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dimanche 7 octobre 2012

Tournée européenne du Congreso de los Pueblos

En Suisse


Du 21 au 26 octobre Marylén Serna Salinas, une des plus importantes dirigeantes du mouvement populaire colombien sera en Suisse. Marylén vient pour parler de la réalité colombienne et notamment du travail du Congrès des Peuples (El Congreso de los Pueblos) et des autres secteurs du mouvement social, à la recherche d’une paix qui soit participative et porteuse de changements vers une justice sociale.

La dirigeante sociale colombienne réalisera la conférence « Le mouvement social colombien vers une proposition de paix participative » à Lausanne (22.10), Zurich (23.10), Neuchâtel (24.20), Berne (25.10) et Genève (26.10) à 19h30 (plus d’informations dans le Flyer)


                       

                        Congreso de los Pueblos: proposition de pays pour une vie digne.


Le Congrès des Peuples (Congreso de los Pueblos) est un processus social et populaire qui prend forme tout au long du territoire colombien. Composé de milliers de personnes, de centaines d’organisations issues de diverses régions, de nombreux secteurs et de dynamiques variées : les travailleuses, les travailleurs, les paysans, les paysannes, les saisonniers, les journalières, les filles et les fils de la terre, les peuples indigènes, les descendants d’Afrique, les femmes dignes et libres, les pêcheurs en mers et en rivières, les livreurs, les taxis et les camionneuses, les étudiantes, les professeurs et les éducatrices populaires, les expériences de résistance au capital, à l’Etat et à la guerre, les pauvres, les marginalisés, les exclues, les artistes et les artisanes.
Ce sont mille voix, résistances et initiatives nées de la diversité sexuelle, des habitants de la rue, des quartiers, des ceintures de misère des grandes villes, des communicatrices et communicateurs populaires, des détenus et détenues dans les prisons, des défenseurs des droits humains, des croyants en nos dieux, des croyantes en la justice, des absentes et des victimes, des enfants, du rire, de l’imagination illimitée, des jeunes qui résistent à l’oppression d’un système policier, enfin, de tout le pays, des peuples qui y vivent.
Le Congrès des Peuples construit notre identité à partir de la diversité, recueille les expériences accumulées des mouvements sociaux et fait le pari de rassembler et d’interpeler le pays populaire pour entreprendre, par des actions communautaires issues de mandats des communautés mêmes, les constructions nécessaires pour défendre les territoires urbains et ruraux et retrouver une vie digne.
Pour avancer vers cette Colombie digne que toutes et tous nous méritons, le Congrès des Peuples part d’une critique radicale du capitalisme –modèle de vie non viable- et remet en question toute la rationalité qui structure nos précaires systèmes sociaux actuels. Le Congrès des Peuples travaille –à partir des réalités locales et régionales-à la construction d’une pensée nouvelle et d’une nouvelle dynamique qui rétablissent l’équilibre social et naturel de la Colombie en particulier et de la planète en général.

Axes et mandats de travail

Ce processus social, populaire et politique concrétise cette vision par des mandats qui expriment la volonté populaire et concernent les axes de travail suivants :
Terre, territoire et souveraineté dans une vision d’autonomie et d’autodétermination issue des communautés.
Economie au service de la vie et contre la législation de la spoliation : Affronter le modèle de production basé sur la spoliation et l’inégalité et travailler pour construire une autre logique économique, portée par les gens en accord avec la nature. Le Congrès des Peuples refuse l’économie extractive, l’exploitation minière à grande échelle, les monocultures, le négoce sur les matières premières et la stratégie de militarisation et de contrôle territorial qui accompagne ces projets.
Construction de pouvoir pour le bien vivre compris comme processus et comme moyen pour libérer les potentialités de la vie, sociale et naturelle, qui permettent de récupérer son intégrité et son harmonie.
Culture, diversité et éthique du commun
. Le Congrès des Peuples cherche à donner de la force aux valeurs chères à celles et ceux qui réellement portent le poids du pays, donnant corps à une éthique qui respecte et renforce la vie et repousse la mort, à une culture qui rompe avec l’oppression
patriarcale, pour l’équité de genre, le respect et la protection des droits sexuels et reproductifs des femmes, et pour une vie sans violences. Il s’agit de construire des valeurs et une éthique qui privilégient le bien commun sur l’appât du gain et d’instaurer une culture de la solidarité.
Vie, justice et cheminement vers la paix. Pour construire un pays pour toutes et tous, il est nécessaire de parier sur la paix et la justice. Le déséquilibre social, économique, politique et culturel imposé constitue l’essence du conflit. Pour cela, la résolution du conflit ne peut être ni conjoncturelle ni partielle, mais ne peut que partir du caractère de la vie même et de la nature de ses relations.
Violation des droits et accords non tenus : Tous ces derniers siècles, les accords que les mouvements sociaux et politiques ont conclu avec les gouvernements ont été ignorés, trahis, rompus et tergiversés. De la même façon, nos droits ont été systématiquement violés et méconnus. Comme exercice de mémoire qui renforce et donne un fondement à notre lutte, nous devons rendre compte de la manière dont nos intérêts ont été bafoués.
L’union des peuples et la globalisation des luttes. Le Congrès des peuples travaille dans une perspective continentale et mondiale pour renforcer la diversité, la force et la capacité des peuples pour construire un monde meilleur et aussi pour contribuer aux luttes pour un monde nouveau.

En route pour l’unité du mouvement populaire colombien

Le Congrès des peuples travaille et lutte pour l’unité des mouvements sociaux et politiques qui expriment et représentent les intérêts populaires. Il reconnaît les importantes initiatives que sont le Polo Democrático Alternativo, la Marcha Patriótica, la Mesa Amplia Nacional Estudiantil (MANE), le Mouvement de Victimes de Crimes d’Etat (MOVICE), les syndicats, la Coalition de Mouvements Sociaux de Colombie, entre autres, et travaille avec ces mouvements à la construction d’un projet politique d’unité populaire. La solidarité et la fraternité dans les luttes populaires et dans les processus de construction locaux, régionaux et nationaux sont un des mandats du Congrès des Peuples.
Actuellement le Congrès des Peuples fait partie de la Coordination Nationale d’Organisations Sociales et Politiques de Colombie et de la Ruta Social Común para la Paz.
En chemin, le Congrès des Peuples développe des espaces tels que le Congrès de Terres, Territoires et Souverainetés, le Congrès de l’Education, le Congrès de Paix et le Congrès des Femmes, en même temps qu’il commence à articuler des initiatives d’organisations urbaines.

Marylén Serna Salinas

Femme paysanne, dirigeante du Mouvement Paysan de Cajibío (MCC) et de la Coordination Nationale Agraire(CNA). Elle a dédié sa vie à l’animation d’organisations de femmes, de jeunes, de victimes de crimes d’Etat, d’enfants et de producteurs biologiques, toujours dans l’idée de construire des propositions de développement alternatif dans le département du Cauca, sa terre natale.
Marylén est une des promotrices du Plan de Vie Digne pour Cajibío, est porte-parole nationale de la Minga de Résistance Sociale et Communautaire de Colombie et fait partie de la Commission d’Articulation et Relations du Congrès des Peuples.


 




mercredi 18 mai 2011

La renaissance du Santamartamys rufodorsalis

Des chercheurs travaillant dans le refuge d'El Dorado de la fondation Proaves, dans la Sierra Nevada de Santa Marta, département du Cesar, sur la côte caraïbe colombienne, ont aperçu et photographié début mai un spécimen de Santamartamys rufodorsalis, également appelé Souris arboricole de Santa Marta de son nom usuel.

Souris arboricole de Santa Marta (Santamartamys rufodorsalis) 
Photo : Lizzie Noble/www.proaves.com
Enfin pas si usuel que ça, puisqu'on n'avait pas vu l'animal depuis la fin du XIXe siècle, et qu'il était inscrit sur la malheureusement trop longue liste des espèces éteintes. Imaginez donc la surprise éprouvée par Lizzie Noble et Simon McKeown qui, se reposant à l'entrée du refuge après une longue journée passée à la recherche d'amphibiens en voie d'extinction, ont eu la surprise de voir tranquillement s'approcher d'eux ce petit rongeur roux de la taille d'un cochon d'Inde et pourvu d'une longue queue noire et blanche. Après avoir aimablement laissé à Lizzie le temps de le photographier sous toutes les coutures, notre héros poilu a poursuivi sa promenade et disparu dans le sous-bois, sans se douter qu'il venait exceptionnellement de réduire d'un item la liste des espèces disparues (et d'augmenter simultanément celle des espèces très menacées, ce qui est plus banal...).

Certes la balance n'est pas rétablie avec les milliers d'espèces animales (principalement des insectes) et végétales qui s'évanouissent chaque jour en raison de l'extension de l'espace occupé par les activités humaines et du déséquilibre que ces activités entrainent dans l'environnement (quand ce n'est pas sa destruction pure et simple), mais enfin ça fait du bien de publier une bonne nouvelle de temps en temps.

Que ce soit dans une conception utilitariste de la Nature (usages possibles des molécules contenues dans les organismes menacés de disparition) ou juste pour l'enchantement que procure la richesse et la diversité de la vie, on ne peut en effet que se réjouir de s'apercevoir qu'il existe encore des lieux qui abritent des animaux que l'ont n'avait pas aperçu depuis 113 ans, et qu'on peut donc également espérer que de tels microcosmes abritent aussi des espèces encore jamais observées. Mais il ne faut pas non plus tomber dans un optimisme naïf et cela doit surtout galvaniser nos efforts pour maintenir ces sanctuaires vierges de toute pollution et même de toute présence humaine massive. 

Parc Tayrona, Sierra Nevada de Santa Marta, Octobre 2008. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

On pense ainsi au Parc Yasuni en Equateur, réserve incroyable de biodiversité menacée par l'arrivée de l'exploitaion pétrolière, comme avant lui le Parc Cuyabeno, dont le statut de réserve animalière n'a pas empêché l'octroi de multiples concessions à plusieurs multinationales. La proposition du président Correa d'interdire l'extraction de ce pétrole en contrepartie d'une aide de la communauté internationale correspondant à la moitié des revenus qu'auraient pu en attendre l'Equateur n'ayant pas reçu l'écho favorable et concret nécessaire, l'avenir du Parc Yasuni - et celui des espèces endémiques qu'il abrite - est devenu aussi sombre que l'hydrocarbure qu'il contient dans ses sols.

Equateur, 2004. Coucher de soleil sur les lagunes noires du Parc Cuyabeno. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Plus près de nous, en Colombie, on pense aussi au tracé de la jonction finale de la Panaméricaine, dans le Détroit de Darien, qui fait la frontière avec le Panama. Ou, dans la même région du Chocó, au projet chinois de ligne de chemin de fer reliant la Côte Caraïbe à l'Océan Pacifique. Ou encore, au projet fou, aujourd'hui en suspens, de téléphérique enjambant la jungle de la Sierra Nevada pour rejoindre la Cité Perdue des Tayronas sans avoir à marcher trois jours sur les sentiers forestiers qui la desservent aujourd'hui.

Combien d'espèces détruites dans ces mégaprojets avant même que d'être recensées ? Combien de Santamartamys rufodorsalis condamnés à finalement s'éteindre après avoir survécu un siècle à leur disparition annoncée ?

samedi 26 mars 2011

Cérémonie d'offrandes pour les Droits de la Mère Nature

La 4e Rencontre Régionale des Peuples Autochtones (4° Encuentro Distrital de Pueblos Indigenas), Renace Bakatá (Bakatá renaît, Bakatá étant le nom du village Muisca qui se trouvait à l'emplacement sur lequel les Espagnols fondèrent Bogotá lors de la conquête), se déroule dans la capitale colombienne du 18 au 27 mars. 

Bogotá, le 25 mars 2011. Des milliers de personnes se sont rassemblées sur la Place Bolivar pour participer à une cérémonie d'offrande
aux éléments de la Mère Nature. Photo : D. Fellous/Libre arbitre.

Les peuples autochtones, originaires de la région ou déplacés par le conflit ou pour des raisons économiques, sont représentés à Bogotá par cinq cabildos (conseils municipaux) - Muiscas de Bosa et Suba, Ambiká Pijao, Kichwa et Inga - , par l'ASCAI (Association de Cabildos Indigenas), et par quatre organisations d'ordre national enregistrées auprès du Ministère de l'Intèrieur et de la Justice : l'ONIC (Organisation Nationale des Indigènes de Colombie), l'AICO (Association des Autorités Indigènes de Colombie), le CIT (Confédération Indigène Tayrona) et l'OPIAC (Organisation des Peuples Indigènes de l'Amazonie Colombienne). Par ailleurs, se développe dans la ville des processus d'organisation d'autres communautés indigènes, Nasa, Yanakona, Pasto, Misak, Waunan, Huitoto, Tubu, Wayuú, Arhuaco et Coreguaje, et l'on note aussi la présence de peuplements Embera Katio, Muinane et Kamentsa, entre autres.

Bogotá, le 25 mars 2011. Indien Arhuaco et passante sur la place Bolivar. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

L'objectif de cette rencontre est de favoriser les connexions entre ces différents peuples, leurs organisations representatives - reconnues ou non par le gouvernement - et les habitants de Bogotá en général, et ainsi de renforcer les identités propres, de confronter les réflexions et coordonner les actions, et enfin de donner une visibilité aux expressions culturelles, artistiques et traditionnelles des peuples indigènes installés à Bogotá.

Bogotá, le 25 mars 2011. Le Taïta (médecin traditionnel) Victor Jacanamijoy, une des principales autorités politique et spirituelle
du peuple Inga  à Bogotá (originaire du Putumayo, dans la partie amazonienne de la Colombie), fait passer un bol de chicha
(boisson à base de maïs fermenté) aux officiants qui l'accompagnent lors d'une cérémonie d'offrande à l'Eau pendant la 4e
Rencontre Régionale des Peuples Indigènes. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Dans le cadre de cette rencontre, et après plusieurs jours de discussions sur le territoire, l'autonomie, les politiques publiques et le gouvernement autochtone, les indiens ont investi pendant trois jours la Plaza Bolivar, la place centrale de Bogotá, pour établir une foire d'artisanat indigène, et surtout une grande cérémonie de Pagamiento (paiement, offrande) pour les Droits de la Mère Nature.

Bogotá, le 25 mars 2011. Fruits, graines, bougies, chocolat et plumes sont brulés en offrande aux quatre éléments.

 Un extrait vidéo de la cérémonie à l'Eau, dirigée par le Taïta Victor Jacanamijoy :


 (© D. Fellous/Libre arbitre)

Attirés par un concert réunissant plusieurs formations de musique traditionnelle andine ou amazonienne avec quelques groupes de rock, de rap et de reggae, des milliers de personnes ont assisté et participé aux rituels effectués  pour les quatre éléments aux quatre points cardinaux de la place par des shamans et des autorités spirituelles originaires de différents peuples indigènes.

Bogotá, le 25 mars 2011. Un membre de l'Ejercito de la Paz (l'Armée de la Paix), un groupe de semi-illuminés humanistes, profite de la
foule rassemblée pour le concert de soutien à la 4e Rencontre Régionale des Peuples Indigènes pour s'imaginer haranguer un large public.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Et pour conclure en musique, un petit extrait vidéo du concert :


 (© D. Fellous/Libre arbitre)

vendredi 25 février 2011

Rassemblement contre l'exploitation aurifère industrielle

Bogota, le 25 février 2011. Manifestation contre l'exploitation de l'or du Paramo de Santurban par la Greystar.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
Entre 300 et 400 personnes se sont rassemblées aujourd'hui devant le ministère de l'environnement pour protester contre la license accordée à la compagnie minière Greystar pour exploiter un gisement d'or dans le Paramo (haut plateau dont la végétation sert d'éponge et fixe l'eau à l'instar des glaciers) de Santurban, dans la région de Santander, au nord-est du pays.

Bogota, le 25 février 2011. Manifestation contre l'exploitation de l'or du Paramo de Santurban par la Greystar.
"Combien d'or vaut l'eau ?". Photo : D. Fellous/Libre arbitre

L'extraction du minerai, prévue à ciel ouvert, menace de détruire un écosystème fragile, de contaminer les ressources hydriques et de compromettre l'approvisionnement en eau potable des villes de Cucuta et Bucaramanga, dans lesquelles se sont déroulés simultanément d'autres manifestations, rassemblant plusieurs milliers d'habitants.


Bogota, le 25 février 2011. Manifestation contre l'exploitation de l'or du paramo de Santurban par la Greystar.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Pour en savoir plus (en espagnol): l'article de Notiagen ou le site Paramo de Santurban en peligro qui détaille le projet de l'entreprise canadienne, les méthodes d'extraction prévues, les dommages encourus par les 85 lagunes et les fleuves de la région, la faune et la flore menacée, ainsi que les conséquences sanitaires et sociales pour les populations locales.


Bogota, le 25 février 2011. Manifestation contre l'exploitation de l'or du paramo de Santurban par la Greystar.
"Avant-Après l'exploitation minière. Sauvons le Paramo, sauvons l'eau, sauvons la vie.
Non à la license environnementale. La Greystar hors du Santander et de Colombie". 
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Après avoir bloqué un des principaux axes de Bogotá pendant deux heures environ, les manifestants ont été dispersés... par des trombes d'eau venues du ciel !


 
Bogota, le 25 février 2011. "EAU". Photo : D. Fellous/Libre arbitre





jeudi 14 janvier 2010

Plage ou montagne, pourquoi choisir ?


Lagune de Tota, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

 La lagune de Tota est située à plus de 3000 mètres d'altitude, entre le village du même nom et celui d'Aquitania, dans le département du Boyacá. La zone est essentiellement consacrée à la culture de l'oignon, et d'immenses champs s'étalent autour de ce lac de 55 km2, le plus grand réservoir d'eau douce du pays et le troisième de toute l'Amérique du Sud. 

Lagune de Tota, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Mais plus que sa superficie, ce qui fait la particularité de la lagune de Tota, c'est surtout sa grande plage de sable blanc, une des plus hautes au monde. Même lorsque l'on sait que les plateaux de la région furent dans un passé préhistorique le bassin d'une mer dont témoignent encore les nombreux fossiles marins rencontrés autour de la ville voisine de Villa de Leyva, on ne peut qu'être troublé. Ne serait le vent frisquet et la mode locale qui voit les autochtones plus adeptes du poncho que du bikini, on pourrait se croire sur une plage des caraïbes.  Et les sommets, culminant à 3600m, qui surplombent des rivages où les pins sont plus à l'aise que les palmiers ajoutent au paysage une touche nordique pour créer un résultat singulièrement contrasté, aux allures de fjord tropical.

Lagune de Tota, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Suivant son tempérament, on pourra choisir de faire des promenades à cheval dans la région, de s'aventurer en bateau à le découverte des trois îles qui agrémentent le lac, ou de pratiquer planche à voile et autres sports nautiques, et même pour les plus courageux d'oser la plongée sous-marine (ou plutôt subaquatique dans ce cas d'espèce...) dans des eaux qui atteignent 65m de profondeur.

La lagune de Tota, vue de l'île San Pedro, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Si le temps est favorable, et que le soleil de montagne montre ses rayons, la température remonte rapidement et, si on n'est pas trop frileux quand même, on peut alors troquer la polaire pour le maillot et se baigner, ou tout simplement s'offrir une petite séance de bronzette.

Playa blanca, Lagune de Tota, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Allongé sur sa serviette,  les doigts de pieds en éventail, et un gros roman policier à portée de main au cas où (mais en fait non...), l'illusion est parfaite. Le sable de Playa Blanca (la plage blanche), est aussi fin et clair que celui de son homonyme d'Isla de Baru, près de Cartagena, la plus belle de Colombie. 

Playa Blanca, Lagune de Tota, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre
(vous pouvez cliquer sur la photo pour avoir une plus grande image)

Pas de langouste ni de riz coco dans les cantines alentour, mais de très bonnes truites arc-en-ciel, qui sauront remonter agréablement le voyageur épuisé par tant d'activités sportives (ou juste mis en appétit par la sieste entamée à la page 3 de l'enquête de Rouletabille...). 

Mais comme vous le savez, Colombia Tierra Herida ne peut s'empêcher de mettre le doigt là où ça fait mal, même quand il s'agit d'un sujet touristique, et puisqu'on parle de truite, reportons ici la préoccupation formulée par certains pêcheurs qui observent une importante dégradation de la qualité des eaux du lac, une inquiétude partagée par d'autres riverains, notamment les acteurs de l'industrie touristique et hôtelière locale.

Aquitania, le 13 janvier 2010. Culture d'oignons près de la lagune de Tota. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

La cause en serait les engrais utilisés par les agriculteurs qui cultivent les oignons dont nous parlions en début d'article. S'écoulant tous naturellement dans le lac avec les eaux de pluie, les résidus chimiques, outre leur toxicité pour le poisson (et soit-dit en passant pour l'humain qui le consomme ensuite...), favorisent la croissance d'algues qui envahissent petit à petit la lagune au point d'en occuper aujourd'hui plus de la moitié du volume. Ce dont aura d'ailleurs pu se rendre compte le lecteur  imprudent qui se serait laissé tenter par la plongée proposée tout à l'heure...

Lagune de Tota, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Plus grave encore, le réservoir s'assèche. Parmi les raisons invoquées, la détérioration du paramo, cet écosystème d'altitude qui retient, stocke et régule l'eau dans de telles quantités qu'on pourrait le comparer à un glacier végétal. La lagune aurait ainsi perdu près de 20 km2 en 50 ans, laissant craindre un processus de disparition progressive mais inéluctable.

Lagune de Tota, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Ceci étant dit, elle est encore là, alors profitez-en. Il n'y a pas trop de monde, c'est toujours pas indiqué dans le Lonely Planet, courez-y, c'est une belle destination de week-end quand même. Et puis si l'économie locale se met à dépendre pour une plus grande part du tourisme, peut-être que ça incitera les habitants à faire plus attention à leur environnement, à faire pression sur les producteurs d'oignons pour assainir leurs pratiques, et à protéger leur paramo, qui sait ?

Playa blanca, lagune de Tota, le 13 janvier 2010. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

dimanche 11 octobre 2009

Des arbres contre la mine d'or


Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre


Les étudiants de l'université d'Ibague, dans le Tolima, ont eu une idée originale pour manifester leur opposition au projet de mine d'or de la Colosa, sur une concession attribuée à la AngloGold Ashanti.  


Ibague, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre
 Partis le matin de la capitale régionale dans une demi-douzaine d'autocars loués pour l'occasion, un peu plus de deux cent étudiants et militants écologistes d'Ibague rallient la petite ville de Cajamarca, située près de la zone aurifère, et où la compagnie sud-africaine a établi un bureau chargé de superviser le projet d'exploitation. D'après le gouvernement colombien et la communication de l'entreprise elle-même, il s'agirait d'un des plus importants gisements au monde.  Autant dire qu'il y a là des enjeux financiers considérables. Derrière les bus  ornés de banderoles représentant montagnes, fleuves et animaux, suivent deux camions chargés à bloc de petits baliveaux destinés à être plantés sur le terrain de la future mine. 

Le projet peut paraître dérisoire, voire utopique. Des arbres contre la mine. Imaginer protéger des grenouilles contre la logique économique mondiale avec de fragiles brindilles.  Une lutte perdue d'avance digne d'une production Walt Disney, le happy end en moins. Mais le geste est symbolique. Semer la vie là-même où l'on prévoit de violer la terre et de la rendre infertile à jamais. Une reforestation préventive en quelque sorte...


Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Arrivés aux abords de Cajamarca, les étudiants descendent des bus et déploient leurs banderoles, en se réjouissant de ce que la pluie qui tombait depuis le matin se soit arrêtée avec tant d'à-propos pour une belle entrée en cortège dans la ville. La bourgade, d'un peu moins de 10.000 habitants, avait eu les honneurs de la presse nationale en 2004, quand des soldats y avaient massacré une famille de cinq personnes, parmi lesquelles un bébé de six mois, qu'ils auraient soit-disant confondu avec des guérilleros des FARC. Épargnés par la justice militaire, sept militaires avaient néanmoins été inculpés l'année suivante par le Procureur général de la Nation des charges d'homicide sur personnes protégées, des preuves ayant été rassemblées que les victimes avaient été abattues à courte distance.

Cajamarca, le 11 octobre 2009. "Seulement après que... le dernier arbre soit coupé, le dernier fleuve empoisonné,
le dernier poisson attrapé, alors seulement tu sauras que l'argent ne peut pas se manger. Proverbe indien."
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Devant le pont qui sert d'accès à Cajamarca, les manifestants sont rejoints par un petit groupe de militants locaux de la CUT (Centrale Unitaire des Travailleurs, le principal syndicat interprofessionnel colombien) et d'ANTHOC (syndicat des fonctionnaires de la Santé et de la Sécurité Sociale). Si leurs slogans sur la dégradation des hôpitaux publics paraissent un peu éloignés du thème du jour, cette convergence des luttes est tout de même jugée bienvenue par les défenseurs de l'environnement qui veulent y voir un bon augure et ce renfort inattendu est accueilli avec force applaudissements. 

Cajamarca, le 11 octobre 2009. "Plus de promenades de la mort. Défendons les hôpitaux publics".
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

À la sortie du pont, l'accueil est plutôt froid. Il faut dire que le premier bâtiment de la ville est un bunker, peint couleur camouflage, suivi de la base militaire de Cajamarca, dans le même habit.  Et des deux côtés de la rue, le personnel de ladite base s'est déployé, armes à la main, formant une haie d'honneur entre lesquels défilent les manifestants, qui ont cessé les slogans et dont les visages se sont subitement fermés. Ambiance. 

Cajamarca, le 11 octobre 2009. "Plus de promenades de la mort. Défendons les hôpitaux publics".
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Une fois tout le monde passé, coup de jarnac, la police installe un barrage sur le pont et bloque les camions de l'autre côté de la rivière. Sans arbres à planter, il ne reste plus aux étudiants qu'à manifester à travers la ville et à improviser des discussions avec la population locale, peu informée des tenants et des aboutissants du projet, pour tenter de la rallier à leur cause. 

Cajamarca, le 11 octobre 2009. ESMAD (police anti-émeute). Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Au bout de quelques heures, alors que l'abattement menace de vaincre le bel enthousiasme qui a animé la matinée, un des deux chauffeurs, par une habile manœuvre, réussit à contourner le dispositif policier et à rejoindre les manifestants. 

Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

L'explosion de joie qui accompagne l'arrivée du camion plein de jeunes plants est cependant modérée du fait que le retard pris sur le planning rend hasardeuse la poursuite de l'opération prévue initialement. L'heure avance, et il y a la question du retour à Ibague avec les bus loués et les chauffeurs qui attendent. 

Cajamarca, le 11 octobre 2009. Des ESMAD (police anti-émeute) en pause déjeuner.Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Et puis, même si personne n'évoque directement le problème en ces termes, il y a pas mal de policiers et d'ESMAD (police anti-émeute, célèbre pour sa brutalité) dans la ville, et même si ils ont l'air plutôt détendus pour le moment, il parait peu probable qu'ils laissent le groupe entrer en effraction sur la concession sans réagir. 

Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

l'AngloGold Ashanti où une partie des arbustes sont repiqués dans un joyeux désordre. 

Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Cajamarca, le 11 octobre 2009.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
On voit bien que certains étudiants ici ont plus l'habitude de planter des théories que des  végétaux, mais la bonne volonté suppléant à l'expérience, le terrain se trouve quand même rapidement foré de centaines de petits trous dans lesquels sont déposés différentes espèces d'arbrisseaux. Enfin, pelles et binettes sont rangées dans le camion, et un rassemblement sur la place principale de Cajamarca vient clôturer la journée.

Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Quelques brefs discours et un mini concert de rap (peut-être pas le meilleur choix de musique pour ce qui est de l'objectif d'associer les gens du cru à la mobilisation), et puis tout le monde remonte dans les cars.

Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

L'ambiance sur la route du retour à Ibague est moins animée qu'à l'aller. Les étudiants sont fatigués et un peu déçus de ne pas avoir réussi à remplir l'objectif initial, mais la plupart a le sentiment que la journée n'a tout de même pas été tout à fait inutile.

Cajamarca, le 11 octobre 2009.
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

On pourra objecter qu'au final ce seront certainement des centaines de pousses d'arbres qui auront été plantées pour rien, qu'elles seront évidemment arrachées et détruites, et que si l'intention est bonne et le geste (même incomplet) est beau, le bilan écologique concret n'est pas forcément convaincant. Ce serait oublier l'impact médiatique d'une telle action, et son poids dans le processus de mobilisation de la population locale, partagée entre l'espoir des retombées économiques de l'exploitation minière et la crainte de voir son environnement contaminé.



Plus que des arbres, c'est peut-être le doute que les étudiants ont réussi à semer chez les habitants de Cajamarca...


Cajamarca, le 11 octobre 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre