf Hitler pendant un défilé du Carnaval. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Pour ceux qui, comme l'auteur de cette note, sont originaire d'un pays européen où ce genre de folklore nauséabond est interdit et l'apologie du Troisième Reich susceptible d'entrainer des poursuites judiciaires, la découverte du fait que des organisations se réclamant ouvertement nazies aient pignon sur rue peut surprendre, et même choquer. Malheureusement, Colombia Tierra Herida avait déjà eu l'occasion de se rendre compte de la relative intégration de ces mouvements dans la population colombienne, notamment lors de la marche pour la libération des otages aux mains de la guérilla des FARC, le 20 juillet 2008, à laquelle s'était joint un cortège relativement conséquent de Tercera Fuerza Nación.

Bogotá, le 20 juillet 2008. Néo-nazis du parti Tercera Fuerza Nacion pendant la marche pour la libération des otages des FARC.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Arborant des croix gammées sur leurs bombers, agitant des drapeaux frappés de la croix celtique et exécutant force saluts romains, la petite centaine de cranes rasés qui défilaient sous des banderoles "Colombie réveille-toi" ou "Socialisme national" n'avaient pas été rejetés par les autres manifestants, certains allant même jusqu'à les applaudir lorsqu'ils criaient des slogans comme "Ni droite, ni gauche, une seule nation".


Barranquilla, le 21 février 2009. Un homme déguisé en Adolf Hitler se fait offrir
un verre de rhum par un spectateur. Photo : D. Fellous/Libre arbitre
Plus troublant encore, lors du Carnaval de Barranquilla en février 2009, on avait pu remarquer un homme déguisé en Hitler se pavanant sur le parcours des défilés en levant le bras droit. Même avec l'alibi possible de la parodie, et sachant, tout étant permis carnaval oblige, que l'on pouvait voir nombre de costumes de guérilleros des FARC et de paramilitaires au milieu des Uribe, des Chavez, ou des Ingrid Betancourt, il y avait quelque chose de différent avec ce personnage. Tout d'abord la tradition veut plutôt que les déguisements "politiques" soient liés à l'actualité, nationale ou internationale, (cette année-là par exemple, il y avait beaucoup de Barack Obama, récemment élu, ou de David Murcia Gomez, le responsable de la gigantesque escroquerie pyramidale qui avait ruiné plusieurs départements et nourri la chronique judiciaire des derniers mois). Surtout son attitude tranchait avec les autres, il affichait une fierté et une jubilation manifeste, qui laissait supposer qu'il profitait de l'occasion pour crier haut et fort ce qu'il taisait toute l'année, et que contrairement au reste du monde, le jour du carnaval était le seul où il ne se déguisait pas. Ici non plus,  l'homme ne paraissait pas soulever la moindre gêne chez les spectateurs, nombreux se pressant pour le saluer, lui offrir à boire ou se faire photographier à ses côtés. Groß Rigölad !! Un historien allemand nous résumait récemment ses recherches faisant apparaitre une forte influence de l'idéologie nazie en Colombie jusque plusieurs années après la fin de la Seconde Guerre Mondiale - un héritage qui serait encore particulièrement vivace dans l'armée - et qui pourrait expliquer la permanence de ce courant de pensée dans le pays et la quasi bienveillance dont il bénéficie de la part d'un secteur de l'opinion. Nous lui demanderons s'il veut bien nous éclairer sur le sujet avec un article pour Colombia Tierra Herida.
 

Bogotá, le 28 juin 2009. Contre-manifestation du groupuscule d'extrême-droite Tercera Fuerza Nación le jour de la Gay Pride.
"Par respect aux familles et à nos enfants colombiens, plus de tolérance avec l'anti-naturel". Photo : D. Fellous/Libre arbitre


Bogotá, le 28 juin 2009. Les participants à la Gay Pride conspuent les quelques
militants néo-nazis venus les insulter. Photo : D. Fellous/Libre arbitre
On se rassurera tout de même quand au degré de pénétration réelle de ce genre d'idées dans la société civile colombienne en observant que lorsque le groupuscule cité plus haut convoque en juin 2009 une contre-manifestation le jour de la Gay Pride à Bogotá pour stigmatiser les "anti-naturels", ils rassemblent péniblement une vingtaine de skin-heads, et restent retranchés derrière un cordon de  policiers face aux quolibets de dizaines de milliers de manifestants pour la tolérance et la diversité.


Ouf.



 
PS : Pour le titre j'avais pensé à plusieurs bons mots, comme "Têtes propres et mains hautes", "Crâne pas, t'es chauve !",  "Hitlérien à battre", ou "Enquête de mollesse skin" mais comme en fait ça ne me fait pas tant rire que ça (je parle du sujet, bien sûr, pas de mes calembours qui sont excellents...), j'ai finalement opté pour du purement factuel.
 

samedi 30 avril 2011

Menaces sur la Communauté du Tamarindo

Plus de 110 familles habitent et travaillent le terrain de "El Tamarindo", près de Barranquilla, dans le département de l'Atlantico, sur la côte caraïbe. Ces familles de paysans commencèrent à s'installer il y a plus de dix ans sur cette parcelle alors inoccupée, alors qu'elles avaient subi des déplacements forcés de divers endroits de la région, à une époque où le paramilitarisme commençait à être très présent dans cette zone. Les familles sont aujourd'hui regroupées au sein de l'association Asotracampo et gèrent ensemble la vie sur le terrain, où elles pratiquent une micro-agriculture de subsistance.

El Tamarindo. Photo : Ceiba
 
Depuis 2008, après presque 10 ans de tranquillité, une dizaine de personnes, toutes bien en vue à Barranquilla, se sont manifestées comme propriétaires de ce terrain qui jusqu’à présent n’en connaissait aucun. Coïncidence, il se trouve qu’en ce moment, de l’autre côté de la route, la Zona Franca (zone franche) de l’Atlantico est en construction, et que pour relier directement le port de Barranquilla, le plus important de la région caraïbe, à la zone franche, il serait pratique de traverser le terrain du Tamarindo...
  
Réunion des habitants d'El Tamarindo. Photo : Ceiba

Depuis la connaissance de ce projet de zone franche en 2008, le harcèlement est permanent. Régulièrement, les membres de la communauté sont menacés, leurs cultures et leurs maisons détruites, les animaux tués… Plusieurs personnes menacées de mort ont dû fuir le terrain. Parfois, les « propriétaires » demandent l’aide de la police pour déloger les habitants. Ainsi, des entreprises de démolition ont plusieurs fois détruit des cultures et des maisons sous la protection de la police sans qu’une décision de justice soit vérifiable. Dernièrement, le 26 avril 2011, 7 familles ont été ainsi attaquées par des entreprises par ailleurs sous enquête dans le cadre de procédures en lien avec le paramilitarisme. Cette dernière année la police est intervenue 20 fois pour essayer de déloger les paysans. Depuis quelques mois, un des “propriétaires” a mis le terrain sous la vigilance d’une entreprise de surveillance privée, la "911", dont la licence de surveillance est périmée et dont la présidente Emilse Lopez, alias “La Gata”, est condamnée à la prison à domicile dans le cadre de procès en lien avec l’activité des paramilitaires.

Dans la vidéo qui suit, les paysans du Tamarindo et des membres du Comité de Solidarité avec les Prisonniers Politiques (CSPP) expliquent (en espagnol) la situation :




À venir sur le blog, une analyse plus complète de l'évolution de la situation politique dans la région de Barranquilla depuis le début du siècle et l'arrivée conséquente du paramilitarisme.

mercredi 2 mars 2011

Un geste vraiment pas chouette !

Dimanche, lors d'un match de football du championnat colombien opposant à Barranquilla opposant l'Atletico Junior à domicile contre le Deportivo Pereira, une chouette (on dirait une grande effraie, du haut de mes faibles connaissances ornithologiques) a eu la malchance d'être heurtée par le ballon alors qu'elle survolait le terrain pendant a rencontre. De fait, l'animal avait élu depuis longtemps son domicile dans le stade, et se trouvait être la mascotte de l'équipe, et des hinchas (supporters)  de l'Atletico. Étourdi par le choc, l'oiseau est tombé sur la pelouse, provoquant un arrêt momentané du jeu.

Parc Tayrona, le 16 avril 2009. Match de football au Cabo de San Juan. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

C'est alors qu'un des défenseurs du Deportivo Pereira, le panaméen Luis Moreno, ignorant visiblement le statut qu'elle avait pour l'équipe adverse et faisant preuve d'une cruauté que l'impatience excuse bien peu, a cru bon d'expulser la pauvre chouette hors du terrain d'un vigoureux coup de pied, à la manière d'un joueur de rugby transformant l'essai ! Le stade s'est tout de suite enflammé et le joueur à échappé de peu au lynchage, et le lendemain à l'aube des policiers lui signifiaient à son hôtel l'ouverture d'une enquête pour mauvais traitements sur un animal protégé, un délit susceptible de le mener en prison pour 45 jours. La chouette, une aile brisée par le choc, a été transporté vers une clinique vétérinaire, dans une confusion et une agitation extrême qui n'ont fait qu'ajouter au stress de l'animal, le mettant dans un un état de choc qui a causé une surproduction d'acide lactique qui finit par l'achever la nuit suivante. 


(Images : RCN Noticias)

On déplorera que les actes de cruautés subies par les milliers de victimes du conflit intérieur colombien ne suscitent pas la même ferveur indignée de la part de leurs compatriotes que celui infligé à cette chouette par un joueur de football stupide et violent, il n'en reste pas moins que les images capturées ce soir-là par le caméraman de RCN et retransmises par toutes les chaines nationales, ne peuvent que générer l'incompréhension chez tous ceux qui les voient (pour ceux qui ne comprendraient pas l'espagnol, il nous faut souligner la déclaration savoureuse du joueur incriminé aux journalistes après la fin du match où il affirme qu'il avait seulement voulu "aider la chouette à prendre de l'altitude pour qu'elle puisse s'envoler"...) :

 
 (Images : Noticias Caracol) 


L'Atletico Junior l'a emporté sur le Deportivo Pereira avec un score final de 2 à 1.

jeudi 15 octobre 2009

Nager dans un volcan

Si vous avez arpenté la vieille ville de fond en comble, que les souterrains du Castillo de San Felipe de Barajas n'ont plus de secrets pour vous, que vous avez épuisé les charmes de Playa Blanca et de l'archipel du Rosario, et que vous avez même été jusqu'à grimper au Couvent de la Popa pour admirer le paysage en compagnie de la Vierge de la Candelaria, vous pensez peut-être en avoir fini avec les passages obligés d'un premier séjour à Cartagena ?

Santa Catalina, le 20 avril 2009. "El Totumo", le volcan de boue près de Carthagène. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Et bien pas du tout, et pour régénérer votre corps fatigué par toutes ces excursions, votre peau sérieusement brûlée par le soleil impitoyable des caraïbes et votre foie rudement mis à l'épreuve par la consommation immodérée de riz coco (et peut-être aussi un peu par les quelques rhums avalés entre deux salsas au Quiebra y Canto), nous vous invitons aujourd'hui à une séance de fangothérapie, c'est à) dire, pour parler un français plus accessible, à vous vautrer dans la boue comme des porcs. Mais attention, pas n'importe quelle boue, celle d'un volcan !

Santa Catalina, le 20 avril 2009. Dans le volcan de boue El Totumo, près de Carthagène. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

D'un volcan de boue plus exactement, une formation géologique plutôt rare, également appelée salse, et qui provient d'émanations d'hydrocarbures liquides et de gaz carbonique, formant une petite colline d'argile couronnée d'un cratère de boue tiède et épaisse. Enfoncés, les spas et autres centres de thalassothérapie qui vous proposent à prix d'or des séances dans une baignoire, ou au mieux une piscine, remplie de boues marines filtrées et soit-disant enrichies en oligo-éléments. Ici vous vous immergerez directement dans la cheminée du volcan, avec plusieurs centaines de mètres de profondeur de boue sous les pieds...

Santa Catalina, le 20 avril 2009. Dans le volcan de boue El Totumo, près de Carthagène. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Situé à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Cartagena, entre les villages de Piojó et de San Catalina, le volcan de boue El Totumo surplombe le lagon de Galerazamba. Haut d'une petite vingtaine de mètres, un escalier de 53 marches de bois mène au sommet de ce monticule de boue séchée et donne accès au cratère, dans lequel surnagent des touristes à la recherche de sensations originales, ou peut-être confiant dans les vertus thérapeutiques annoncées de la séance. Car la boue du Totumo est très riche en minéraux comme l'aluminium, le magnesium ou le fer (vous pouvez voir sa composition chimique  complète sur la page de Wikipedia consacrée au volcan) et elle est supposée avoir des propriétés curatives dans plusieurs domaines comme l'arthrose, les rhumatismes, les ulcères, les maladies dermatologiques et les carences en oligo-éléments. Des cures sont également préconisées en traitement complémentaire dans des cas d'affections neurologiques (hémiplégie ou paraplégie), comme dans le cas de  ce vénézuelien paralysé des membres inférieurs et amené par sa famille pour profiter d'un moment de détente et d'oubli du handicap.

Santa Catalina, le 20 avril 2009. Un vénézuelien paralysé des membres inférieurs est sorti par ses proches du cratère d'El Totumo,
le volcan de boue près de Carthagène. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Car au delà du soin éventuel, le bain est rafraichissant et l'expérience, comme suspendu en apesanteur dans un cocon épais, est plutôt étrange mais agréable. La densité de la boue empêchant de s'y enfoncer quelque effort que l'on fasse, il n'est nulle noyade à craindre, et l'on peut paresser en faisant la planche dans la fange, siroter une bière en jouant au morpion, ou même, pour les plus téméraires (et pour quelques milliers de pesos), se faire vigoureusement malaxer les vertèbres par un des masseurs qui barbotent toute la journée dans le volcan.

Santa Catalina, le 20 avril 2009. Partie de morpion dans le volcan de boue El Totumo près de Carthagène.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Une fois sorti, on est transformé en golem, et il faut faire un petit détour par le lagon pour retrouver une apparence humaine, avant de s'arrêter pour un almuerzo (déjeuner) et un café dans l'une des baraques en bois du hameau,  afin de se  remettre de tous ces efforts, de contribuer un peu à la précaire économie locale, et surtout de se faire raconter la légende locale, qui veut que le volcan ait autrefois craché de la lave et non de la boue, jusqu'à l'intervention d'un moine ayant éteint ce feu diabolique avec son flacon d'eau bénite. Amen. Puis il sera temps de retourner à Cartagena sous peine d'être à la merci des tarifs abusifs du cartel des motos-taxis, les derniers bus repartant vers 15h.

Santa Catalina, le 20 avril 2009. Après un bain dans le volcan de boue El Totumo, près de Carthagène.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Enfin retourner à Cartagena... ou à Barranquilla. Car, pour la petite histoire, deux départements se disputent le potentiel touristique du volcan. Si il est géographiquement situé dans le Bolivar, face à la Cienaga de Totumo, la plus grande partie de cette dernière appartient à l'Atlantico, qui vient d'annoncer la construction d'une route la reliant à Barranquilla, la capitale régionale, et qui desservira également le volcan. Simultanément, on l'a inclus dans les guides de la ville, et on a escamoté le panneau de sortie de l'Atlantico à la frontière entre les deux départements. Il n'en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres, et pour bien réaffirmer ses droits sur le site, le gouverneur du Bolivar et tout son cabinet sont immédiatement grimpé sur le tas de boue y planter l'étendard du département et lire un communiqué s'indignant des manœuvres du voisin. Lequel a répondu aussitôt par la voix d'un de ses sénateurs que le panneau avait été simplement emporté par une rafale de vent et que le gouverneur du Bolivar ferait mieux d'essayer de se maintenir à son poste, lequel serait aussi fragile que la pancarte, plutôt que de s'inventer des conflits imaginaires.

Santa Catalina, le 20 avril 2009. Dans le volcan de boue El Totumo, près de Carthagène. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Le maire de la commune, lui, s'est félicité de l'intérêt soudain manifesté par les responsables politiques pour le volcan et il a tenu à réconcilier tout le monde : 
"Espérons qu'à cette occasion se concrétisent les projets de développement annoncés pour Santa Catalina et sa région, qui a bien besoin de l'action gouvernementale, et dont le potentiel touristique a été sous-estimé, tant par le Bolivar que par l'Atlantico."