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jeudi 21 juin 2012

La loi de restitution des terres : Justice ou supercherie ?

     En 2011, le gouvernement de Juan Manuel Santos suscitait d’importants espoirs lors de l’adoption de la loi sur la restitution des terres et la réparation aux victimes du conflit armé. Il apparaît aujourd’hui que loin de servir les intérêts des communautés paysannes, indigènes et afrodescendantes qui ont été massivement chassées de leurs terres au cours des deux dernières décennies, la loi bénéficie surtout aux grandes entreprises nationales et multinationales par le biais d’une sorte de légalisation de la dépossession. 

Bogotá, le 1er mai 2011. Sur les pancartes : "Uribe, rendez-vous à la Cour Pénale Internationale", "On m'a déplacé, et maintenant on me
menace pour réclamer la terre", "Je suis un survivant du génocide de l'Union Patriotique", "Rendez-moi la terre qu'on m'a volé",...
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

     Pour faire le point sur la situation, l'association Turpial pour la défense des droits de l’Homme en Colombie et le syndicat paysan Uniterre vous invite à assister le vendredi 29 juin 2012 à une conférence à Genève, en Suisse, avec la participation de Franklin Castañeda, porte-parole du Mouvement National des Victimes de Crimes d’État (MOVICE) et Fabian Oyaga, chercheur de l’Institut Latino-Américain pour une Société et un Droit Alternatif (ILSA), et spécialiste de la question des terres en Colombie.



Loi sur la restitution des terres en Colombie :  

Justice ou Supercherie ?

Conférence à Genève, Suisse 

le VENDREDI 29 JUIN 2012 À 19H00

UOG
Place des Grottes 3 
(lignes TPG 3, 6, 9, 10, 14, 19 arrêt « Lyon »)




              Loi sur la restitution des terres en Colombie : justice ou supercherie ?

     En Colombie, depuis les années 80, une violence systématique et généralisée a engendré une concentration sans précédent de la propriété de la terre. Les pratiques d’assassinats, d’agressions, de violences sexuelles ou le déplacement forcé des populations ont pour but de chasser les communautés paysannes de leurs terres et restent aujourd’hui largement impunies. Selon les chiffres officiels, au moins six millions d’hectares ont été spoliés aux communautés rurales.

     Au cours des deux dernières décennies, la « contre-réforme agraire » a remodelé les campagnes colombiennes. A feu et à sang, les paramilitaires se sont emparés des meilleures terres du pays pour servir les intérêts de narcotraficants, de grands propriétaires terriens et de multinationales qui exploitent les ressources naturelles à grande échelle.

     Les communautés paysannes, indigènes et afrocolombiennes se sont mobilisées, en dépit des menaces et avec toutes les limitations causées par le conflit armé, pour exiger la restitution de leurs terres et le respect de leurs territoires. Parallèlement, les organisations de défense des droits humains qui les accompagnent ont déployé des stratégies pour contribuer tant à l’exigence de justice qu’à la défense de la vie et de l’intégrité physique des communautés qui revendiquent leurs droits.

     Dans ce contexte, le gouvernement du président Santos fait approuver par le Parlement en 2011 la Loi pour la restitution des terres et pour la réparation aux victimes. Or, la situation des populations paysannes est plus précaire que jamais. A ce jour, la restitution n’existe que sur le papier et des dizaines de paysans qui luttent pour récupérer leurs terres ont été assassinés ces deux dernières années. Cette réforme, qui avait suscité de grands espoirs parmi les victimes, semble aujourd’hui servir avant tout les intérêts des grandes entreprises nationales et transnationales de monocultures, de mines et du pétrole, en légalisant la possession des terres spoliées en échange de compensations dérisoires versées aux paysans déplacés.

     Le 29 juin prochain, deux membres d’organisations colombiennes de défense des droits humains seront avec nous à Genève pour analyser cette situation.

Franklin Castañeda est porte-parole du mouvement national de victimes de crimes d’Etat, Colombie. 

Fabian Oyaga est chercheur l’organisation ILSA, spécialiste de la question paysanne en Colombie.



VENEZ NOMBREUX !

mardi 19 juin 2012

Ouvrir les Yeux


Le dimanche 1er juillet, au Palais des Congrès du Touquet, vous avez l'occasion de vous offrir une belle photo, tout en soutenant la recherche médicale. L'association Ouvrir les Yeux y organise une vente aux enchères de tirages au profit de la lutte contre les maladies du nerf optique. 


137 images produites par des photographes au nom parfois prestigieux - comme Marc Riboud, Jane Evelyn Atwood ou Jean-Marc Bugat, et j'en passe - mais aussi par une nouvelle génération de photojournalistes moins connue du grand public mais tout aussi talentueuse, avec, parmi d'autres, Florence Gaty, Corentin Folhen, Lizzie Sadin, Cyrus Cornut, Fréderique Jouval, Guillaume Collanges, Jeromine Dorigny, Cedric Faimali...
  
Vous pouvez voir un diaporama du catalogue de la vente en ligne ou le télécharger en pdf (10 Mo).
 
Le résultat de la vente, sous l'égide de Maître Henri Anton, sera reversé pour moitié à l'association et pour moitié au photographe.
Alors tout ça est très bien, et 'ouvrir les yeux',  c'est ce qu'essaye aussi de faire ce blog à sa façon, mais quel rapport avec la Colombie, me direz vous... ??



Et bien tout simplement, parmi les photographes participant à la vente, et aux côtés de ses collègues Fabrice Dimier et Guillaume Plisson, du collectif Libre arbitre,  figurera le principal contributeur de photos de Colombia Tierra Herida, Damien Fellous, qui y proposera un tirage extrait de sa série Les Guérill'Ados de l'ELN, un sujet effectué entre 2007 et 2008, récompensé par un coup de cœur à la Bourse du Talent Reportage en 2008 et par le prix spécial du jury aux Days Japan International Photojournalism Awards en 2009. 

Colombie, 24 décembre 2007. Katia et Liza, jeunes guérilleras de l'ELN (Ejercito de Liberacion Nacional, Armée de Libération Nationale).
Sur le t-shirt de Katia on peut lire l'inscription floue "Demasiado sexo nubla la vista" (Trop de sexe trouble la vue).
Tirage 50x75 cm, contrecollé sur une planche d'aluminium de 2 mm. Photo : D. Fellous/Libre arbitre.

Et comme les 50% du produit de la vente revenant au photographe lui serviront à financer les prochains reportages qui nourriront les posts de ce blog, en achetant ce tirage, vous soutenez à la fois la recherche médicale et la presse indépendante !! 

Deux bonnes actions pour le prix d'une, et un tirage de qualité dans votre salon en prime, que demande le peuple ?

jeudi 31 mai 2012

Libre !

Un court post pour nous réjouir de la libération de notre collègue et ami Roméo Langlois, de retour à Bogotá hier soir après avoir passé un peu plus d'un mois retenu dans un campement des FARC dans le Caqueta. 

Bogotá, le 31 mars 2012. Le journaliste français Roméo Langlois (à droite) est accueilli par son collègue Simone Bruno, correspondant
 comme lui de France 24 en Colombie, à son arrivée à l'Ambassade de France où il s'apprête à donner une conférence de presse au
lendemain de sa libération après avoir passé plus d'un mois retenu dans un campement des FARC. Photo : D. Fellous/Libre arbitre



Nous reviendrons plus tard sur les circonstances de cette rétention et de cette libération, sur les propos tenus par Roméo lors de sa remise à une équipe du CICR puis lors de la conférence de presse de ce matin et la polémique qu'ils ont immédiatement provoqué, sur les commentaires malveillants effectués par l'ex-président Alvaro Uribe Velez à travers son compte Twitter, et enfin sur les répercussions politiques de toute cette histoire et son impact éventuel sur la possibilité d'ouvrir un processus de paix dans le pays.

Nous publierons également rétroactivement un post écrit une semaine après sa disparition, dont il avait été jugé préférable de différer la mise en ligne afin de ne pas prendre le risque d'interférer avec les diverses démarches en cours pour avoir des information sur le sort de Roméo et tenter d'obtenir sa libération rapide.

Mais pour l'instant, nous nous limiterons à une seule chose : exprimer notre joie et notre soulagement de voir Roméo de retour parmi nous, sain, sauf, et surtout en forme, avec un moral d'acier, un humour mordant et une détermination journalistique intacte.


¡ Bienvenido a casa, hermano !


dimanche 29 avril 2012

Le journaliste Roméo Langlois disparaît dans le Caqueta

      Après quatre mois de silence, Colombia Tierra Herida reprend du service pour une actualité douloureuse. Notre confrère et ami Roméo Langlois, dont nous avons déjà loué le travail dans une note de ce blog est porté disparu depuis hier, alors qu'il suivait pour France 24 une unité de l'armée colombienne en mission dans le Caqueta pour détruire des laboratoires de fabrication de pate base de coca.
 
Roméo Langlois au carnaval de Barranquilla en février 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

      Peu après avoir été déposés sur zone en hélicoptère, à quelques kilomètres seulement du lieu de l'enlèvement d'Ingrid Betancourt il y a tout juste 10 ans, les soldats sont tombés dans une embuscade que leur tendaient des guérilleros des FARC. Le combat a duré plusieurs heures et les militaires y ont laissé quatre morts et une dizaine de blessés. D'après le ministre de la défense colombien qui s'est exprimé dans une conférence de presse aujourd'hui, Roméo aurait vu le soldat chargé de sa protection mourir à ses côtés et aurait lui-même été blessé au bras avant de retirer son casque et son gilet pare-balles et de se mettre à courir en direction des guérilleros. Le gouvernement français, par la bouche d'Alain Juppé, assure qu'il est prisonnier des FARC, tandis que pour le colombien il est pour l'instant simplement considéré comme disparu...

      De notre côté, on conjure les forces armées colombiennes de ne pas lancer d'opération destinée à le libérer et qui ne ferait que mettre inutilement sa vie en danger quand on sait que les FARC ne retiennent en général pas les journalistes et qu'elles ont d'ailleurs déclaré il y a quelques mois renoncer totalement aux enlèvements de civils, en conséquence de quoi si réellement Roméo est aujourd'hui entre leurs mains, on peut raisonnablement espérer le voir réapparaitre parmi nous sous peu, le temps d'organiser les conditions "logistiques" de sa libération. La question la plus préoccupante étant peut-être celle de sa blessure, et de la possibilité qu'il a eu de recevoir des soins dans des délais suffisants. Mais ce qu'on espère par dessus tout,  c'est l'entendre nous raconter lui-même très vite les détails de cette histoire, avec la gouaille et la désinvolture qui lui sont si propres.

  

Te esperamos aqui hermano !



samedi 31 décembre 2011

Punto Final

Constatant le désengagement progressif de sa rédaction collective, et bien que déplorant que les blessures personnelles de son principal contributeur prennent plus d'importance pour lui que celles qui affectent la Colombie dans son ensemble, Colombia Tierra Herida prend acte de cette sécheresse éditoriale et décide en conséquence de baisser le rideau.

Veuillez nous excuser pour cette interruption définitive de l'image et du son.

Nous voulons remercier ici tous les lecteurs qui ont pris le temps de lire nos articles et nous espérons que ceux-ci leur auront parfois appris quelque chose sur ce pays et, qui sait, auront participé à en décider certains à s'engager pour cette terre plus blessée que jamais.

mardi 11 octobre 2011

En route vers Campo Rubiales

Depuis hier, et jusqu'au 14 octobre, se tient dans le Meta une rencontre itinérante pour la défense des libertés syndicales, du droit du travail et des acquis sociaux. Nous tacherons de suivre cet événement à travers les informations et les photographies que nous envoie Sara G. Mendeza, qui accompagnera cette caravane tout du long.
 

Villavicencio, le 10 octobre 2011. Henry Jara, président de l'USO-Meta. Photo : Sara G. Mendeza.

Après une première manifestation hier qui a réuni plus de 200 personnes dans les rues de Villavicencio, et un meeting sur le Parc Libertadores ouù se sont exprimés plusieurs dirigeants de l'USO (Union Syndicale Ouvrière, le principal syndicat de l'industrie pétrolifère), la caravane s'est déplacée plus avant dans les Llanos dans le courant de l'après-midi et a terminé la journée par une autre marche rassemblant cette fois plus de 600 personnes à Puerto Gaitán.

Puerto Gaitán, le 10 octobre 2011. Arrivée dans la nuit de la marche pour les libertés syndicales. Photo : Sara G. Mendeza

Aujourd'hui se tient dans cette ville un Forum Pétrolier, acte politico-culturel que vous pouvez suivre  en direct ci-dessous grâce à Accion Informativa, avant que les participants ne partent en direction des campements des travailleurs du pétrole, bien décidés à atteindre Campo Rubiales coûte que coûte.

 Watch live video from accioninformativa on fr.justin.tv

14 h : Mise à jour  : La retransmission en direct est maintenant terminée. Vous pouvez revoir la vidéo du Foro Petrolero (en deux parties) ci-dessous :






mercredi 28 septembre 2011

Journée internationale du Droit à Savoir

Aujourd'hui on célèbre à travers le monde le droit à l'information, comme tous les 28 septembre depuis 2002, et le lecteur de ce blog en profitera certainement pour protester que celui-ci est honteusement bafoué par Colombia Tierra Herida, où aucune nouvelle note n'est venu répondre à ce droit fondamental depuis quelques longues semaines maintenant.

Il faut bien l'avouer, après un printemps très prolifique, le blog a été en sommeil presque tout l'été. Mais nous ne chantions pas comme la cigale, et si nous avons voyagé, ce ne fût pas pour prendre des vacances mais pour vous ramener une moisson de nouvelles histoires collectées aux quatre coins du pays.

Colombie, le 23 août 2011. Sur les routes du Cauca, quand il y en a pour 4, il y en a pour 5 (regardez bien...).
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
 
Il va cependant falloir faire preuve d'encore un peu de patience, puisque le devoir nous appelle à nouveau sur le terrain pour couvrir le Congrès National des Terres, Territoires et Souverainetés à Cali du 29 septembre au 3 octobre puis à Cajamarca le 4 octobre. Vous pouvez suivre les discussions de ce rassemblement en vidéo et en direct ici.


 
Très bientôt, donc, une rentrée riche en  images et en information. Pour respecter votre droit à savoir, dans la diversité.

vendredi 29 juillet 2011

Cabildo abierto à Saravena, pour les droits de l'homme, la justice et la vie

Saravena, le 29 juillet 2011. Discours de Franklin Castaneda, du Movice (Mouvement des Victimes de Crimes d'Etat),
lors du Cabildo abierto pour les Droits de l'Homme, la Justice et la Vie. Photo : D. Fellous/Libre arbitre


Pour suivre en direct l'Assemblée populaire pour les Droits de l'Homme, la justice et la vie de Saravena (Arauca) : http://www.ustream.tv/channel/arauca

jeudi 21 juillet 2011

Gros dégâts à Toribio après l'attaque des FARC contre le poste de police

Après l'attaque simultanée attribuée aux Farc de positions de l'armée et de la police dans une demi-douzaine de villages du Cauca  la semaine dernière, causant plusieurs morts, civiles et militaires, ainsi que d'importants dégâts matériels, en particulier à Toribio ou une Chiva-bombe a explosé près du poste de police, pulvérisant plusieurs dizaines de maisons alentour, Colombia Tierra Herida a décidé d'interrompre les vacances bien méritée de sa rédaction pour l'envoyer enquêter sur place. Nous vous livrerons ici leur reportage dès leur retour, d'ici là voici juste quelques images des dégâts visibles à Toribio.

Colombie, le 20 juillet 2011. Un membre de la garde indigène à Toribio, dans le Cauca, après les violents affrontements
entre la guérilla et la police qui ont causé la mort de plusieurs civils, ainsi que la destruction de dizaines de maisons
du village. Photo D. Fellous/Libre arbitre


Colombie, le 20 juillet 2011. Maisons de civils détruites après de violents affrontements entre les Farc et la police
colombienne à Toribio dans le Cauca. Sur le t-shirt on peut lire "Quelle honte la guerre".
Photo D. Fellous/Libre arbitre

Le poste de police de Toribio, dans le Cauca, Colombie, après l explosion d une chiva'bomba, un camion piégé, le 20 juillet 2011.
Photo D. Fellous/Libre arbitre

jeudi 16 juin 2011

Le travail c'est la santé

Aujourd'hui, 19 mineurs de charbon et ouvriers du secteur de la construction et de l'industrie du tabac originaires de la région de Cúcuta, dans le Norte de Santander, près de la frontière vénézuélienne, tous victimes d'accidents de travail, se sont rassemblés sur la place Bolivar à Bogotá pour réclamer la reconnaissance de leur invalidité et le paiement d'indemnisations.

Bogotá, le 16 juin 2011. Mineurs victimes d'accidents du travail sur la Plaza Bolivar pour réclamer le paiement de pensions d'invalidité.
"1. Plus de violation des droits fondamentaux. 2. Droits à une vie digne et à l'égalité (mineurs malades). 3. Plus de violation
de la Loi 776, Loi 1295, Décret 52.10, Loi Antidémarche et de la Loi 100. 4. Oui aux Droits de l'Homme."
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Bien qu'ils aient cotisé auprès de plusieurs EPS, (entreprises promotrices de santé,  sorte de mutuelles privées chargées du financement des soins de leurs affiliés) telle que Saludcoop, Saludtotal ou Coomeva, ils n'ont pas bénéficié de l'attention qu'ils considèrent devoir recevoir de leur part en application de la Constitution et des lois sur la santé, la protection sociale et le minimum vital, notamment la loi 100 (voir sur ce sujet le reportage sur la manifestation contre la corruption dans les EPS, et les articles de Sara G. Mendeza qui traitent du scandale qui affecte leur gestion et de la crise de la santé en Colombie).

Ils réclament le paiement de la sécurité sociale intégral, et le droit à une vie digne, à travers une requalification adaptée à leur handicap. Certains d'entre eux attendent sans aucune ressources depuis près d'un an la reconnaissance de leur invalidité, et du même coup la pension qui va avec, alors que ce processus est censé prendre moins d'un mois, et que des jugements ont été rendus en leur faveur après qu'ils aient fait recours contre ces dysfonctionnements, jugements qui ont été ignorés par les EPS concernées.

Dimas Cruz Mesa (et non Grumesa comme l'a nommé le site d'El Tiempo...) est l'un de ces accidentés. Victime d'un éboulement dans la mine où il travaillait, il se déplace aujourd'hui en fauteuil roulant, et a décidé avec 12 mineurs également handicapés et d'autres victimes d'accidents du travail de venir jusqu'à la capitale faire valoir ses droits devant les plus hautes autorités du pays. Comme il nous le raconte (en espagnol) dans la vidéo ci-dessous, parole leur a été donnée qu'ils allaient être reçu ce soir par le vice-président, nous tâcherons de savoir si cette promesse a été tenue, et quelles suites ont été données à leurs revendications afin d'en rendre compte ici.
 


© D. Fellous/Libre arbitre



PS: Impossible de comprendre pourquoi le début de la vidéo est déformé comme ça, je l'ai uploadé 10 fois sur Youtube avec le même résultat, si un expert avait une idée de la cause (l'original n'a pas ce problème) et de la façon d'y remédier, je lui serais très reconnaissant de ses commentaires éclairés.

mardi 24 mai 2011

L'ONU terrifiée par l'ampleur de la disparition forcée en Colombie


Bogotá, le 1er mai 2008. Panneau à la mémoire de militants de l'Union Patriotique, disparus ou assassinés à la fin des années 80.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Le site de l'hebdomadaire Semana rapporte que lors d'un séminaire sur la disparition forcée se déroulant hier à Bogotá, le représentant en Colombie du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l'Homme (OHCHR) Christian Salazar a révélé que le parquet colombien aurait connaissance de plus de 26.500 cas présumés de disparitions forcées dans le pays, sur un total de 57.200 disparitions documentées par le Registre National des Disparus au cours des trois dernières décennies, des chiffres qui indiquent "une ampleur terrifiante" du phénomène.

Bogotá, le 1er mai 2008. Des manifestants ont jetés
des os ensanglantés sur les marches du Sénat.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
Ayant rappelé que la spécificité des disparitions forcées, en comparaison d'une "simple" disparition, est qu'elles sont "commises par des agents de l'État et les forces paramilitaires qui collaborent avec elles", et souligné qu'elles étaient "une des violations aux Droits de l'Homme les plus graves qui existent et que la Colombie, malheureusement, souffre d'un record alarmant dans l'exécution de ce crime", Christian Salazar a déploré le peu de réceptivité du Ministère de la Défense et de l'armée  colombienne aux multiples recommandations émises par  son bureau les enjoignant de mieux collaborer avec la Justice et d'aider à identifier les disparus. "Les opérateurs judiciaires en Colombie possèdent le cadre normatif qui leur permet de remplir l'obligation d'enquêter, juger et sanctionner les responsables de disparition forcée", a-t-il dit, citant différentes conventions internationales  relatives aux Droits de l'Homme ratifiées ces dernières annnées, mais "la lutte contre l'impunité n'a pas connu les mêmes progrès". Détaillant les données détenus par le parquet, qui font état de 3.000 femmes et autant de jeunes de moins de 20 ans parmi les victimes, le représentant de l'ONU a répété que la Colombie était l'un des pays d'Amérique Latine et du monde comptant le plus de disparitions forcées. Près de 4500 de ces disparitions ont été avouées par des ex-paramilitaires en contrepartie d'une amnistie ou de réductions de peines lors du processus de démobilisation dans le cadre de la loi "Justice et Paix" votée en 2005. Apparues dans les années 80, ces milices paramilitaires, financées par le trafic de drogue mais aussi parfois subventionnées par de grands propriétaires terriens et même par certaines multinationales,  se sont pour la plupart regroupées au milieu des années 90 au sein des AUC (Autodéfenses Unies de Colombie). Censées combattre la guérilla, elles ont la plupart du temps mené une guerre d'assassinats et de massacres, ciblant les membres de la population civile suspectés de collaboration ou même de sympathie avec la subversion, ce qui englobait - bien au delà des insurgés - syndicalistes, journalistes, militants d'ONG, leaders communautaires, juges, intellectuels de gauche, humoristes, militants politiques, et le plus souvent simples paysans et leurs familles. Des dizaines de milliers de morts, souvent démembrés à la tronçonneuse et parfois même brûlés dans des fours crématoires.

Photomontage : © D. Fellous/Libre arbitre

Les révélations sur ces plus de 25.000 cas de disparitions imputables à la Force Publique venant donc peu après celles concernant les 173.000 cas d'assassinats commis par les paramilitaires documentés entre 2005 et 2010 par la Justice colombienne, il semblerait que le silence concernant la Guerra Sucia (guerre sale), jusqu'ici à peine troublé par le travail incessant des quelques ONG travaillant sur le sujet et de journalistes ou militants locaux payant trop souvent de leur vie leur engagement, il semblerait , donc, que cette chape de silence soit en train de se fissurer au niveau national et international. Il serait plus que temps.
 

Manifestation contre la corruption dans les EPS


Bogotá, le 24 mai 2011. Manifestation contre le scandale des EPS. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Pour protester contre le nouveau scandale de corruption dans les EPS (Entités Prestataires de Santé), dont nous avons parlé il y a trois semaines, une manifestation était organisée ce matin à Bogotá entre le Parc National et la Place Bolivar, ainsi que plusieurs autres rassemblements dans les principales villes du pays.

Bogotá, le 24 mai 2011. Manifestation contre le scandale des EPS. "Mort inconnu. Victime de la loi 100".
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Répondant à l'appel de plusieurs syndicats de travailleurs de la santé et d'organisations de patients, plusieurs centaines de personnes ont défilé dans la capitale contre ces détournements d'argent public et la Loi 100 de 1993 qui régit le système intégral de sécurité sociale et qu'ils considèrent à l'origine de ces fraudes. 

Bogotá, le 24 mai 2011. Manifestation contre le scandale des EPS. "La santé et la vie, ils en ont fait des marchandises.
Dehors la privatisation". Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Les manifestants réclamaient notamment le remboursement par les EPS impliquées dans le scandale des ressources versées par le Fonds de Solidarité et de Garantie pour les traitements non effectués et les délivrances fictives de médicaments ainsi que le paiement immédiat de leurs dettes au réseau public hospitalier. D'une façon générale, les slogans refusaient la privatisation du secteur, les intermédiations dans le système de soins, et tout ce qui tend à faire de la santé une marchandise.


Plus d'informations (en espagnol) sur le site de Notiagen.

lundi 23 mai 2011

Des néos-nazis en Colombie

Le numéro du mois de mai de Don Juan (un genre de Newlook en plus soft) entraine ses lecteurs au cœur de la nébuleuse néo-nazi colombienne. Dans un reportage qui hésite entre stupéfaction, inquiétude et ironie, le journaliste Daniel Vivas Barandica et le photographe Juan Pablo Gutierrez nous font pénétrer les coulisses du parti Tercera Fuerza Nación (Troisième Force Nation), le plus important groupe néo-nazi colombien, à l'occasion de la commémoration de l'anniversaire de naissance d'Adolf Hitler célebré dans un hôtel de la capitale le 16 avril dernier.

Barranquilla, le 21 février 2009. Un homme déguisé en Adolf Hitler pendant un défilé du Carnaval. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Pour ceux qui, comme l'auteur de cette note, sont originaire d'un pays européen où ce genre de folklore nauséabond est interdit et l'apologie du Troisième Reich susceptible d'entrainer des poursuites judiciaires, la découverte du fait que des organisations se réclamant ouvertement nazies aient pignon sur rue peut surprendre, et même choquer. Malheureusement, Colombia Tierra Herida avait déjà eu l'occasion de se rendre compte de la relative intégration de ces mouvements dans la population colombienne, notamment lors de la marche pour la libération des otages aux mains de la guérilla des FARC, le 20 juillet 2008, à laquelle s'était joint un cortège relativement conséquent de Tercera Fuerza Nación.

Bogotá, le 20 juillet 2008. Néo-nazis du parti Tercera Fuerza Nacion pendant la marche pour la libération des otages des FARC.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Arborant des croix gammées sur leurs bombers, agitant des drapeaux frappés de la croix celtique et exécutant force saluts romains, la petite centaine de cranes rasés qui défilaient sous des banderoles "Colombie réveille-toi" ou "Socialisme national" n'avaient pas été rejetés par les autres manifestants, certains allant même jusqu'à les applaudir lorsqu'ils criaient des slogans comme "Ni droite, ni gauche, une seule nation".


Barranquilla, le 21 février 2009. Un homme déguisé en Adolf Hitler se fait offrir
un verre de rhum par un spectateur. Photo : D. Fellous/Libre arbitre
Plus troublant encore, lors du Carnaval de Barranquilla en février 2009, on avait pu remarquer un homme déguisé en Hitler se pavanant sur le parcours des défilés en levant le bras droit. Même avec l'alibi possible de la parodie, et sachant, tout étant permis carnaval oblige, que l'on pouvait voir nombre de costumes de guérilleros des FARC et de paramilitaires au milieu des Uribe, des Chavez, ou des Ingrid Betancourt, il y avait quelque chose de différent avec ce personnage. Tout d'abord la tradition veut plutôt que les déguisements "politiques" soient liés à l'actualité, nationale ou internationale, (cette année-là par exemple, il y avait beaucoup de Barack Obama, récemment élu, ou de David Murcia Gomez, le responsable de la gigantesque escroquerie pyramidale qui avait ruiné plusieurs départements et nourri la chronique judiciaire des derniers mois). Surtout son attitude tranchait avec les autres, il affichait une fierté et une jubilation manifeste, qui laissait supposer qu'il profitait de l'occasion pour crier haut et fort ce qu'il taisait toute l'année, et que contrairement au reste du monde, le jour du carnaval était le seul où il ne se déguisait pas. Ici non plus,  l'homme ne paraissait pas soulever la moindre gêne chez les spectateurs, nombreux se pressant pour le saluer, lui offrir à boire ou se faire photographier à ses côtés. Groß Rigölad !! Un historien allemand nous résumait récemment ses recherches faisant apparaitre une forte influence de l'idéologie nazie en Colombie jusque plusieurs années après la fin de la Seconde Guerre Mondiale - un héritage qui serait encore particulièrement vivace dans l'armée - et qui pourrait expliquer la permanence de ce courant de pensée dans le pays et la quasi bienveillance dont il bénéficie de la part d'un secteur de l'opinion. Nous lui demanderons s'il veut bien nous éclairer sur le sujet avec un article pour Colombia Tierra Herida.
 

Bogotá, le 28 juin 2009. Contre-manifestation du groupuscule d'extrême-droite Tercera Fuerza Nación le jour de la Gay Pride.
"Par respect aux familles et à nos enfants colombiens, plus de tolérance avec l'anti-naturel". Photo : D. Fellous/Libre arbitre


Bogotá, le 28 juin 2009. Les participants à la Gay Pride conspuent les quelques
militants néo-nazis venus les insulter. Photo : D. Fellous/Libre arbitre
On se rassurera tout de même quand au degré de pénétration réelle de ce genre d'idées dans la société civile colombienne en observant que lorsque le groupuscule cité plus haut convoque en juin 2009 une contre-manifestation le jour de la Gay Pride à Bogotá pour stigmatiser les "anti-naturels", ils rassemblent péniblement une vingtaine de skin-heads, et restent retranchés derrière un cordon de  policiers face aux quolibets de dizaines de milliers de manifestants pour la tolérance et la diversité.


Ouf.



 
PS : Pour le titre j'avais pensé à plusieurs bons mots, comme "Têtes propres et mains hautes", "Crâne pas, t'es chauve !",  "Hitlérien à battre", ou "Enquête de mollesse skin" mais comme en fait ça ne me fait pas tant rire que ça (je parle du sujet, bien sûr, pas de mes calembours qui sont excellents...), j'ai finalement opté pour du purement factuel.
 

mardi 17 mai 2011

Shakira offre une guitare à Chavez

La star colombienne, qui était en tournée en mars au Vénézuela, a autographié six guitares pendant son séjour, dont l'une a été envoyée au président Hugo Chavez, actuellement en convalescence pour des problèmes au genou. La nouvelle a été annoncée la semaine dernière par le ministre vénézuelien de la Communication, Andrés Izarra, sur son compte Twitter, accompagnée d'une photo de l'instrument, une guitare électrique rouge. Dimanche, Chavez a remercié la chanteuse pour le cadeau, et déclaré l'avoir appris par le biais de la plateforme de microblogging. 
"Je n'étais pas au courant pour la guitare de Shakira. Il faut la remercier. Elle m'est arrivée hier soir, et je suis resté jusqu'à une heure du matin, avec le genou comme ça, immobilisé, avec de la glace, à composer des chansons. (...) Elle est très moderne, c'est une guitare électrique, je n'ai pas l'habitude...".

Caracas, le 2 juillet 2006.  Un participant à la Gay Pride dans la capitale vénézuelienne, travesti en Shakira,
la principale rockstar colombienne. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Les attachés de presse de la chanteuse ont tenus à faire savoir que celle-ci n'était pas directement à l'origine du présent, mais que c'étaient les organisateurs de la tournée qui lui avaient demandé de signer les guitares, dont ils avaient ensuite disposé à leur gré. Ils n'ont cependant pas condamné le geste, ajoutant au contraire qu'ils espéraient que de tels gestes "contribuent à continuer à unir les citoyens des deux pays si proches et fraternels comme le sont la Colombie et le Vénézuela."

Reste à écouter les compositions d'Hugo Chavez, et à voir si le résultat ne risque pas plutôt de tendre les relations entre les deux pays, l'enregistrement ci-dessous, où il entonne Pero Sigo Siendo El Rey (Mais je reste le Roi, un tube du chanteur mexicain José Alfredo Jimenez), laissant craindre que la voix du leader vénézuélien ne soit suceptible d'aggraver les terribles chutes de pluie que subit la Colombie depuis plus de six mois...
 


samedi 14 mai 2011

Santos et Uribe en prison ?

Surprenante déclaration du président de la République aujourd'hui à Buenaventura, qui mérite sûrement bien des commentaires, mais que nous nous contenterons pour le moment de citer et de laisser à l'appréciation des lecteurs. 

D'après un article d'El Tiempo, Juan Manuel Santos aurait en effet déclaré ne pas comprendre la polémique qui l'oppose à l'ex-président Alvaro Uribe Velez sur la reconnaissance ou non de l'existence d'un conflit armé en Colombie, un concept qui apparaitrait officiellement dans la Ley de victimas, la loi des victimes (nous avons déjà abordé cette question ici il y a une dizaine de jours). Selon le président, l'expression existe déjà "igualita", toute pareille, dans deux précédentes lois émises pendant le gouvernement de son prédécesseur, bien que celui-ci maintienne que reconnaitre un conflit armé dans le pays ouvre la porte à la reconnaissance d'un statut de belligérant aux différentes guérillas et qu'il défende plutôt l'usage de "menace terroriste". 

Mais Juan Manuel Santos ne s'est pas contenté de souligner le précédent passé inaperçu ou oublié par son contradicteur, il a également justifié la reconnaissance du conflit avec un argument peu banal :

"Si decimos que no hay un conflicto armado interno se restringe la capacidad de operación de nuestras fuerzas y el presidente Uribe, y quien fue su ministro de Defensa, hoy Presidente de la República, y los señores comandantes, nos vamos derecho a la cárcel, a la Picota".

"Si l'on dit qu'il n'y a pas de conflit armé interne, on restreint la capacité opérationnelle de nos forces ; et le président Uribe, celui qui  fût son ministre de la Défense, aujourd'hui Président de la République, et messieurs les commandants, nous allons droit en prison, à la Picota (la principale prison de Bogotá)"


Bogotá, le premier mai 2010. En marge du cortège syndical, des manifestants promènent un prisonnier à l'effigie du ministre
de la Défense Juan Manuel Santos. "Procès pour Uribe, maintenant ! Pour Santos, la prison, maintenant, pour crimes
contre l'humanité." Photo : D. Fellous/Libre arbitre

vendredi 13 mai 2011

La Cour Constitutionnelle ordonne la restitution de Las Pavas

Nous avons déjà évoqué plusieurs fois ce cas de déplacement, ainsi que le retour le mois dernier des 123 familles paysannes organisées au sein de l'ASOCAB sur leur terrain situé dans le département du Sur de Bolivar. Cette réappropriation de fait est aujourd'hui légitimée par une décision de justice.

Las Pavas, avril 2011. "Retournant sur la Terre promise. Le Miracle.". Photo : Ceiba

Restitution de terre jusqu'à nouvel ordre.

Il y a un mois la communauté paysanne de Las Pavas décidait de retourner sur les terres dont elle avait été spoliée et déplacée par l'action de narcotrafiquants et de paramilitaires au profit, entre autre, d'entreprises palmifères. Début mai, la court constitutionnelle ordonne la restitution des terres aux paysans, ou plutôt déclare illégale l'expulsion subie par la communauté en 2009 et demande une enquête sur les fonds qui avaient permis d'acheter le terrain de Las Pavas (1223 hectares), pour savoir si ceux-ci provenaient d'une activité illicite comme par exemple le narcotrafic. 


Las Pavas, avril 2011. "Bienvenue au campement de résistance pour une vie digne. Plus de spoliations de terres
pour les paysans en Colombie." Photo : Ceiba

Il est aussi demandé d'ouvrir une procédure lancée en 2006 par ASOCAB portant sur le litige du droit de propriété de Las Pavas. Les paysans déclarent s'être installés sur ces terres vierges de toute activité en 1996, alors qu'ils se trouvaient déjà en situation de déplacement forcé de leurs précédents domaines. La Cour Constitutionnelle demande à l’Institut Colombien de Développement Rural (INCODER), qui gère ces affaires, d’appliquer aux procédures agraires des principes constitutionnels qui favorisent les populations vulnérables et notamment déplacées. Plus important, la sentence stipule que les familles ne peuvent être délogées de Las Pavas tant que cette procédure n’est pas close.

En fait, contrairement à ce que dit le titre, ce n’est pas encore une restitution de terre, c’est une interdiction d’expulsion légale jusqu’au rendu de l’affaire en litige.  À suivre...
 

Las Pavas, avril 2011. Photo : Ceiba

Pour plus d'informations (en espagnol) sur le retour à Las Pavas:

À regarder aussi, de bonnes vidéos (toujours en espagnol) sur Las Pavas :