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mercredi 19 octobre 2011

Campo Rubiales : Les damnés du pétrole

Du 10 au 14 octobre se déroulait dans le département du Meta une caravane itinérante dont l'objectif était d'atteindre Campo Rubiales et Campo Quifa et les installations pétrolières de l'entreprise canadienne Pacific Rubiales Energy pour aller à la rencontre des travailleurs. Mobilisés depuis juin dernier, ils dénoncent la précarité de leur embauche mais aussi leurs conditions de vie dans les camps de travail de l'entreprise. Quant aux communautés alentours, la richesse de leur terre leur échappe en dépit de leur proximité avec des exploitations générant près de 25 % de la production nationale de pétrole.

L’action a associé plus d’une cinquantaine d’organisations sociales nationales et internationales. Elle a aussi permis l’entrée dans la zone des représentants nationaux et départementaux de l’Union Syndicale Ouvrière de l’industrie pétrolière (USO) et de la Confédération Unie des Travailleurs (CUT) alors que le droit syndical y est particulièrement bafoué. Campo Rubiales et Campo Quifa sont situés au cœur du Meta, dans une zone particulièrement isolée. La superficie totale de ces deux zones avoisine les 1 900 km2. À Campo Rubiales, 14 000 travailleurs sont dispersés sur les différents sites d’exploitation. En dépit de la présence de villages de colons et de communautés autochtones, la zone est fermée et l’accès par la route est strictement contrôlée par un personnel privé. Une autorisation délivrée par Pacific Rubiales ou ses entreprises sous-traitantes est nécessaire et l’on prend les empreintes et les photos de chaque entrant, qu’il soit travailleur ou habitant. L’entrée de la caravane dans la zone voulait aussi signifier un acte symbolique de récupération de la souveraineté nationale sur ces territoires laissés au contrôle de la multinationale.





Le mouvement a commencé fin juin et les moments forts en ont été la déclaration de grève et d’assemblée permanente du 18 juillet puis une nouvelle entrée en grève du site de Campo Rubiales le 20 septembre. En plus d'une demande de hausse des salaires, il s’attache à dénoncer le mode d’embauche. La mise sous contrat des travailleurs s’appuie sur un système d’entreprises sous-traitantes permettant d’amplifier la flexibilisation que le droit du travail colombien connaît déjà depuis l’importation des thèses néolibérales dans le pays au début des années 1990. Les contrats de travail sont de 28 jours et comprennent trois semaines continues de travail pour une semaine de repos en dehors du site. En sortant du site, les travailleurs ne savent jamais s’ils pourront obtenir un nouveau contrat. Cette flexibilisation des conditions de travail soumet les travailleurs à une pression permanente, alors que nombreux sont ceux qui enchaînent les contrats mensuels et les mois de travail sur le site. Elle permet aussi de contrôler toute contestation, le contrat n’étant pas renouvelé quand le travailleur énonce son désaccord. Lors de la caravane, nous avons d’ailleurs pu noter que la peur de perdre son emploi était permanente pour ces ouvriers, notamment chez les transporteurs qui, quand nous les avons visités, témoignaient volontiers mais refusaient toute prise d’enregistrement. Les manifestations de solidarité se sont d’ailleurs succédées tout au long de la semaine. Et l’adhésion à l’USO n’en est pas moins importante, le syndicat revendiquant plus de 5 000 adhérents pendant les grèves, des centaines d’autres ayant pris leur carte au moment de la caravane. Mais l’exercice syndical est profondément limité. Quand l’un de ces adhérents est repéré, son contrat n’est pas reconduit le mois suivant. Ainsi, de façon plus générale, Pacific Rubiales et entreprises sous-traitantes ont activement entravé les mobilisations en ne reconduisant pas les contrats de plus de 4 000 des employés présents pendant les grèves.

L’autre thème central de la mobilisation concerne les conditions de vie de ces travailleurs, littéralement parqués dans des campements où la promiscuité est permanente, les sanitaires souvent défaillants et la nourriture parfois avariés. Après de longues journées de travail, le plus souvent supérieures à douze heures continues, les ouvriers ne disposent d’aucun espace décent de repos et de distraction. Les dortoirs sont installés sous d’immenses tentes sans espace privé, dans des containers inhospitaliers ou dans des pièces sans fenêtres de moins de 15 m2 où quatre lits occupent tout l’espace.

Enfin, dernières observations et non des moindres, les habitants présents sur les zones d’exploitation, qui souvent travaillent aussi pour Pacific Rubiales, vivent dans une pauvreté extrême, dans des maisons aux murs de plastique ou aux planches récupérées et dont le sol est de terre (voir reportage photos). L’accès à l’eau est des plus précaires et génère des problèmes sanitaires et l’électricité souvent absente ou produite grâce à un groupe électrogène individuel, quand, dans l’installation pétrolière voisine, les éclairages fonctionnent à plein régime. La situation certainement la plus dramatique est celles de ces communautés autochtones. Les conditions de vie y sont encore plus précaires, les enfants souffrant de malnutrition et du lot de maladies qui y est associé, tandis que l’acculturation gagne chaque jour plus de terrain dans des communautés plongées dans l’apathie.

Bref, l’existence d’une extrême pauvreté à quelques centaines de mètres d’installations ultramodernes a de quoi choquer. La dénonciation peut paraître ici bien classique, une multinationale qui exploite les richesses d’un pays en bafouant le droit du travail et en ignorant les populations locales. Elle n’en est pas moins bien réelle et actuelle.

À son entrée en fonction en 2010, le président Juan-Manuel Santos avait annoncé axer sa politique de développement sur l’exploitation des ressources minéro-énergétiques. Un système de rente pétrolière est initialement prévu pour permettre la redistribution dans les municipalités d’une partie de l’exploitation. Or, le clientélisme est encore très fort en Colombie, d’autant plus dans un département comme le Meta, connu pour avoir été l’une des bases fortes du paramilitarisme. Comme nous avons pu le noter lors de la visite dans les villages, les populations locales vivent encore sous un régime de peur. Elles ne touchent concrètement aucun pourcentage de la rente pétrolière, quand elles ne sont pas menacées pour avoir osé la réclamer. Ainsi, les richesses de la terre continuent-elles à s’évader de leur région, et plus largement de Colombie.


Pour plus d'information (en espagnol), voir le site de l'USO et la déclaration produite à la fin de la caravane
Voir aussi l'interview de l'un des ouvriers licenciés, Edwin Sánchez.

Et les articles suivants :
La Caravana Humanitaria y Laboral finaliza su jornada en Campo Rubiales reunida con los trabajadores en el lugar donde tienen sus carpas.

Alrededor de 200 personas de la Caravana Humanitaria llegan a la vereda el Puerto Triunfo, donde está el pozo Quifa que explota la Pacific Rubiales hace 13 años

Hoy arranca una caravana humanitaria en solidaridad con las reivindicaciones laborales y sociales en los pozos petroleros de Puerto Gaitán (Meta)

dimanche 26 juin 2011

La Gay Pride 2011 à Bogotá

Comme chaque année, plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont défilé aujourd'hui à Bogotá à l'occasion de la Marcha del Orgullo Gay, la Gay Pride.

Bogotá, le 26 juin 2011. Participants à la Gay Pride. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Plus de 40.000 personnes ont parcouru la Carrera Septima, une des principales artères de la capitale colombienne. Lesbiennes, gays, bisexuel(le)s, et transsexuel(le)s, mais aussi de très nombreux hétéros, venus soutenir les libertés sexuelles ou parfois en curieux, se pressant autour des trans les plus exubérant(e)s pour les photographier avec leurs téléphones portables, mais aussi souvent pour se faire prendre en photo avec.

Bogotá, le 26 juin 2011. Un nombreux public est venu assister au défilé de la Gay Pride. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Certaines mères de famille envoyaient même leurs enfants poser avec des travestis à moitié nus, voire tenir l'énorme sexe factice d'un manifestant déguisé en extraterrestre lubrique...

Bogotá, le 26 juin 2011. Des enfants posent pour leur maman avec un participant à la Gay Pride. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Au delà du spectacle, la marche d'aujourd'hui était principalement orientée vers la réclamation de la reconnaissance légale du mariage gay, après son approbation hier par le Sénat de New-York.

Bogotá, le 26 juin 2011. Participants à  la Gay Pride.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
En effet, si les unions civiles homosexuelles sont reconnues en Colombie, comme en France mariage et adoptions restent réservés aux couples hétérosexuels (ou aux célibataires et veufs/veuves, pour ce qui est de l'adoption, rendant peu compréhensible l'argument avancé par certains opposants à l'adoption par des couples homosexuels de la nécessité pour l'équilibre psychologique de l'enfant d'avoir un père et une mère).  Cependant  les jugements successifs rendus ces dernières années par la Cour Constitutionnelle et qui accordent progressivement aux minorités sexuelles l'égalité des droits sur plusieurs points, comme par exemple l'affiliation par le conjoint à la Sécurité sociale, permettent d'être optimistes sur l'évolution de ces revendications dans un futur proche, malgré l'influence que conserve l'Église catholique dans ce pays très religieux (même si la Colombie est officiellement un État laïc) et l'opposition hargneuse de la droite catholique à ce type d'évolutions sociétales.

Il est toutefois à noter que certains groupes évangéliques, tels que l'Église Casa Abba Padre, affirment leur ouverture à la communauté LGBTI+H, en distribuant un fasicule intitulé : "Qu'a dit Jésus à propos de l'homosexualité ?.... Rien ! " et en rappelant que ce mot n'est apparu qu'en 1869, et que les passages de la Bible utilisés pour condamner l'homosexualité sont des interprétations erronées de condamnations de l'idolatrie, de l'hérésie, ou d'actes considérés impurs comme la prostitution, mais que par exemple il n'y a pas de mot désignant la sodomie en hébreu, donc que l'Ancien Testament ne peut par conséquent pas l'interdire.

Sous des pancartes célébrant les "Familles de mille couleurs", les couples se faisaient photographier en habit de mariage avec un phylactère de carton proclamant "Ma famille est légitime, et je la veux légale", ou bien "Nous trouverons le moyen, et sinon, nous le créerons".
 
Bogotá, le 26 juin 2011. "Ici, oui il y une famille. Nous trouverons un chemin, et sinon nous le créerons". Photo : D. Fellous/Libre arbitre


Bogotá, le 26 juin 2011. "Folle", "Gouine" disent les étiquettes portées
par  ces participants à la Gay Pride. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Autre leitmotiv de la journée, les slogans contre le procureur Alejandro Ordóñez, fervent adversaire de l'adoption par les couples homosexuels, mais aussi de l'avortement, et en général des droits des minorités sexuelles, dont il avait qualifié les pratiques de "conduites contraires au Droit Naturel comme au Droit Divin" dans un livre publié en 2003. Il y a peu, après ses virulentes critiques de décisions de la Cour Constitutionnelle autorisant l'avortement dans quelques circonstances (très restreintes : viol, etc..) ou accordant de nouveaux droits aux couples de même sexe, un avocat avait du lui rappeler ses cours de Droit "La loi sur les droits des femmes n'est pas celle que vous voulez, c'est ce que la loi dit (...) Si la Constitution ne vous plaît pas, il y a une solution, vous pouvez démissionner".
 

Bogotá, le 26 juin 2011. Participants à la Gay Pride. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Entre les cortèges des diverses associations LGBTI, on a pu noter la présence remarquée du Sénateur du Polo Democratico Alternativo (Gauche plurielle) et ex-candidat à l'élection présidentielle Gustavo Petro, venu appuyer les revendications des minorités sexuelles et aussi récolter quelques signatures pour se lancer dans la course à la mairie de Bogotá.

Bogotá, le 26 juin 2011. Le sénateur Gustavo Petro (à gauche) sur la place Bolivar en appui à la Gay Pride.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Une mairie qui était également présente lors du défilé, à travers le programme Bogotá Positiva, et la campagne "Politique Publique pour la Pleine Garantie des Droits des Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres", destiné à combattre les discriminations institutionnelles.

Employés du programme "Bogotá Positive" de la mairie pendant la Gay Pride avec une banderole "À Bogotá, on peut être transgenre".
Photo : D. Fellous/Libre arbitre


lundi 30 mai 2011

Ainsi va la vie à Villa de Leyva...


Villa de Leyva, le 14 avril 2009. Le couvent du Santo Ecce Homo. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Villa de Leyva, à quelques heures de route au nord de Bogotá, dans le département du Boyaca, est une destination classique pour s'échapper de la capitale le temps d'un ou deux jours. Incontournable absolu des guides touristiques, et jouissant auprès des colombiens eux-même d'une réputation plus que favorable, la petite ville possède en effet une architecture coloniale charmante, et bénéficie d'un climat agréable et d'une tranquillité à toute épreuve, à peine troublée le week-end et pendant les vacances par des visiteurs en plus grand nombre que durant la semaine. 

Villa de Leyva, le 14 avril 2009. La Plaza Mayor. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Malgré ce premier tableau enchanteur, force nous est de dire que Villa de Leyva n'a pas non plus suscité chez nous l'enthousiasme su-cité... La dépendance de l'économie locale dans le tourisme ; le contraste du passé suggéré par les vieilles pierres avec les tourniquets à cartes postales ou les menus en trois langues ; les excursions proposées par les chauffeurs de taxis, toutes identiques et soutenues par des classeurs-programmes illustrés de photos des sites à visiter ; tout ça donne à la ville des allures un peu artificielles, à l'image de Saint-Malo ou de la cité de Carcassonne. Quand à l'indifférence blasée des habitants, ou à l'amabilité forcée des commerçants, elles tranchent si nettement avec l'attitude habituellement rencontrée en Colombie, qu'elles font craindre que le développement accéléré du tourisme n'entraîne progressivement partout cette effacement du caractère si ouvert, curieux et joyeux qui prédomine dans ce pays que le fléau de la guerre civile à jusqu'ici relativement protégé de cet autre fléau qu'est le tourisme de masse (sans bien sûr vouloir comparer la gravité de leurs conséquences respectives). 
 
Villa de Leyva, le 14 avril 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Ceci étant dit, et même si pour notre part nous n'en faisons donc pas une destination prioritaire pour le voyageur limité par le temps dans son exploration de la Colombie, il n'en demeure pas moins que l'on peut bien trouver de quoi s'occuper plaisamment quelques jours, en  faisant de Villa de Leyva une base pour visiter la région et profiter pour reprendre des couleurs de la fin tant attendue de la Niña (ce phénomène climatique qui a apporté six mois de pluies presque ininterrompues sur la Colombie, entraînant de lourds dégâts matériels et de nombreux déplacements et autres drames humains).

Photomontage : © D. Fellous/libre arbitre

La grande place carrée de 14.000 m2 qui fait l'orgueil de la ville pour être une des plus grande du continent a pour originalité de s'appeler Plaza Mayor, et non Simon Bolivar, ni même Antonio Nariño, l'un des pères de l'indépendance colombienne, qui vécut et mourut dans une maison située à quelques dizaines de mètres, transformée aujourd'hui en musée. Autour de la place, quelques églises et une pléiade d'autres petits  musées, historiques, artistiques ou religieux nourriront les appétits culturels les plus féroces. Le reste des rues est occupées par moult hôtels et restaurants qui fourniront ainsi des nourritures matérielles tout aussi nécessaires que celles de l'esprit.

Villa de Leyva, le 14 avril 2009. "Observatoire astronomique" précolombien Muisca. Photo : D. Fellous/Libre arbitre
  
Quand vous aurez fait trois fois le tour de toutes les rues de la ville, ce qui ne prendra pas longtemps même en flânant, vous vous déciderez sans doute à sortir de la ville pour vous aventurer dans les environs. Plusieurs sites intéressants se trouvent dans un périmètre restreint, permettant de les enchainer dans un même mouvement. À commencer par une trentaine de monolithes dressés dans un champ, et qui servaient apparemment aux Muiscas précolombiens de calendrier astronomique (en mesurant l'ombre des pierres ils déterminaient les saisons pour les semailles) et de sanctuaire religieux, renommé El Infiernito, le petit enfer, par les espagnols lors de la colonisation, peut-être en raison de la forme ouvertement phallique de certaines de ces pierres.

Villa de Leyva, le 14 avril 2009. Monolithes phalliques sur un ancien site religieux Muisca. Photo : D. Fellous/Libre arbitre


Villa de Leyva, le 14 avril 2009. Fossile de Kronosaurus.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
Non loin de là, on peut observer un fossile très bien conservé de reptile marin préhistorique, ancêtre de nos crocodiles : un bébé Kronosaurus figé dans la pierre il y a environ 120 millions d'années, se distinguant par ses 8 mètres de long (l'animal en faisait 12 mais la queue n'a pas été conservée) des dizaines de milliers de fossiles découvert dans la région. En effet, bien que ces plateaux aient été depuis élevés à plus de 2000 m d'altitude par quelque mystère de la géologie dynamique, ils formaient  pendant le Mésozoïque - plus précisemment sur sa fin de celui-ci, dans le Crétacé, c'est à dire il y a quand même un bail - le bassin d'une mer primitive et aujourd'hui disparue.




Des fossiles, il y en a d'ailleurs tellement qu'on peut en voir par milliers à même les pierres utilisées dans l'architecture locale, comme par exemple dans les dalles qui forment le sol du Saint Ecce Homo, et même dans le socle d'une statue située dans la chapelle de ce couvent dominicain fondé en 1620 à une quinzaine de kilomètres de Villa de Leyva, et aujourd'hui partiellement transformé en musée. 

Villa de Leyva, le 14 avril 2009. Détail du dallage du couvent Santo Ecce Homo. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Présentant une large collection de tableaux, de sculptures et d'images pieuses, ainsi qu'un superbe retable doré, le musée possède également une partie plus ethnologique mêlant des reconstitutions de la vie monacale, de l'outillage agricole d'époque, et  des costumes et objets appartenant à la culture des indiens Muiscas. Les statues religieuses y sont sanguinolentes à souhait...

Villa de Leyva, le 14 avril 2009. Le couvent du Santo Ecce Homo. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Villa de Leyva, le 14 avril 2009. Olivier centenaire dans les jardins
du couvent Santo Ecce Homo. Photo : D. Fellous/Libre arbitre
Profitant d'un climat sec et agréable, vous pourrez aussi multiplier les promenades dans les collines environnantes, parsemées ça et là de quelques oliviers, vestiges oubliés de la destruction massive des oliveraies colombiennes ordonnée au XVIe siècle par la Couronne en raison de la concurrence sur l'huile d'olive que la colonie risquait alors d'exercer avec la production espagnole. La plus grande plantation restante dans le pays, peut-être observée au sud de Villa de Leyva, sur la route de Sutamarchan. Ceux que la nature vierge inspire plus que l'agriculture dirigeront plutôt leur pas vers les jolies cascades d'El Hayal ou de la Periquera, ou pousseront jusqu'aux lagunes et aux paramos couverts de frailejones du Sanctuaire de Faune et de Flore de Iguaque, une petite réserve environnementale d'altitude.

Si le fossile de Kronosaurus à éveillé en vous des désirs de voyage dans le temps, sachez également qu'un original a ouvert il y a peu dans les parages une espèce de Jurassic Park kitsch, avec des répliques grandeur nature de dinosaures et d'animaux préhistoriques de toutes sortes disséminées in-situ sur un vaste terrain vallonné. Cela reste cependant d'un intérêt assez limité, et seuls les enfants ou ceux qui ont su le rester trouveront vraiment à s'y amuser.

Sachica, le 13 janvier 2010. Gondava, la grande vallée des dinosaures. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Enfin, si vous êtes motorisé et qu'une à deux heures de voitures ne vous font pas peur, nous ne pouvons que vous inciter, sans aucune réserve cette fois, à vous rendre jusqu'à la superbe Laguna de Tota, une cinquantaine de kilomètres à l'est, et à vous prélasser sur son incroyable plage de sable blanc à 3.000 mètres d'altitude.

Plus d'infos, notamment historiques,  sur Villa de Leyva sur le site (en espagnol) des Parcs Naturels de Colombie.


mardi 5 avril 2011

Les paysans de Las Pavas réoccupent déjà leurs terres



"El Milagro", le miracle. Photo : D.R
Hier, dans le département du Sur de Bolivar, le reste de la communauté de Las Pavas, organisée au sein d’ASOCAB, est revenue sur les terres desquelles elle avait été déplacée et spoliée plusieurs fois

Nous avons déjà évoqué l'histoire de ce déplacement, et nous annoncions hier dans la matinée l'arrivée d'un premier groupe de 70 personnes à las Pavas, que les autres habitants déplacés devaient rejoindre dans la semaine. Mais plus tard dans la journée, devançant ainsi l'agenda prévu initialement et poussée par le désir de reprendre au plus vite possession de ses terres, l'ensemble de la communauté les a rejoint au terme d'une longue marche et tous ont pu passer ensemble la première nuit depuis près de deux ans dans l'hacienda récupérée sur la propriété.

Après avoir exercé leur droit au retour de façon autonome, seulement accompagnés par quelques observateurs nationaux et internationaux garantissant un semblant de sécurité, les familles sont déjà en train de préparer la terre pour semer de quoi se nourrir et mieux organiser leurs conditions de vie.

Photo : D.R.

Photo : D.R.

Photo : D.R.

Photo : D.R.

Photo : D.R.

Ivan Cepeda (à gauche), porte-voix du MOVICE (Mouvement National des Victimes
de Crimes d'Etat), a fait partie des témoins ayant accompagné le retour
des paysans déplacés de Las Pavas. Photo : D.R.

Plus d’informations :
 

samedi 26 mars 2011

Cérémonie d'offrandes pour les Droits de la Mère Nature

La 4e Rencontre Régionale des Peuples Autochtones (4° Encuentro Distrital de Pueblos Indigenas), Renace Bakatá (Bakatá renaît, Bakatá étant le nom du village Muisca qui se trouvait à l'emplacement sur lequel les Espagnols fondèrent Bogotá lors de la conquête), se déroule dans la capitale colombienne du 18 au 27 mars. 

Bogotá, le 25 mars 2011. Des milliers de personnes se sont rassemblées sur la Place Bolivar pour participer à une cérémonie d'offrande
aux éléments de la Mère Nature. Photo : D. Fellous/Libre arbitre.

Les peuples autochtones, originaires de la région ou déplacés par le conflit ou pour des raisons économiques, sont représentés à Bogotá par cinq cabildos (conseils municipaux) - Muiscas de Bosa et Suba, Ambiká Pijao, Kichwa et Inga - , par l'ASCAI (Association de Cabildos Indigenas), et par quatre organisations d'ordre national enregistrées auprès du Ministère de l'Intèrieur et de la Justice : l'ONIC (Organisation Nationale des Indigènes de Colombie), l'AICO (Association des Autorités Indigènes de Colombie), le CIT (Confédération Indigène Tayrona) et l'OPIAC (Organisation des Peuples Indigènes de l'Amazonie Colombienne). Par ailleurs, se développe dans la ville des processus d'organisation d'autres communautés indigènes, Nasa, Yanakona, Pasto, Misak, Waunan, Huitoto, Tubu, Wayuú, Arhuaco et Coreguaje, et l'on note aussi la présence de peuplements Embera Katio, Muinane et Kamentsa, entre autres.

Bogotá, le 25 mars 2011. Indien Arhuaco et passante sur la place Bolivar. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

L'objectif de cette rencontre est de favoriser les connexions entre ces différents peuples, leurs organisations representatives - reconnues ou non par le gouvernement - et les habitants de Bogotá en général, et ainsi de renforcer les identités propres, de confronter les réflexions et coordonner les actions, et enfin de donner une visibilité aux expressions culturelles, artistiques et traditionnelles des peuples indigènes installés à Bogotá.

Bogotá, le 25 mars 2011. Le Taïta (médecin traditionnel) Victor Jacanamijoy, une des principales autorités politique et spirituelle
du peuple Inga  à Bogotá (originaire du Putumayo, dans la partie amazonienne de la Colombie), fait passer un bol de chicha
(boisson à base de maïs fermenté) aux officiants qui l'accompagnent lors d'une cérémonie d'offrande à l'Eau pendant la 4e
Rencontre Régionale des Peuples Indigènes. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Dans le cadre de cette rencontre, et après plusieurs jours de discussions sur le territoire, l'autonomie, les politiques publiques et le gouvernement autochtone, les indiens ont investi pendant trois jours la Plaza Bolivar, la place centrale de Bogotá, pour établir une foire d'artisanat indigène, et surtout une grande cérémonie de Pagamiento (paiement, offrande) pour les Droits de la Mère Nature.

Bogotá, le 25 mars 2011. Fruits, graines, bougies, chocolat et plumes sont brulés en offrande aux quatre éléments.

 Un extrait vidéo de la cérémonie à l'Eau, dirigée par le Taïta Victor Jacanamijoy :


 (© D. Fellous/Libre arbitre)

Attirés par un concert réunissant plusieurs formations de musique traditionnelle andine ou amazonienne avec quelques groupes de rock, de rap et de reggae, des milliers de personnes ont assisté et participé aux rituels effectués  pour les quatre éléments aux quatre points cardinaux de la place par des shamans et des autorités spirituelles originaires de différents peuples indigènes.

Bogotá, le 25 mars 2011. Un membre de l'Ejercito de la Paz (l'Armée de la Paix), un groupe de semi-illuminés humanistes, profite de la
foule rassemblée pour le concert de soutien à la 4e Rencontre Régionale des Peuples Indigènes pour s'imaginer haranguer un large public.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Et pour conclure en musique, un petit extrait vidéo du concert :


 (© D. Fellous/Libre arbitre)

vendredi 25 février 2011

Rassemblement contre l'exploitation aurifère industrielle

Bogota, le 25 février 2011. Manifestation contre l'exploitation de l'or du Paramo de Santurban par la Greystar.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
Entre 300 et 400 personnes se sont rassemblées aujourd'hui devant le ministère de l'environnement pour protester contre la license accordée à la compagnie minière Greystar pour exploiter un gisement d'or dans le Paramo (haut plateau dont la végétation sert d'éponge et fixe l'eau à l'instar des glaciers) de Santurban, dans la région de Santander, au nord-est du pays.

Bogota, le 25 février 2011. Manifestation contre l'exploitation de l'or du Paramo de Santurban par la Greystar.
"Combien d'or vaut l'eau ?". Photo : D. Fellous/Libre arbitre

L'extraction du minerai, prévue à ciel ouvert, menace de détruire un écosystème fragile, de contaminer les ressources hydriques et de compromettre l'approvisionnement en eau potable des villes de Cucuta et Bucaramanga, dans lesquelles se sont déroulés simultanément d'autres manifestations, rassemblant plusieurs milliers d'habitants.


Bogota, le 25 février 2011. Manifestation contre l'exploitation de l'or du paramo de Santurban par la Greystar.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Pour en savoir plus (en espagnol): l'article de Notiagen ou le site Paramo de Santurban en peligro qui détaille le projet de l'entreprise canadienne, les méthodes d'extraction prévues, les dommages encourus par les 85 lagunes et les fleuves de la région, la faune et la flore menacée, ainsi que les conséquences sanitaires et sociales pour les populations locales.


Bogota, le 25 février 2011. Manifestation contre l'exploitation de l'or du paramo de Santurban par la Greystar.
"Avant-Après l'exploitation minière. Sauvons le Paramo, sauvons l'eau, sauvons la vie.
Non à la license environnementale. La Greystar hors du Santander et de Colombie". 
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Après avoir bloqué un des principaux axes de Bogotá pendant deux heures environ, les manifestants ont été dispersés... par des trombes d'eau venues du ciel !


 
Bogota, le 25 février 2011. "EAU". Photo : D. Fellous/Libre arbitre





jeudi 24 février 2011

Manifestation contre la violence policière

Bogotá, 24 février 2011. Le père de Nicolas David
Neira, assassiné à 15 ans par la police colombienne.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Le 1er mai 2005,  en marge de la manifestation syndicale du jour des travailleurs, un groupe de policiers de l'ESMAD (Escadron Mobil Anti Disturbios, Escadron mobile anti-émeute) tue à coup de matraques un jeune garçon de 15 ans, Nicolas David Neira. 


Bientôt 6 ans après, aucune condamnation n'a été prononcée à l'encontre des coupables de ce crime, malgré la lutte acharnée de son père pour obtenir justice. Au contraire, ce dernier a reçu de multiples menaces de mort, anonymes ou signées de groupes paramilitaires d'extrême-droite, intimidations accompagnées par un harcèlement policier permanent, perquisitions, arrestations, et fermeture du café culturel associatif dont il s'occupait. Des pressions qui n'auront jusqu'ici pas eu raison de sa détermination.


En la mémoire de Nicolas et des autres victimes de la répression, et pour demander la dissolution des ESMAD, ce corps de police tristement célèbre pour sa brutalité, environ 500 étudiants et membres d'associations de défense des droits de l'homme ont défilé aujourd'hui sur la Carrera Septima, l'une des principales artères du centre de Bogotá. 




La manifestation s'est déroulé sans violence, en partie grâce aux appels au calme du père de Nicolas, à la tête de la marche, ainsi qu'à l'inhabituelle retenue des forces de l'ordre et à l'absence remarquée des armures noires des ESMAD le long du parcours.

Bogotá, le 24 février 2011. Manifestation contre les violences policières. Photo : D. Fellous/Libre arbitre


Le cortège a fait une pause sur les lieux de l'assassinat du jeune homme, et les manifestants ont distribué des œillets noirs aux policiers (et aux policières, en forte proportion, sans doute également dans une intention de diminuer les risques d'incidents) posté(e)s devant la plaque commémorative. Ceux-ci, visiblement gêné(e)s devant l'émotion et la dignité du père de la victime n'ont d'ailleurs pas osé les refuser ; au mépris des consignes données par leurs officiers, atterrés par l'image offerte.


Bogotá, le 24 février 2011. Les policier(e)s en poste devant la plaque commémorative de l'assassinat de Nicolas David Neira par leurs
collègues de l'ESMAD n'ont pas osé refuser les œillets noirs donné par le père de la victime. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

jeudi 14 janvier 2010

Plage ou montagne, pourquoi choisir ?


Lagune de Tota, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

 La lagune de Tota est située à plus de 3000 mètres d'altitude, entre le village du même nom et celui d'Aquitania, dans le département du Boyacá. La zone est essentiellement consacrée à la culture de l'oignon, et d'immenses champs s'étalent autour de ce lac de 55 km2, le plus grand réservoir d'eau douce du pays et le troisième de toute l'Amérique du Sud. 

Lagune de Tota, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Mais plus que sa superficie, ce qui fait la particularité de la lagune de Tota, c'est surtout sa grande plage de sable blanc, une des plus hautes au monde. Même lorsque l'on sait que les plateaux de la région furent dans un passé préhistorique le bassin d'une mer dont témoignent encore les nombreux fossiles marins rencontrés autour de la ville voisine de Villa de Leyva, on ne peut qu'être troublé. Ne serait le vent frisquet et la mode locale qui voit les autochtones plus adeptes du poncho que du bikini, on pourrait se croire sur une plage des caraïbes.  Et les sommets, culminant à 3600m, qui surplombent des rivages où les pins sont plus à l'aise que les palmiers ajoutent au paysage une touche nordique pour créer un résultat singulièrement contrasté, aux allures de fjord tropical.

Lagune de Tota, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Suivant son tempérament, on pourra choisir de faire des promenades à cheval dans la région, de s'aventurer en bateau à le découverte des trois îles qui agrémentent le lac, ou de pratiquer planche à voile et autres sports nautiques, et même pour les plus courageux d'oser la plongée sous-marine (ou plutôt subaquatique dans ce cas d'espèce...) dans des eaux qui atteignent 65m de profondeur.

La lagune de Tota, vue de l'île San Pedro, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Si le temps est favorable, et que le soleil de montagne montre ses rayons, la température remonte rapidement et, si on n'est pas trop frileux quand même, on peut alors troquer la polaire pour le maillot et se baigner, ou tout simplement s'offrir une petite séance de bronzette.

Playa blanca, Lagune de Tota, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Allongé sur sa serviette,  les doigts de pieds en éventail, et un gros roman policier à portée de main au cas où (mais en fait non...), l'illusion est parfaite. Le sable de Playa Blanca (la plage blanche), est aussi fin et clair que celui de son homonyme d'Isla de Baru, près de Cartagena, la plus belle de Colombie. 

Playa Blanca, Lagune de Tota, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre
(vous pouvez cliquer sur la photo pour avoir une plus grande image)

Pas de langouste ni de riz coco dans les cantines alentour, mais de très bonnes truites arc-en-ciel, qui sauront remonter agréablement le voyageur épuisé par tant d'activités sportives (ou juste mis en appétit par la sieste entamée à la page 3 de l'enquête de Rouletabille...). 

Mais comme vous le savez, Colombia Tierra Herida ne peut s'empêcher de mettre le doigt là où ça fait mal, même quand il s'agit d'un sujet touristique, et puisqu'on parle de truite, reportons ici la préoccupation formulée par certains pêcheurs qui observent une importante dégradation de la qualité des eaux du lac, une inquiétude partagée par d'autres riverains, notamment les acteurs de l'industrie touristique et hôtelière locale.

Aquitania, le 13 janvier 2010. Culture d'oignons près de la lagune de Tota. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

La cause en serait les engrais utilisés par les agriculteurs qui cultivent les oignons dont nous parlions en début d'article. S'écoulant tous naturellement dans le lac avec les eaux de pluie, les résidus chimiques, outre leur toxicité pour le poisson (et soit-dit en passant pour l'humain qui le consomme ensuite...), favorisent la croissance d'algues qui envahissent petit à petit la lagune au point d'en occuper aujourd'hui plus de la moitié du volume. Ce dont aura d'ailleurs pu se rendre compte le lecteur  imprudent qui se serait laissé tenter par la plongée proposée tout à l'heure...

Lagune de Tota, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Plus grave encore, le réservoir s'assèche. Parmi les raisons invoquées, la détérioration du paramo, cet écosystème d'altitude qui retient, stocke et régule l'eau dans de telles quantités qu'on pourrait le comparer à un glacier végétal. La lagune aurait ainsi perdu près de 20 km2 en 50 ans, laissant craindre un processus de disparition progressive mais inéluctable.

Lagune de Tota, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Ceci étant dit, elle est encore là, alors profitez-en. Il n'y a pas trop de monde, c'est toujours pas indiqué dans le Lonely Planet, courez-y, c'est une belle destination de week-end quand même. Et puis si l'économie locale se met à dépendre pour une plus grande part du tourisme, peut-être que ça incitera les habitants à faire plus attention à leur environnement, à faire pression sur les producteurs d'oignons pour assainir leurs pratiques, et à protéger leur paramo, qui sait ?

Playa blanca, lagune de Tota, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre