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mercredi 18 août 2010

Le Chigüiro

Le Capibara, qui correspond je crois au cabiai guyanais, est un gros rongeur, en fait c'est même le plus gros des rongeurs recensés sur la Terre... Il peut peser jusqu'à 70 kg, un sacré rat... Plus proche du ragondin, en fait, puisqu'il est semi-aquatique, et qu'il peut passer de longues périodes totalement immergé, ne laissant affleurer que ses naseaux à la surface. À son nom latin Hydrochaeris hydrochaeris  (dont l'étymologie "porc d'eau" nous délivre cependant l'indice de ce que l'animal est comestible...), on pourra préférer l'appellation de Chigüiro tel qu'on le désigne le plus souvent en Colombie, en particulier lorsqu'on le trouve dans son assiette. 

Equateur, 2004. Troupeau de capybaras près de Puyo, en Amazonie équatorienne. Photo : D. Fellous/Libre arbitre
  
Et il faut dire que c'est une viande particulièrement savoureuse, grasse et tendre à souhait, particulièrement quand il est cuisiné à la Llanera, c'est à dire à la façon des Llanos, la zone orientale de Colombie, une grande plaine couverte de savane et dédiée à l'élevage de bétail, où ce rongeur est couramment consommé. La cuisson, lente, est effectuée au feu du bois d'une essence particulièrement odorante, et au moyen de piques en biais permettant un fumage simultané. Le résultat est délicieux avec toutes sortes de viandes, et réputé avec le veau de lait, mais le sommet est atteint d'après moi avec le Chigüiro. Et si les Llanos vous semblent trop loin, on peut en manger tout fait convenablement cuisiné et à un prix très raisonnable dans le centre de Bogotá,  dans un restaurant de grillades dont le nom m'échappe sur la Carrera Septima à l'angle de la Calle 20 (il me semble...).

mercredi 10 juin 2009

Mongo-Mongo, Cocada et autres Alegrias

Il faut avouer qu'en termes de dessert, si l'on excepte les fruits dont la diversité comblera les plus difficiles, les Colombiens ne font pas preuve d'une créativité débordante, et à moins d'être fana de confiture de lait ou de figues au sirop, on est vite réduit à passer directement du plat principal au café (ne parlons pas du fromage, s'il vous plait, il y a des sujets qui fâchent les expatriés...). 

Sur la côte caraïbe cependant, les amateurs de douceurs trouveront quand même de quoi faire leur bonheur. Principalement à base de coco, et de panela (sucre de canne non raffiné), les confiseries vendues sur les plages ou dans les rues de Cartagena ne ménage pas le pancréas, mais on évitera l'écœurement grâce à l'acidité de la pâte de Tamarin, également largement utilisée. 

Cartagena, le 21 avril 2009. Vendeuse de confiseries.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
On a volé quelques recettes à des vendeuses pas trop jalouses de leurs secrets, et on les livre ici à votre maestria gastronomique. Comme pour toute recette, les quantités ne sont qu'une indication, qui varie d'ailleurs suivant la taille des fruits utilisés. Usez de votre bon sens, de votre instinct et de vos index pour goûter au fur et à mesure de la préparation.

¡ Buen provecho !

Cocadas

Durée : 15 minutes
Portions : 12

Ingrédients :
  · 2 grosses noix de coco
  · 800 g de sucre
  · de la poudre de clous de girofle
  · le jus d'un citron vert
    Préparation :
    On pèle les noix pour ne conserver que le blanc, puis on les râpe  et on les met  à cuire dans leur eau, avec la poudre de girofle et 300 g de sucre. Quand le sirop commence à épaissir, on y rajoute le reste de sucre et le jus du citron, et on remue sans s'arrêter jusqu'à ce que cela commence à durcir. On  façonne alors des portions avec une cuiller en bois, qu'on laisse refroidir sur une surface humide.



    Alegrías de burro
     
    Durée : 1 heure 30 minutes
    Portions : 8
    Ingrédients :
    • 1 kg de mil
    • 500 g de sucre de canne non raffiné noir
    Préparation :
    On trempe le mil, et on l'égoutte. Puis on le cuisine dans un petit peu d'eau, jusqu'à ce que le grain s'ouvre. À part, on prépare un "recuit" (sirop couleur de miel) avec le sucre de canne et un peu d'eau, et on en baigne le mil. Avec les mains humides, on forme des petites boules qu'on laisse sécher.



    Flan de coco et d'ananas

    Durée : 45 minutes
    Portions : 8
    Ingrédients :
    • 2 tasses de lait
    • 6 cuillers de poudre de coco
    • 6 œufs
    • ¾ de tasse de sucre
    • 1 petit verre de rhum
    • 1/2 ananas débité en rondelles
    Préparation:
    On fait un caramel et on en recouvre le fond d'un moule. On réhydrate la coco dans le lait, on le passe au mixer avec le sucre, les jaunes d'œufs et le rhum, et on mélange le tout avec les blancs préalablement battus en neige. Puis on verse la préparation dans le moule et ont le met au bain-marie, jusqu'à ce que l'on puisse y introduire un couteau et que la pointe en ressorte propre. Décorer avec les rondelles d'ananas.


    Mongo-Mongo ou Calandraca

    Durée : 2 heures
    Portions : 8
    Ingrédients :
    • 4 bananes plantains mures pelées et en tronçons
    • 4 mangues pelées, cuites et écrasées
    • 1/2 ananas en petits morceaux
    • 1 grand mamey, ou 2 zapote, coupés en petits dés (hors de Colombie, si vous avez du mal à en trouver, peut-être que vous pourriez remplacer ça par de la carotte, si vous faites l'expérience je veux bien un retour avant de la tenter moi-même...)
    • 1 patate douce cuite et râpée
    • 1 noix de coco râpée
    • 1 kg de sucre de canne non raffiné
    • 1 litre d'eau
    • Des clous de girofle, de l'anis, de la cannelle et du poivre doux
    Préparation:
    On met tout à cuire à feu lent, en remuant en permanence avec une cuiller en bois, jusqu'à ce que les fruits se dissolvent et obtiennent une consistance de compote.

    jeudi 13 novembre 2008

    Lézard de la table, gastronomie de campagne

    Chicoral, le 13 novembre 2008. El Duende exhibe l'iguane qu'il va cuisiner, à la stupeur de certains de ses camarades.
    Photo : D. Fellous/Libre arbitre

    Aucun d'entre nous n'étant zoologiste, nous avons convenu d'appeler iguane le gros lézard qui a eu le malheur de traverser la route devant l'un des véhicules de la Minga avant son arrivée à Chicoral, dans le Tolima. L'iguane présumé, donc, a eu le dessous (c'est le cas de le dire) dans la brutale rencontre avec une chiva bondée de militants du CRIC (Conseil Régional des Indigènes du Cauca) qui a suivi son audacieuse incursion sur le lacet asphalté. Une mort tragique, certes, mais pas vaine, puisque El Duende (Le Lutin), un membre de la garde indigène de Toribio, un village situé au nord du Cauca, a récupéré le corps de la victime pour en faire son dîner.

    - J'en ai déjà mangé, déclare-t-il a une assistance légèrement médusée, c'est un peu comme du poulet, un peu comme du poisson. 
      
    À son crédit, cette recette de ragoût d'iguane glanée sur le web, qui recommande si l'on ne trouve pas dudit reptile de le remplacer par du thon ou du poulet. 
     

    Chicoral, le 13 novembre 2008. Séchage et fumage
    de la viande au feu de bois au soir d'une étape
    de la Minga. Photo : D. Fellous/Libre arbitre
    Ceux qui n'ont pas eu la chance d'être invité à la table du Duende ont pu se consoler en mangeant des lanières de viande de bœuf fumées, ou une soupe de pieds de vache, préparées au feu avec de la leña (du bois de chauffe) transportée dans le camion depuis le Cauca. "On voyage avec nos provisions, mais aussi avec notre bois", explique une des cuisinières, "ici, encore, on pourrait bien trouver de quoi alimenter les foyers, mais quand on sera à Bogotá, faudra bien continuer à se nourrir, et on ne va pas se mettre à couper des arbres là-bas..."
     
    Chicoral, le 13 novembre 2008. Préparation du repas. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

    Et si l'on a quelques pesos en poche, on peut agrémenter le repas d'un bunuelo, un beignet de farine et de fromage en forme de boule, fraichement pétri et frit sur la cuisine roulante d'un petit commerçant itinérant, qui s'est matérialisé près du champ dès l'installation des mingueros.

    Chicoral, 13 novembre 2008. Marchand de bunuelos. Photo : D. Fellous/Libre arbitre