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mercredi 19 octobre 2011

Campo Rubiales : Les damnés du pétrole

Du 10 au 14 octobre se déroulait dans le département du Meta une caravane itinérante dont l'objectif était d'atteindre Campo Rubiales et Campo Quifa et les installations pétrolières de l'entreprise canadienne Pacific Rubiales Energy pour aller à la rencontre des travailleurs. Mobilisés depuis juin dernier, ils dénoncent la précarité de leur embauche mais aussi leurs conditions de vie dans les camps de travail de l'entreprise. Quant aux communautés alentours, la richesse de leur terre leur échappe en dépit de leur proximité avec des exploitations générant près de 25 % de la production nationale de pétrole.

L’action a associé plus d’une cinquantaine d’organisations sociales nationales et internationales. Elle a aussi permis l’entrée dans la zone des représentants nationaux et départementaux de l’Union Syndicale Ouvrière de l’industrie pétrolière (USO) et de la Confédération Unie des Travailleurs (CUT) alors que le droit syndical y est particulièrement bafoué. Campo Rubiales et Campo Quifa sont situés au cœur du Meta, dans une zone particulièrement isolée. La superficie totale de ces deux zones avoisine les 1 900 km2. À Campo Rubiales, 14 000 travailleurs sont dispersés sur les différents sites d’exploitation. En dépit de la présence de villages de colons et de communautés autochtones, la zone est fermée et l’accès par la route est strictement contrôlée par un personnel privé. Une autorisation délivrée par Pacific Rubiales ou ses entreprises sous-traitantes est nécessaire et l’on prend les empreintes et les photos de chaque entrant, qu’il soit travailleur ou habitant. L’entrée de la caravane dans la zone voulait aussi signifier un acte symbolique de récupération de la souveraineté nationale sur ces territoires laissés au contrôle de la multinationale.





Le mouvement a commencé fin juin et les moments forts en ont été la déclaration de grève et d’assemblée permanente du 18 juillet puis une nouvelle entrée en grève du site de Campo Rubiales le 20 septembre. En plus d'une demande de hausse des salaires, il s’attache à dénoncer le mode d’embauche. La mise sous contrat des travailleurs s’appuie sur un système d’entreprises sous-traitantes permettant d’amplifier la flexibilisation que le droit du travail colombien connaît déjà depuis l’importation des thèses néolibérales dans le pays au début des années 1990. Les contrats de travail sont de 28 jours et comprennent trois semaines continues de travail pour une semaine de repos en dehors du site. En sortant du site, les travailleurs ne savent jamais s’ils pourront obtenir un nouveau contrat. Cette flexibilisation des conditions de travail soumet les travailleurs à une pression permanente, alors que nombreux sont ceux qui enchaînent les contrats mensuels et les mois de travail sur le site. Elle permet aussi de contrôler toute contestation, le contrat n’étant pas renouvelé quand le travailleur énonce son désaccord. Lors de la caravane, nous avons d’ailleurs pu noter que la peur de perdre son emploi était permanente pour ces ouvriers, notamment chez les transporteurs qui, quand nous les avons visités, témoignaient volontiers mais refusaient toute prise d’enregistrement. Les manifestations de solidarité se sont d’ailleurs succédées tout au long de la semaine. Et l’adhésion à l’USO n’en est pas moins importante, le syndicat revendiquant plus de 5 000 adhérents pendant les grèves, des centaines d’autres ayant pris leur carte au moment de la caravane. Mais l’exercice syndical est profondément limité. Quand l’un de ces adhérents est repéré, son contrat n’est pas reconduit le mois suivant. Ainsi, de façon plus générale, Pacific Rubiales et entreprises sous-traitantes ont activement entravé les mobilisations en ne reconduisant pas les contrats de plus de 4 000 des employés présents pendant les grèves.

L’autre thème central de la mobilisation concerne les conditions de vie de ces travailleurs, littéralement parqués dans des campements où la promiscuité est permanente, les sanitaires souvent défaillants et la nourriture parfois avariés. Après de longues journées de travail, le plus souvent supérieures à douze heures continues, les ouvriers ne disposent d’aucun espace décent de repos et de distraction. Les dortoirs sont installés sous d’immenses tentes sans espace privé, dans des containers inhospitaliers ou dans des pièces sans fenêtres de moins de 15 m2 où quatre lits occupent tout l’espace.

Enfin, dernières observations et non des moindres, les habitants présents sur les zones d’exploitation, qui souvent travaillent aussi pour Pacific Rubiales, vivent dans une pauvreté extrême, dans des maisons aux murs de plastique ou aux planches récupérées et dont le sol est de terre (voir reportage photos). L’accès à l’eau est des plus précaires et génère des problèmes sanitaires et l’électricité souvent absente ou produite grâce à un groupe électrogène individuel, quand, dans l’installation pétrolière voisine, les éclairages fonctionnent à plein régime. La situation certainement la plus dramatique est celles de ces communautés autochtones. Les conditions de vie y sont encore plus précaires, les enfants souffrant de malnutrition et du lot de maladies qui y est associé, tandis que l’acculturation gagne chaque jour plus de terrain dans des communautés plongées dans l’apathie.

Bref, l’existence d’une extrême pauvreté à quelques centaines de mètres d’installations ultramodernes a de quoi choquer. La dénonciation peut paraître ici bien classique, une multinationale qui exploite les richesses d’un pays en bafouant le droit du travail et en ignorant les populations locales. Elle n’en est pas moins bien réelle et actuelle.

À son entrée en fonction en 2010, le président Juan-Manuel Santos avait annoncé axer sa politique de développement sur l’exploitation des ressources minéro-énergétiques. Un système de rente pétrolière est initialement prévu pour permettre la redistribution dans les municipalités d’une partie de l’exploitation. Or, le clientélisme est encore très fort en Colombie, d’autant plus dans un département comme le Meta, connu pour avoir été l’une des bases fortes du paramilitarisme. Comme nous avons pu le noter lors de la visite dans les villages, les populations locales vivent encore sous un régime de peur. Elles ne touchent concrètement aucun pourcentage de la rente pétrolière, quand elles ne sont pas menacées pour avoir osé la réclamer. Ainsi, les richesses de la terre continuent-elles à s’évader de leur région, et plus largement de Colombie.


Pour plus d'information (en espagnol), voir le site de l'USO et la déclaration produite à la fin de la caravane
Voir aussi l'interview de l'un des ouvriers licenciés, Edwin Sánchez.

Et les articles suivants :
La Caravana Humanitaria y Laboral finaliza su jornada en Campo Rubiales reunida con los trabajadores en el lugar donde tienen sus carpas.

Alrededor de 200 personas de la Caravana Humanitaria llegan a la vereda el Puerto Triunfo, donde está el pozo Quifa que explota la Pacific Rubiales hace 13 años

Hoy arranca una caravana humanitaria en solidaridad con las reivindicaciones laborales y sociales en los pozos petroleros de Puerto Gaitán (Meta)

mardi 11 octobre 2011

En route vers Campo Rubiales

Depuis hier, et jusqu'au 14 octobre, se tient dans le Meta une rencontre itinérante pour la défense des libertés syndicales, du droit du travail et des acquis sociaux. Nous tacherons de suivre cet événement à travers les informations et les photographies que nous envoie Sara G. Mendeza, qui accompagnera cette caravane tout du long.
 

Villavicencio, le 10 octobre 2011. Henry Jara, président de l'USO-Meta. Photo : Sara G. Mendeza.

Après une première manifestation hier qui a réuni plus de 200 personnes dans les rues de Villavicencio, et un meeting sur le Parc Libertadores ouù se sont exprimés plusieurs dirigeants de l'USO (Union Syndicale Ouvrière, le principal syndicat de l'industrie pétrolifère), la caravane s'est déplacée plus avant dans les Llanos dans le courant de l'après-midi et a terminé la journée par une autre marche rassemblant cette fois plus de 600 personnes à Puerto Gaitán.

Puerto Gaitán, le 10 octobre 2011. Arrivée dans la nuit de la marche pour les libertés syndicales. Photo : Sara G. Mendeza

Aujourd'hui se tient dans cette ville un Forum Pétrolier, acte politico-culturel que vous pouvez suivre  en direct ci-dessous grâce à Accion Informativa, avant que les participants ne partent en direction des campements des travailleurs du pétrole, bien décidés à atteindre Campo Rubiales coûte que coûte.

 Watch live video from accioninformativa on fr.justin.tv

14 h : Mise à jour  : La retransmission en direct est maintenant terminée. Vous pouvez revoir la vidéo du Foro Petrolero (en deux parties) ci-dessous :






dimanche 26 juin 2011

La Gay Pride 2011 à Bogotá

Comme chaque année, plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont défilé aujourd'hui à Bogotá à l'occasion de la Marcha del Orgullo Gay, la Gay Pride.

Bogotá, le 26 juin 2011. Participants à la Gay Pride. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Plus de 40.000 personnes ont parcouru la Carrera Septima, une des principales artères de la capitale colombienne. Lesbiennes, gays, bisexuel(le)s, et transsexuel(le)s, mais aussi de très nombreux hétéros, venus soutenir les libertés sexuelles ou parfois en curieux, se pressant autour des trans les plus exubérant(e)s pour les photographier avec leurs téléphones portables, mais aussi souvent pour se faire prendre en photo avec.

Bogotá, le 26 juin 2011. Un nombreux public est venu assister au défilé de la Gay Pride. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Certaines mères de famille envoyaient même leurs enfants poser avec des travestis à moitié nus, voire tenir l'énorme sexe factice d'un manifestant déguisé en extraterrestre lubrique...

Bogotá, le 26 juin 2011. Des enfants posent pour leur maman avec un participant à la Gay Pride. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Au delà du spectacle, la marche d'aujourd'hui était principalement orientée vers la réclamation de la reconnaissance légale du mariage gay, après son approbation hier par le Sénat de New-York.

Bogotá, le 26 juin 2011. Participants à  la Gay Pride.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
En effet, si les unions civiles homosexuelles sont reconnues en Colombie, comme en France mariage et adoptions restent réservés aux couples hétérosexuels (ou aux célibataires et veufs/veuves, pour ce qui est de l'adoption, rendant peu compréhensible l'argument avancé par certains opposants à l'adoption par des couples homosexuels de la nécessité pour l'équilibre psychologique de l'enfant d'avoir un père et une mère).  Cependant  les jugements successifs rendus ces dernières années par la Cour Constitutionnelle et qui accordent progressivement aux minorités sexuelles l'égalité des droits sur plusieurs points, comme par exemple l'affiliation par le conjoint à la Sécurité sociale, permettent d'être optimistes sur l'évolution de ces revendications dans un futur proche, malgré l'influence que conserve l'Église catholique dans ce pays très religieux (même si la Colombie est officiellement un État laïc) et l'opposition hargneuse de la droite catholique à ce type d'évolutions sociétales.

Il est toutefois à noter que certains groupes évangéliques, tels que l'Église Casa Abba Padre, affirment leur ouverture à la communauté LGBTI+H, en distribuant un fasicule intitulé : "Qu'a dit Jésus à propos de l'homosexualité ?.... Rien ! " et en rappelant que ce mot n'est apparu qu'en 1869, et que les passages de la Bible utilisés pour condamner l'homosexualité sont des interprétations erronées de condamnations de l'idolatrie, de l'hérésie, ou d'actes considérés impurs comme la prostitution, mais que par exemple il n'y a pas de mot désignant la sodomie en hébreu, donc que l'Ancien Testament ne peut par conséquent pas l'interdire.

Sous des pancartes célébrant les "Familles de mille couleurs", les couples se faisaient photographier en habit de mariage avec un phylactère de carton proclamant "Ma famille est légitime, et je la veux légale", ou bien "Nous trouverons le moyen, et sinon, nous le créerons".
 
Bogotá, le 26 juin 2011. "Ici, oui il y une famille. Nous trouverons un chemin, et sinon nous le créerons". Photo : D. Fellous/Libre arbitre


Bogotá, le 26 juin 2011. "Folle", "Gouine" disent les étiquettes portées
par  ces participants à la Gay Pride. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Autre leitmotiv de la journée, les slogans contre le procureur Alejandro Ordóñez, fervent adversaire de l'adoption par les couples homosexuels, mais aussi de l'avortement, et en général des droits des minorités sexuelles, dont il avait qualifié les pratiques de "conduites contraires au Droit Naturel comme au Droit Divin" dans un livre publié en 2003. Il y a peu, après ses virulentes critiques de décisions de la Cour Constitutionnelle autorisant l'avortement dans quelques circonstances (très restreintes : viol, etc..) ou accordant de nouveaux droits aux couples de même sexe, un avocat avait du lui rappeler ses cours de Droit "La loi sur les droits des femmes n'est pas celle que vous voulez, c'est ce que la loi dit (...) Si la Constitution ne vous plaît pas, il y a une solution, vous pouvez démissionner".
 

Bogotá, le 26 juin 2011. Participants à la Gay Pride. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Entre les cortèges des diverses associations LGBTI, on a pu noter la présence remarquée du Sénateur du Polo Democratico Alternativo (Gauche plurielle) et ex-candidat à l'élection présidentielle Gustavo Petro, venu appuyer les revendications des minorités sexuelles et aussi récolter quelques signatures pour se lancer dans la course à la mairie de Bogotá.

Bogotá, le 26 juin 2011. Le sénateur Gustavo Petro (à gauche) sur la place Bolivar en appui à la Gay Pride.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Une mairie qui était également présente lors du défilé, à travers le programme Bogotá Positiva, et la campagne "Politique Publique pour la Pleine Garantie des Droits des Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres", destiné à combattre les discriminations institutionnelles.

Employés du programme "Bogotá Positive" de la mairie pendant la Gay Pride avec une banderole "À Bogotá, on peut être transgenre".
Photo : D. Fellous/Libre arbitre


jeudi 16 juin 2011

Le travail c'est la santé

Aujourd'hui, 19 mineurs de charbon et ouvriers du secteur de la construction et de l'industrie du tabac originaires de la région de Cúcuta, dans le Norte de Santander, près de la frontière vénézuélienne, tous victimes d'accidents de travail, se sont rassemblés sur la place Bolivar à Bogotá pour réclamer la reconnaissance de leur invalidité et le paiement d'indemnisations.

Bogotá, le 16 juin 2011. Mineurs victimes d'accidents du travail sur la Plaza Bolivar pour réclamer le paiement de pensions d'invalidité.
"1. Plus de violation des droits fondamentaux. 2. Droits à une vie digne et à l'égalité (mineurs malades). 3. Plus de violation
de la Loi 776, Loi 1295, Décret 52.10, Loi Antidémarche et de la Loi 100. 4. Oui aux Droits de l'Homme."
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Bien qu'ils aient cotisé auprès de plusieurs EPS, (entreprises promotrices de santé,  sorte de mutuelles privées chargées du financement des soins de leurs affiliés) telle que Saludcoop, Saludtotal ou Coomeva, ils n'ont pas bénéficié de l'attention qu'ils considèrent devoir recevoir de leur part en application de la Constitution et des lois sur la santé, la protection sociale et le minimum vital, notamment la loi 100 (voir sur ce sujet le reportage sur la manifestation contre la corruption dans les EPS, et les articles de Sara G. Mendeza qui traitent du scandale qui affecte leur gestion et de la crise de la santé en Colombie).

Ils réclament le paiement de la sécurité sociale intégral, et le droit à une vie digne, à travers une requalification adaptée à leur handicap. Certains d'entre eux attendent sans aucune ressources depuis près d'un an la reconnaissance de leur invalidité, et du même coup la pension qui va avec, alors que ce processus est censé prendre moins d'un mois, et que des jugements ont été rendus en leur faveur après qu'ils aient fait recours contre ces dysfonctionnements, jugements qui ont été ignorés par les EPS concernées.

Dimas Cruz Mesa (et non Grumesa comme l'a nommé le site d'El Tiempo...) est l'un de ces accidentés. Victime d'un éboulement dans la mine où il travaillait, il se déplace aujourd'hui en fauteuil roulant, et a décidé avec 12 mineurs également handicapés et d'autres victimes d'accidents du travail de venir jusqu'à la capitale faire valoir ses droits devant les plus hautes autorités du pays. Comme il nous le raconte (en espagnol) dans la vidéo ci-dessous, parole leur a été donnée qu'ils allaient être reçu ce soir par le vice-président, nous tâcherons de savoir si cette promesse a été tenue, et quelles suites ont été données à leurs revendications afin d'en rendre compte ici.
 


© D. Fellous/Libre arbitre



PS: Impossible de comprendre pourquoi le début de la vidéo est déformé comme ça, je l'ai uploadé 10 fois sur Youtube avec le même résultat, si un expert avait une idée de la cause (l'original n'a pas ce problème) et de la façon d'y remédier, je lui serais très reconnaissant de ses commentaires éclairés.

mardi 24 mai 2011

Manifestation contre la corruption dans les EPS


Bogotá, le 24 mai 2011. Manifestation contre le scandale des EPS. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Pour protester contre le nouveau scandale de corruption dans les EPS (Entités Prestataires de Santé), dont nous avons parlé il y a trois semaines, une manifestation était organisée ce matin à Bogotá entre le Parc National et la Place Bolivar, ainsi que plusieurs autres rassemblements dans les principales villes du pays.

Bogotá, le 24 mai 2011. Manifestation contre le scandale des EPS. "Mort inconnu. Victime de la loi 100".
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Répondant à l'appel de plusieurs syndicats de travailleurs de la santé et d'organisations de patients, plusieurs centaines de personnes ont défilé dans la capitale contre ces détournements d'argent public et la Loi 100 de 1993 qui régit le système intégral de sécurité sociale et qu'ils considèrent à l'origine de ces fraudes. 

Bogotá, le 24 mai 2011. Manifestation contre le scandale des EPS. "La santé et la vie, ils en ont fait des marchandises.
Dehors la privatisation". Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Les manifestants réclamaient notamment le remboursement par les EPS impliquées dans le scandale des ressources versées par le Fonds de Solidarité et de Garantie pour les traitements non effectués et les délivrances fictives de médicaments ainsi que le paiement immédiat de leurs dettes au réseau public hospitalier. D'une façon générale, les slogans refusaient la privatisation du secteur, les intermédiations dans le système de soins, et tout ce qui tend à faire de la santé une marchandise.


Plus d'informations (en espagnol) sur le site de Notiagen.

lundi 2 mai 2011

Premier Mai sanglant sur la Septima

Plus d'infos très prochainement, mais d'ici là, la photo d'un blessé lors de la marche syndicale du premier Mai à Bogotá. D'après des témoins, il aurait eu le pied déchiqueté par l'explosion d'une grenade assourdissante jetée par les policiers pendant la manifestation.

Bogotá, le 1er mai 2011. Manifestant gravement blessé à la jambe par une explosion de grenade assourdissante
tirée par la police durant la répression du cortège syndical. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

La répression de la manifestation, encore plus violente que les années précédentes, aurait causé au moins une trentaine de blessés graves, parmi lesquels un jeune manifestant du PCC (Parti Communiste Colombien), qui était toujours dans le coma hier soir.

Bogotá, le 1er mai 2011. Un manifestant menace l'infirmier des ESMAD (police anti-émeute) qui porte secours au
manifestant laissé inconscient par une charge de ses collègues. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

mardi 5 avril 2011

Rassemblement à Bogotá en soutien aux paysans de Las Pavas

 
Hier, à Bogotá, quelques dizaines de personnes se sont rassemblées devant le ministère de l'Intérieur en soutien aux retour de familles déplacées de la communauté de Las Pavas, dans le département du Sur de Bolivar,  sur les terres dont elles ont été longuement spoliées.

Un leader d'ASOCAB, l'Association des paysans de Buenos Aires, regroupant les membres de la communauté de Las Pavas, a exprimé sa joie devant la récupération tant attendue de leur territoire  en interprétant une chanson retraçant leur longue lutte contre le déplacement.

La vidéo de ce moment d'émotion :




Pour en savoir plus :  http://retornoalaspavas.wordpress.com

vendredi 25 février 2011

Rassemblement contre l'exploitation aurifère industrielle

Bogota, le 25 février 2011. Manifestation contre l'exploitation de l'or du Paramo de Santurban par la Greystar.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
Entre 300 et 400 personnes se sont rassemblées aujourd'hui devant le ministère de l'environnement pour protester contre la license accordée à la compagnie minière Greystar pour exploiter un gisement d'or dans le Paramo (haut plateau dont la végétation sert d'éponge et fixe l'eau à l'instar des glaciers) de Santurban, dans la région de Santander, au nord-est du pays.

Bogota, le 25 février 2011. Manifestation contre l'exploitation de l'or du Paramo de Santurban par la Greystar.
"Combien d'or vaut l'eau ?". Photo : D. Fellous/Libre arbitre

L'extraction du minerai, prévue à ciel ouvert, menace de détruire un écosystème fragile, de contaminer les ressources hydriques et de compromettre l'approvisionnement en eau potable des villes de Cucuta et Bucaramanga, dans lesquelles se sont déroulés simultanément d'autres manifestations, rassemblant plusieurs milliers d'habitants.


Bogota, le 25 février 2011. Manifestation contre l'exploitation de l'or du paramo de Santurban par la Greystar.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Pour en savoir plus (en espagnol): l'article de Notiagen ou le site Paramo de Santurban en peligro qui détaille le projet de l'entreprise canadienne, les méthodes d'extraction prévues, les dommages encourus par les 85 lagunes et les fleuves de la région, la faune et la flore menacée, ainsi que les conséquences sanitaires et sociales pour les populations locales.


Bogota, le 25 février 2011. Manifestation contre l'exploitation de l'or du paramo de Santurban par la Greystar.
"Avant-Après l'exploitation minière. Sauvons le Paramo, sauvons l'eau, sauvons la vie.
Non à la license environnementale. La Greystar hors du Santander et de Colombie". 
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Après avoir bloqué un des principaux axes de Bogotá pendant deux heures environ, les manifestants ont été dispersés... par des trombes d'eau venues du ciel !


 
Bogota, le 25 février 2011. "EAU". Photo : D. Fellous/Libre arbitre





jeudi 24 février 2011

Manifestation contre la violence policière

Bogotá, 24 février 2011. Le père de Nicolas David
Neira, assassiné à 15 ans par la police colombienne.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Le 1er mai 2005,  en marge de la manifestation syndicale du jour des travailleurs, un groupe de policiers de l'ESMAD (Escadron Mobil Anti Disturbios, Escadron mobile anti-émeute) tue à coup de matraques un jeune garçon de 15 ans, Nicolas David Neira. 


Bientôt 6 ans après, aucune condamnation n'a été prononcée à l'encontre des coupables de ce crime, malgré la lutte acharnée de son père pour obtenir justice. Au contraire, ce dernier a reçu de multiples menaces de mort, anonymes ou signées de groupes paramilitaires d'extrême-droite, intimidations accompagnées par un harcèlement policier permanent, perquisitions, arrestations, et fermeture du café culturel associatif dont il s'occupait. Des pressions qui n'auront jusqu'ici pas eu raison de sa détermination.


En la mémoire de Nicolas et des autres victimes de la répression, et pour demander la dissolution des ESMAD, ce corps de police tristement célèbre pour sa brutalité, environ 500 étudiants et membres d'associations de défense des droits de l'homme ont défilé aujourd'hui sur la Carrera Septima, l'une des principales artères du centre de Bogotá. 




La manifestation s'est déroulé sans violence, en partie grâce aux appels au calme du père de Nicolas, à la tête de la marche, ainsi qu'à l'inhabituelle retenue des forces de l'ordre et à l'absence remarquée des armures noires des ESMAD le long du parcours.

Bogotá, le 24 février 2011. Manifestation contre les violences policières. Photo : D. Fellous/Libre arbitre


Le cortège a fait une pause sur les lieux de l'assassinat du jeune homme, et les manifestants ont distribué des œillets noirs aux policiers (et aux policières, en forte proportion, sans doute également dans une intention de diminuer les risques d'incidents) posté(e)s devant la plaque commémorative. Ceux-ci, visiblement gêné(e)s devant l'émotion et la dignité du père de la victime n'ont d'ailleurs pas osé les refuser ; au mépris des consignes données par leurs officiers, atterrés par l'image offerte.


Bogotá, le 24 février 2011. Les policier(e)s en poste devant la plaque commémorative de l'assassinat de Nicolas David Neira par leurs
collègues de l'ESMAD n'ont pas osé refuser les œillets noirs donné par le père de la victime. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

mardi 8 février 2011

Paro civico en Arauca

(Blocages des routes et arrêt des activités en Arauca)
 
"Nous fermons les voies
pour que s'ouvre la vie"
C’est le plus important paro depuis huit ans. Le jeudi 3 février 2011, quatre grands rassemblements bloquent les principaux axes du département d’Arauca pour exiger la libération de sept personnes détenues pour « rébellion » depuis le 25 janvier 2011. Parmi les personnes arrêtées figure Ismaël Uncasia, cacique indigène du département, président de ASCATIDAR (Association de Cabildos et Autorités Traditionnelles Indigènes du Département d’Arauca).
Le délit de rébellion en Colombie sanctionne le fait d'être lié à une guérilla. C’est une accusation régulièrement utilisée contre les opposants et souvent étayée par des « montages » (construction de preuves, utilisation de témoignages de personnes mises sous pression ou payées...). La peine encourue varie entre 9 et 14 ans de prison. Cette fois, l’accusation repose d’une part sur le témoignage d’une fonctionnaire indigène qui travaillait comme informatrice pour la force publique depuis 2003, et d’autre part sur une vidéo qui montre Ismaël Uncasia en réunion avec un groupe de la guérilla ELN (armée de libération nationale). Il est en plus accusé de financer la guérilla. Pourtant, aucune étude des comptes de l'association ASCATIDAR n'appuie cette dernière accusation. De plus, selon les indigènes, un des rôles du cacique est de discuter avec tous les protagonistes du conflit armé qui se trouvent sur leur territoire : si Ismaël est « rebelle », alors « tout le peuple U’wa et Sikuani l’est également ». Précisons qu’Uncasia fut arrêté alors qu'il portait plainte contre la police pour « interrogatoire illégal » [1] et pour le fait d’avoir été suivi en voiture par des hommes en civil armés [2]. Ismaël avait déjà fait l’objet d’une arrestation en 2004 et fut à cette occasion intimidé et torturé.
Photo : D.R.
On appelle « détention massive », les vastes coups de filets de la police dont le but est d'intimider une population, voir de la démanteler, sous l'accusation de « rébellion ». Ce procédé commence avec le gouvernement Uribe (2002-2010) qui n’hésite pas à faire arrêter des villages presque entièrement, quitte à les libérer deux ans plus tard sans charges. En Arauca, la première détention massive fut particulièrement spectaculaire : le 12 novembre 2002, 2000 personnes sont arrêtées et retenues dans le gymnase de Saravena (30’000 habitants). 96 seront conduites au bataillon local puis 43 d’entre elles finalement retenues. Les autres sortent, le bras tamponné d'un logo attestant de leur autorisation à être libres. En août 2003, 37 autres personnes sont détenues, puis en septembre de la même année 31 autres… la liste de ces opérations est longue. En tout, ce sont 500 personnes arrêtées en moins de 10 ans et la plupart relâchées sans preuves. Nombres de ces arrestations furent déclarées illégales, mais beaucoup de personnes détenues dans ce cadre sont encore sous le coup de la loi. Il y a trois mois, en novembre 2010, 17 personnes de Saravena furent blanchies du délit de rébellion après avoir passé trois ans en prison.
L’Arauca est un département situé à l’est de la Colombie, limitrophe du Venezuela. C’est une zone d’élevage et, depuis les années 80, d’exploitation pétrolière. Tous les acteurs du conflit armé y sont présents : armée, paramilitaires, FARC-EP et ELN. Dans ce département, les organisations sociales indigènes, paysannes et syndicales sont très fortes. Après avoir été abandonné des décennies par l’Etat, le département fut utilisé comme refuge pour les populations déplacées lors de la période dite de “Violences”, après 1948. Comme aucune structure ne prenait en charge les nécessités basiques, les habitants s'auto-organisèrent et créèrent en 1963 la Coopérative Agricole du Sararé (COOAGROSARARE) pour gérer le transit et la vente des denrées agricoles, ainsi que l’éducation des jeunes et des enfants. Depuis, les syndicats et organisations se sont énormément développés. En 1972, les organisations sociales organisent leur premier paro civico afin d'exiger de l’Etat des moyens pour la santé et des aides pour les terres. Lors de ce blocage, trois personnes furent arrêtées pour « rébellion ».
Le mouvement que Uncasia représente s’est fait remarquer par sa participation active au paro de 2002 qui paralysa, durant deux mois, l’entreprise pétrolière Oxy, pour protester contre l’activité des transnationales et l’action des paramilitaires. En effet, les peuples U’wa et Sikuani vivent sur ces terres et sont radicalement opposés à l’exploitation et au pillage de la « Madre tierra ». Ils réclament que soit appliqué leur droit de concertation avant une quelconque intervention sur leur territoire. La nouvelle constitution colombienne de 1991 reconnaît en effet aux indigènes souveraineté et autonomie sur leur territoire et ceci également en ce qui concerne la justice. Les indigènes considèrent ainsi que si Uncasia a commis un délit, c’est à eux de le juger.
Comme tous les autres territoires du pays renfermant de précieuses ressources naturelles, l'Arauca est également un lieu de forte répression légale et illégale qui compte un nombre incalculable de massacres et assassinats : si l'on prend en compte seulement les indigènes, en dix ans ce sont plus de 200 dirigeants ou membres de ces communautés qui ont été assassinés. Il est clair que les « plans de vie » des indigènes et autres « plan stratégique d’équilibre » des organisations sociales sont antagonistes des intérêts pétrolifères. Ainsi, l’arrivée des paramilitaires dans la région coïncide avec la décision de l’Etat d’exploiter le pétrole. Sous le gouvernement Pastrana (1982-86), l’entreprise américaine Oxy s’installe (1983) puis, dans les années 90, arrive également la compagnie espagnole Repsol. En 1988, eut lieu le paro dit de « Caño Limon », premier acte massif de résistance des populations contre l'exploitation pétrolière, où la répression de l'Etat s'exprima à coups de feu à Arauquita, blessant plusieurs manifestants.
Photo : D.R.
Les arrestations du 25 janvier 2011 surviennent alors que doivent débuter de nouveaux travaux d’exploration des sols ainsi que la construction d’un nouvel oléoduc dit du “Bicentenaire”. Cet oléoduc qui doit, entre autres, traverser des territoires Sikuani, devrait être le plus long de Colombie et lier Coveñas (département de Sucre), sur la mer caraïbe, au département voisin et pétrolifère du Casanare, traverser huit départements en 960 kilomètres et évacuer 44.8% de la production nationale. L'entreprise colombienne de pétrole Ecopetrol considère ce projet comme le plus important de tous. Une semaine avant les arrestations du 25 janvier 2011, Uncasia était en réunion de consultation avec des communautés du Casanaré, le gouvernement et la compagnie pétrolière.
Le paro commencé le jeudi 3 février, fut précédé d'une marche le lundi 31 janvier à Saravena, à laquelle participèrent 300 personnes de cinq municipalités du département. Afin de montrer leur solidarité, les entreprises de transports et les magasins cessèrent également de fonctionner. Le paro s’est traduit par quatre blocages de routes, a mobilisé plus de 2000 personnes (indigènes, paysans, étudiants, ouvriers, etc.), dans le but d’affecter les installations pétrolières liées aux territoires indigènes. Dans les faits, tout le trafic du département a été bloqué, car la région a de belles routes mais peu nombreuses. Le lundi 7 février, des écoles et des entreprises se sont jointes au mouvement en arrêtant leurs activités. Ce même jour, les autorités civiles et militaires sont venues menacer les sites de blocages et ont à nouveau arrêté puis relâché trois personnes à Saravena. Les discussions avec le gouvernement ont débuté dès le dimanche suivant et portaient notamment sur les revendications suivantes : cesser de criminaliser le mouvement social, la libération des sept personnes détenues, la création d’une commission de consultation nationale, le respect des droits d'autonomie des indigènes, la création d’une commission de vérification et de suivi de la situation des peuples indigènes et paysans en zone de conflit et d'exploitation pétrolière. Finalement, le paro est levé officiellement le vendredi 11 février alors que débute la commission de suivi demandée. Cela étant, les indigènes et les autres organisations sociales se déclarent en mobilisation et assemblée permanente dans un communiqué qui fait état de leur méfiance quant à la réalisation de leurs revendications.
Photo : D.R.
Il est étonnant que le paro ait été levé avant les libérations attendues. On peut imaginer que des promesses ont été faites lors de premiers pourparlers car les organisations sociales, comme elles l’ont déjà démontré par le passé, ont toute capacité à tenir longtemps ces blocages. Le nouveau gouvernement colombien, depuis l'élection de Santos, construit une nouvelle image, plus à l'écoute et moins répressive. Il faut cependant savoir que Santos était ministre de la défense nationale sous le gouvernement Uribe [3] et qu'il est issu d'une très grande famille colombienne qui, comme une bonne partie de la bourgeoisie traditionnelle, voyait son business terni par l’image de parapoliticien d’Uribe. Ainsi, dans cette nouvelle stratégie de début de mandat, peut-être était-il mal venu d'attaquer de front cette révolte. De plus, le fait que les détenus soient indigènes laisse une porte de sortie juridique et politique au gouvernement. Il pourrait donc céder là-dessus. En revanche, on doute de sa qualité d'écoute sur les thèmes liés à l'exploitation du pétrole. Alors que Santos fait sa pub sur une potentielle remise de terres aux millions de déplacés, il autorise et encourage la cessation de terrains aux entreprises minières et pétrolières. On raconte que lors d’une discussion entre l'Etat et les indigènes du pays concernant leurs territoires, il a été expliqué aux indigènes que ces territoires leur appartiennent, mais que les ressources naturelles qui s'y trouvent appartiennent à l’Etat... Le gouvernement prévoit de rationaliser l'économie du pays et de développer l'industrie minière et de la palme africaine. Le pétrole ne sera pas en reste non plus. Comme on l'imagine, la situation en Arauca est loin d'être réglée. Il est clair que les organisations sociales vont poursuivre la lutte. Reste à voir aussi si certains seront tentés par les sirènes de Santos et comment la répression va continuer de s'exercer.
Pour toute information textes, photos, vidéo et audio sur ce paro et sur le reste :
Informations sur la situation sociale en Colombie :

[1] On entend par ce terme le fait de se faire interroger hors du protocole légal d’interrogatoire.
[2] En Colombie, cette description correspond à des paramilitaires.
[3] Notamment au moment du scandale des «faux positifs»

jeudi 13 janvier 2011

Plus de 200.000 victimes des paramilitaires en 5 ans...

Dans l'Espectador d'aujourd'hui, un article nous informe (même si ce n'est pas une nouveauté pour les défenseurs des droits de l'homme dans ce pays, il est positif que ce soit un média d''envergure nationale qui cite ces chiffres, et non une ONG susceptible d'être accusée de parti pris) que la Fiscalía (la police judiciaire, donc encore une fois une source difficilement contestable) répertorie entre 2005 et décembre 2010, tenez vous bien... 173.183 homicides et 34.467 disparitions forcées de la part des paramilitaires d'extrême-droite. Soit un total de plus 207.500 morts en 5 ans,  c'est à dire plus d'une centaine par jour !! Sans parler des cas non documentés, ni des "faux positifs" victimes de l'armée régulière... De quoi faire méditer sur le bilan de la "sécurité démocratique" mise en oeuvre pendant le mandat d'Alvaro Uribe...

Bogota, Colombie, 6 mars 2009. Manifestation devant le Sénat à l'appel du Mouvement des Victimes de Crimes d'État,
en mémoire des milliers de disparus et de victimes d'exécution extraduciaire. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

samedi 6 février 2010

Manifestation pour la défense de la Santé

Plusieurs milliers de personnes ont défilé aujourd'hui à Bogotá contre le décret 4975 d'Emergencia social (Urgence sociale), en vigueur depuis deux semaines, les décrets 128 et 131, et la loi 100, qui menacent de revenir sur les acquis constitutionnels de 1991 d'accès à la santé, en centralisant les ressources distribuées aux EPS - Entreprises prestatrices de santé (sic) - et en réduisant les dépenses de santé : diminution des actes couverts et du montant des remboursements.

Bogotá, le 6 février 2010. "La santé n'est pas une faveur, c'est un Droit !" Plusieurs milliers de colombiens ont défilé dans tout le pays
pour l'abrogation du décret d'urgence sociale émis par le président Alvaro Uribe. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Un véritable démantèlement du système de santé public, déjà peu efficace et générateur de nombreuses "bavures" administratives aux conséquences souvent fatales : le fameux paseo de la muerte, la promenade de la mort, qui représente le parcours obligatoire et digne d'une bureaucratie kafkaïenne pour se procurer les certificats de garantie de remboursements des soins nécessaires préalablement à tout acte médical. Plusieurs cas se sont ainsi présentés où des enfants, victimes d'accidents domestiques bénins, ou souffrants de simples hématomes après une chute, sont morts de complications hémorragiques faute d'avoir été pris en charge en raison d'un problème de papier égaré, ou d'une inscription mal renseignée...

dimanche 11 octobre 2009

Des arbres contre la mine d'or


Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre


Les étudiants de l'université d'Ibague, dans le Tolima, ont eu une idée originale pour manifester leur opposition au projet de mine d'or de la Colosa, sur une concession attribuée à la AngloGold Ashanti.  


Ibague, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre
 Partis le matin de la capitale régionale dans une demi-douzaine d'autocars loués pour l'occasion, un peu plus de deux cent étudiants et militants écologistes d'Ibague rallient la petite ville de Cajamarca, située près de la zone aurifère, et où la compagnie sud-africaine a établi un bureau chargé de superviser le projet d'exploitation. D'après le gouvernement colombien et la communication de l'entreprise elle-même, il s'agirait d'un des plus importants gisements au monde.  Autant dire qu'il y a là des enjeux financiers considérables. Derrière les bus  ornés de banderoles représentant montagnes, fleuves et animaux, suivent deux camions chargés à bloc de petits baliveaux destinés à être plantés sur le terrain de la future mine. 

Le projet peut paraître dérisoire, voire utopique. Des arbres contre la mine. Imaginer protéger des grenouilles contre la logique économique mondiale avec de fragiles brindilles.  Une lutte perdue d'avance digne d'une production Walt Disney, le happy end en moins. Mais le geste est symbolique. Semer la vie là-même où l'on prévoit de violer la terre et de la rendre infertile à jamais. Une reforestation préventive en quelque sorte...


Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Arrivés aux abords de Cajamarca, les étudiants descendent des bus et déploient leurs banderoles, en se réjouissant de ce que la pluie qui tombait depuis le matin se soit arrêtée avec tant d'à-propos pour une belle entrée en cortège dans la ville. La bourgade, d'un peu moins de 10.000 habitants, avait eu les honneurs de la presse nationale en 2004, quand des soldats y avaient massacré une famille de cinq personnes, parmi lesquelles un bébé de six mois, qu'ils auraient soit-disant confondu avec des guérilleros des FARC. Épargnés par la justice militaire, sept militaires avaient néanmoins été inculpés l'année suivante par le Procureur général de la Nation des charges d'homicide sur personnes protégées, des preuves ayant été rassemblées que les victimes avaient été abattues à courte distance.

Cajamarca, le 11 octobre 2009. "Seulement après que... le dernier arbre soit coupé, le dernier fleuve empoisonné,
le dernier poisson attrapé, alors seulement tu sauras que l'argent ne peut pas se manger. Proverbe indien."
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Devant le pont qui sert d'accès à Cajamarca, les manifestants sont rejoints par un petit groupe de militants locaux de la CUT (Centrale Unitaire des Travailleurs, le principal syndicat interprofessionnel colombien) et d'ANTHOC (syndicat des fonctionnaires de la Santé et de la Sécurité Sociale). Si leurs slogans sur la dégradation des hôpitaux publics paraissent un peu éloignés du thème du jour, cette convergence des luttes est tout de même jugée bienvenue par les défenseurs de l'environnement qui veulent y voir un bon augure et ce renfort inattendu est accueilli avec force applaudissements. 

Cajamarca, le 11 octobre 2009. "Plus de promenades de la mort. Défendons les hôpitaux publics".
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

À la sortie du pont, l'accueil est plutôt froid. Il faut dire que le premier bâtiment de la ville est un bunker, peint couleur camouflage, suivi de la base militaire de Cajamarca, dans le même habit.  Et des deux côtés de la rue, le personnel de ladite base s'est déployé, armes à la main, formant une haie d'honneur entre lesquels défilent les manifestants, qui ont cessé les slogans et dont les visages se sont subitement fermés. Ambiance. 

Cajamarca, le 11 octobre 2009. "Plus de promenades de la mort. Défendons les hôpitaux publics".
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Une fois tout le monde passé, coup de jarnac, la police installe un barrage sur le pont et bloque les camions de l'autre côté de la rivière. Sans arbres à planter, il ne reste plus aux étudiants qu'à manifester à travers la ville et à improviser des discussions avec la population locale, peu informée des tenants et des aboutissants du projet, pour tenter de la rallier à leur cause. 

Cajamarca, le 11 octobre 2009. ESMAD (police anti-émeute). Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Au bout de quelques heures, alors que l'abattement menace de vaincre le bel enthousiasme qui a animé la matinée, un des deux chauffeurs, par une habile manœuvre, réussit à contourner le dispositif policier et à rejoindre les manifestants. 

Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

L'explosion de joie qui accompagne l'arrivée du camion plein de jeunes plants est cependant modérée du fait que le retard pris sur le planning rend hasardeuse la poursuite de l'opération prévue initialement. L'heure avance, et il y a la question du retour à Ibague avec les bus loués et les chauffeurs qui attendent. 

Cajamarca, le 11 octobre 2009. Des ESMAD (police anti-émeute) en pause déjeuner.Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Et puis, même si personne n'évoque directement le problème en ces termes, il y a pas mal de policiers et d'ESMAD (police anti-émeute, célèbre pour sa brutalité) dans la ville, et même si ils ont l'air plutôt détendus pour le moment, il parait peu probable qu'ils laissent le groupe entrer en effraction sur la concession sans réagir. 

Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

l'AngloGold Ashanti où une partie des arbustes sont repiqués dans un joyeux désordre. 

Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Cajamarca, le 11 octobre 2009.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
On voit bien que certains étudiants ici ont plus l'habitude de planter des théories que des  végétaux, mais la bonne volonté suppléant à l'expérience, le terrain se trouve quand même rapidement foré de centaines de petits trous dans lesquels sont déposés différentes espèces d'arbrisseaux. Enfin, pelles et binettes sont rangées dans le camion, et un rassemblement sur la place principale de Cajamarca vient clôturer la journée.

Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Quelques brefs discours et un mini concert de rap (peut-être pas le meilleur choix de musique pour ce qui est de l'objectif d'associer les gens du cru à la mobilisation), et puis tout le monde remonte dans les cars.

Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

L'ambiance sur la route du retour à Ibague est moins animée qu'à l'aller. Les étudiants sont fatigués et un peu déçus de ne pas avoir réussi à remplir l'objectif initial, mais la plupart a le sentiment que la journée n'a tout de même pas été tout à fait inutile.

Cajamarca, le 11 octobre 2009.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

On pourra objecter qu'au final ce seront certainement des centaines de pousses d'arbres qui auront été plantées pour rien, qu'elles seront évidemment arrachées et détruites, et que si l'intention est bonne et le geste (même incomplet) est beau, le bilan écologique concret n'est pas forcément convaincant. Ce serait oublier l'impact médiatique d'une telle action, et son poids dans le processus de mobilisation de la population locale, partagée entre l'espoir des retombées économiques de l'exploitation minière et la crainte de voir son environnement contaminé.



Plus que des arbres, c'est peut-être le doute que les étudiants ont réussi à semer chez les habitants de Cajamarca...


Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre