dimanche 25 août 2013

Paro Agrario en el Huila: Gobiernos nacional y regional intentan impedir y criminalizar la mobilización campesina / Grève du secteur rural : le gouvernement national et régional cherche à empêcher et à criminaliser la mobilisation paysanne

Desde el 19 de agosto, primer día del paro nacional agrario y ilimitado, el Huila conoce varios putos de concentración. Pero los manifestantes encontraron sistemáticamente, una oposición violenta por parte de la fuerza pública, negando sus derechos constitucionales de manifestar. En el nororiente del Huila, 400 campesinos están inmovilizados por la policia. La situación está similar en La Plata, en el sur. Igualmente, se habla de 2500 personas, delegados de todos los municipios del departamento vecino Caquetá, forzadas a quedarse en la vereda de San Luis, à 15 mn de la vía central con la ciudad de Neiva, capital del Huila. Otras delegaciones del Caquetá deben unirse a la concentración en los días que vienen.
Este reportaje foto da cuenta de la movilización campesina del municipio de Algeciras (Huila) y de la reserva campesina El Pato-Guayabal (Caquetá), y también de las violencias y de las medidas de restricción por parte de la fuerza pública. La concentración, ubicada en el sitio conocido como La Pollera, a 2 km de la vía central hacia Neiva, reunió estos días cerca de 3000 campesinos.


Depuis le 19 août, première journée de grève nationale illimitée du secteur rural, le département du Huila connaît plusieurs centres de rassemblement. Mais les manifestants ont systématiquement rencontrés une opposition violente de la part des autorités publiques, niant leurs droits constitutionnels à manifester. Dans le nord-est du Huila, 400 paysans ont été immobilisés par la police. La situation est similaire à La Plata, municipalité située dans le sud ouest du département. De même, on parle de 2500 personnes, délégués provenant de toutes les municipalités du département voisin du Caquetá, contraintes à rester dans les alentours du village de San Luis, à 15 mn de la route centrale menant à Neiva, capitale du Huila. D'autres délégations du Caquetá doivent s'unir dans les jours qui viennent à cette concentration.
Ce reportage photo rend compte de la mobilisation des paysans venant d'Algeciras (Huila) et de la réserve paysanne El Pato-Guayabal (Caquetá), ainsi que des violences et des mesures de contention menées par la force publique. La concentration, située au lieu-dit La Pollera, à 2 km environ de la route centrale vers Neiva, a regroupé ces derniers jours près de 3000 paysans.

19 de agosto, salida de Algeciras para intentar de llegar a la vía central / 19 août, départ d'Algeciras pour tenter de rejoindre la route centrale
Retén militar y registro de los manifestantes en la salida de Algeciras / Barrage militaire et fouilles des manifestants à la sortie d'Algeciras

Encontrando un retén de policia antes de la vía central, la caravana se inmoviliza en La Pollera y instala los cambuches / Ayant rencontrés un barrage de police avant la route centrale, la caravane s'arrête à La Pollera et commence à installer le campement

20 de agosto, 12h42, un elicoptero de la policia sobrevuela varias veces el punto de concentración / 20 août, 12h40, un hélicoptère survole plusieurs fois la concentration

01h15 pm, una delegación compuesta de campesinos, défensores de DDHH, periodistas, bomberos, encontra en la cima de una loma vecina a los cambuches un artefacto de la policia /  13h15, une délégation composée de paysans, défenseurs des droits de l'Homme, journalistes et pompiers trouve en haut d'une colline voisine des campements un fumigène de la police

Los bomberos de Campo Alegre constatan la presencia del artefacto despues del paso del elicoptero y hacen una denuncia / Les pompiers de Campo Alegre constatent la présence de l'objet et font un rapport auprès des autorités

El artefacto ocasionó un incendio de 1/4 de hectárea de pasto / L'objet a occasionné l'incendie d'un quart d'hectare de prairie

21 de agosto en la mañanita, baños en el rio cerca de los cambuches / 21 août, tout début de matinée, bains et toilettes au bord du fleuve près du campement

La vida se organiza en los cambuches de cada vereda / La vie s'organise dans les campements de chacun des villages

22 de agosto, 6h00 am, mientras que los campesinos intentan llegar a la via central, son bloqueados por una tanqueta y policia del Esmad y reciben gaz lacrimógeno / 22 août, 6h00, alors que les paysans cherchent à rejoindre la route centrale, ils sont bloqués par un camion et des forces anti-émeutes et reçoivent des gaz lacrymogènes

Una madre con sus 5 niños son intoxicados por el gaz lacrimógeno y son muy asustados / Une mère et ces 5 enfants sont intoxiqués par les gaz lacrymogènes et sont terrifiés
Uso de una honda por parte de un policia del Esmad / Usage par un policier anti-émeute d'une fronde

Tiro horizontal de lacrimógeno apuntando manifestantes / Tir tendu de lacrymogène visant des manifestants

Un elicoptero de la policia sobrevuela el sitio todo el tiempo de los enfrentamientos… / Un hélicoptère de la police survole le site sur toute la durée des affrontements…

…y envia gaz lacrimógeno / …et envoie des gaz lacrymogènes

Ejemplo de los proyectiles enviados por elicoptero / Exemple des projectiles envoyés depuis l'hélicoptère

Los manifestantes campesinos bloquean la vía con arboles / Les manifestants paysans bloquent la route avec des arbres

9h15, salida en emergencia de dos heridos hasta el hospital de Neiva, uno en la cabeza… / 9h15, sortie en urgence de deux blessés vers l'hospital de Neiva, l'un à la tête…

… el otro en la mandíbula (caminante a la derecha). Una pausa en los enfrentamientos se organiza / …l'autre à la machoire (marcheur à droite). Une pause dans les affrontements s'organise

La herida en la mandíbula es por bala como astetiga los rayos X pasados en el hospital. El informe medical explica : "densidad ósea normal. Se encuentra cuerpo extraño con densidad metálica (proyectil de arma de fuego, PAF y esquirlas) localizado en maxiliar derecho." / La blessure à la machoire est par balle, comme en témoigne la radio effectué à l'hôpital. Le rapport médical indique : " Densité osseuse normale. Un corps étranger de densité métallique (projectile d'arme à feu, PAF et fragments) est localisé dans le maxilaire droit."

10h28, en un cambuche, cuidados con pocas medidas de un herido en la cabeza / 10h28, dans un campement, soin avec très peu de moyens d'un blessé à la tête

12h39, un herido en la pierna recibe cuidados / 12h39, un blessé à la jambe reçoit des soins

6h00 pm, una asamblea con los lideres de cada vereda se organiza. El balance del día se concluye con 3 detenidos y 2 heridos reportados en el hospital / 18h00, une assemblée des représentants de chaque village s'organise. Le bilan rend compte de 3 détenus et 2 blessés comptabilisés à l'hôpital
Noticias en desarrollo… / à suivre…

dimanche 7 octobre 2012

Tournée européenne du Congreso de los Pueblos

En Suisse


Du 21 au 26 octobre Marylén Serna Salinas, une des plus importantes dirigeantes du mouvement populaire colombien sera en Suisse. Marylén vient pour parler de la réalité colombienne et notamment du travail du Congrès des Peuples (El Congreso de los Pueblos) et des autres secteurs du mouvement social, à la recherche d’une paix qui soit participative et porteuse de changements vers une justice sociale.

La dirigeante sociale colombienne réalisera la conférence « Le mouvement social colombien vers une proposition de paix participative » à Lausanne (22.10), Zurich (23.10), Neuchâtel (24.20), Berne (25.10) et Genève (26.10) à 19h30 (plus d’informations dans le Flyer)


                       

                        Congreso de los Pueblos: proposition de pays pour une vie digne.


Le Congrès des Peuples (Congreso de los Pueblos) est un processus social et populaire qui prend forme tout au long du territoire colombien. Composé de milliers de personnes, de centaines d’organisations issues de diverses régions, de nombreux secteurs et de dynamiques variées : les travailleuses, les travailleurs, les paysans, les paysannes, les saisonniers, les journalières, les filles et les fils de la terre, les peuples indigènes, les descendants d’Afrique, les femmes dignes et libres, les pêcheurs en mers et en rivières, les livreurs, les taxis et les camionneuses, les étudiantes, les professeurs et les éducatrices populaires, les expériences de résistance au capital, à l’Etat et à la guerre, les pauvres, les marginalisés, les exclues, les artistes et les artisanes.
Ce sont mille voix, résistances et initiatives nées de la diversité sexuelle, des habitants de la rue, des quartiers, des ceintures de misère des grandes villes, des communicatrices et communicateurs populaires, des détenus et détenues dans les prisons, des défenseurs des droits humains, des croyants en nos dieux, des croyantes en la justice, des absentes et des victimes, des enfants, du rire, de l’imagination illimitée, des jeunes qui résistent à l’oppression d’un système policier, enfin, de tout le pays, des peuples qui y vivent.
Le Congrès des Peuples construit notre identité à partir de la diversité, recueille les expériences accumulées des mouvements sociaux et fait le pari de rassembler et d’interpeler le pays populaire pour entreprendre, par des actions communautaires issues de mandats des communautés mêmes, les constructions nécessaires pour défendre les territoires urbains et ruraux et retrouver une vie digne.
Pour avancer vers cette Colombie digne que toutes et tous nous méritons, le Congrès des Peuples part d’une critique radicale du capitalisme –modèle de vie non viable- et remet en question toute la rationalité qui structure nos précaires systèmes sociaux actuels. Le Congrès des Peuples travaille –à partir des réalités locales et régionales-à la construction d’une pensée nouvelle et d’une nouvelle dynamique qui rétablissent l’équilibre social et naturel de la Colombie en particulier et de la planète en général.

Axes et mandats de travail

Ce processus social, populaire et politique concrétise cette vision par des mandats qui expriment la volonté populaire et concernent les axes de travail suivants :
Terre, territoire et souveraineté dans une vision d’autonomie et d’autodétermination issue des communautés.
Economie au service de la vie et contre la législation de la spoliation : Affronter le modèle de production basé sur la spoliation et l’inégalité et travailler pour construire une autre logique économique, portée par les gens en accord avec la nature. Le Congrès des Peuples refuse l’économie extractive, l’exploitation minière à grande échelle, les monocultures, le négoce sur les matières premières et la stratégie de militarisation et de contrôle territorial qui accompagne ces projets.
Construction de pouvoir pour le bien vivre compris comme processus et comme moyen pour libérer les potentialités de la vie, sociale et naturelle, qui permettent de récupérer son intégrité et son harmonie.
Culture, diversité et éthique du commun
. Le Congrès des Peuples cherche à donner de la force aux valeurs chères à celles et ceux qui réellement portent le poids du pays, donnant corps à une éthique qui respecte et renforce la vie et repousse la mort, à une culture qui rompe avec l’oppression
patriarcale, pour l’équité de genre, le respect et la protection des droits sexuels et reproductifs des femmes, et pour une vie sans violences. Il s’agit de construire des valeurs et une éthique qui privilégient le bien commun sur l’appât du gain et d’instaurer une culture de la solidarité.
Vie, justice et cheminement vers la paix. Pour construire un pays pour toutes et tous, il est nécessaire de parier sur la paix et la justice. Le déséquilibre social, économique, politique et culturel imposé constitue l’essence du conflit. Pour cela, la résolution du conflit ne peut être ni conjoncturelle ni partielle, mais ne peut que partir du caractère de la vie même et de la nature de ses relations.
Violation des droits et accords non tenus : Tous ces derniers siècles, les accords que les mouvements sociaux et politiques ont conclu avec les gouvernements ont été ignorés, trahis, rompus et tergiversés. De la même façon, nos droits ont été systématiquement violés et méconnus. Comme exercice de mémoire qui renforce et donne un fondement à notre lutte, nous devons rendre compte de la manière dont nos intérêts ont été bafoués.
L’union des peuples et la globalisation des luttes. Le Congrès des peuples travaille dans une perspective continentale et mondiale pour renforcer la diversité, la force et la capacité des peuples pour construire un monde meilleur et aussi pour contribuer aux luttes pour un monde nouveau.

En route pour l’unité du mouvement populaire colombien

Le Congrès des peuples travaille et lutte pour l’unité des mouvements sociaux et politiques qui expriment et représentent les intérêts populaires. Il reconnaît les importantes initiatives que sont le Polo Democrático Alternativo, la Marcha Patriótica, la Mesa Amplia Nacional Estudiantil (MANE), le Mouvement de Victimes de Crimes d’Etat (MOVICE), les syndicats, la Coalition de Mouvements Sociaux de Colombie, entre autres, et travaille avec ces mouvements à la construction d’un projet politique d’unité populaire. La solidarité et la fraternité dans les luttes populaires et dans les processus de construction locaux, régionaux et nationaux sont un des mandats du Congrès des Peuples.
Actuellement le Congrès des Peuples fait partie de la Coordination Nationale d’Organisations Sociales et Politiques de Colombie et de la Ruta Social Común para la Paz.
En chemin, le Congrès des Peuples développe des espaces tels que le Congrès de Terres, Territoires et Souverainetés, le Congrès de l’Education, le Congrès de Paix et le Congrès des Femmes, en même temps qu’il commence à articuler des initiatives d’organisations urbaines.

Marylén Serna Salinas

Femme paysanne, dirigeante du Mouvement Paysan de Cajibío (MCC) et de la Coordination Nationale Agraire(CNA). Elle a dédié sa vie à l’animation d’organisations de femmes, de jeunes, de victimes de crimes d’Etat, d’enfants et de producteurs biologiques, toujours dans l’idée de construire des propositions de développement alternatif dans le département du Cauca, sa terre natale.
Marylén est une des promotrices du Plan de Vie Digne pour Cajibío, est porte-parole nationale de la Minga de Résistance Sociale et Communautaire de Colombie et fait partie de la Commission d’Articulation et Relations du Congrès des Peuples.


 




jeudi 21 juin 2012

La loi de restitution des terres : Justice ou supercherie ?

     En 2011, le gouvernement de Juan Manuel Santos suscitait d’importants espoirs lors de l’adoption de la loi sur la restitution des terres et la réparation aux victimes du conflit armé. Il apparaît aujourd’hui que loin de servir les intérêts des communautés paysannes, indigènes et afrodescendantes qui ont été massivement chassées de leurs terres au cours des deux dernières décennies, la loi bénéficie surtout aux grandes entreprises nationales et multinationales par le biais d’une sorte de légalisation de la dépossession. 

Bogotá, le 1er mai 2011. Sur les pancartes : "Uribe, rendez-vous à la Cour Pénale Internationale", "On m'a déplacé, et maintenant on me
menace pour réclamer la terre", "Je suis un survivant du génocide de l'Union Patriotique", "Rendez-moi la terre qu'on m'a volé",...
Photo : D. Fellous/Libre arbitre

     Pour faire le point sur la situation, l'association Turpial pour la défense des droits de l’Homme en Colombie et le syndicat paysan Uniterre vous invite à assister le vendredi 29 juin 2012 à une conférence à Genève, en Suisse, avec la participation de Franklin Castañeda, porte-parole du Mouvement National des Victimes de Crimes d’État (MOVICE) et Fabian Oyaga, chercheur de l’Institut Latino-Américain pour une Société et un Droit Alternatif (ILSA), et spécialiste de la question des terres en Colombie.



Loi sur la restitution des terres en Colombie :  

Justice ou Supercherie ?

Conférence à Genève, Suisse 

le VENDREDI 29 JUIN 2012 À 19H00

UOG
Place des Grottes 3 
(lignes TPG 3, 6, 9, 10, 14, 19 arrêt « Lyon »)




              Loi sur la restitution des terres en Colombie : justice ou supercherie ?

     En Colombie, depuis les années 80, une violence systématique et généralisée a engendré une concentration sans précédent de la propriété de la terre. Les pratiques d’assassinats, d’agressions, de violences sexuelles ou le déplacement forcé des populations ont pour but de chasser les communautés paysannes de leurs terres et restent aujourd’hui largement impunies. Selon les chiffres officiels, au moins six millions d’hectares ont été spoliés aux communautés rurales.

     Au cours des deux dernières décennies, la « contre-réforme agraire » a remodelé les campagnes colombiennes. A feu et à sang, les paramilitaires se sont emparés des meilleures terres du pays pour servir les intérêts de narcotraficants, de grands propriétaires terriens et de multinationales qui exploitent les ressources naturelles à grande échelle.

     Les communautés paysannes, indigènes et afrocolombiennes se sont mobilisées, en dépit des menaces et avec toutes les limitations causées par le conflit armé, pour exiger la restitution de leurs terres et le respect de leurs territoires. Parallèlement, les organisations de défense des droits humains qui les accompagnent ont déployé des stratégies pour contribuer tant à l’exigence de justice qu’à la défense de la vie et de l’intégrité physique des communautés qui revendiquent leurs droits.

     Dans ce contexte, le gouvernement du président Santos fait approuver par le Parlement en 2011 la Loi pour la restitution des terres et pour la réparation aux victimes. Or, la situation des populations paysannes est plus précaire que jamais. A ce jour, la restitution n’existe que sur le papier et des dizaines de paysans qui luttent pour récupérer leurs terres ont été assassinés ces deux dernières années. Cette réforme, qui avait suscité de grands espoirs parmi les victimes, semble aujourd’hui servir avant tout les intérêts des grandes entreprises nationales et transnationales de monocultures, de mines et du pétrole, en légalisant la possession des terres spoliées en échange de compensations dérisoires versées aux paysans déplacés.

     Le 29 juin prochain, deux membres d’organisations colombiennes de défense des droits humains seront avec nous à Genève pour analyser cette situation.

Franklin Castañeda est porte-parole du mouvement national de victimes de crimes d’Etat, Colombie. 

Fabian Oyaga est chercheur l’organisation ILSA, spécialiste de la question paysanne en Colombie.



VENEZ NOMBREUX !

mardi 19 juin 2012

Ouvrir les Yeux


Le dimanche 1er juillet, au Palais des Congrès du Touquet, vous avez l'occasion de vous offrir une belle photo, tout en soutenant la recherche médicale. L'association Ouvrir les Yeux y organise une vente aux enchères de tirages au profit de la lutte contre les maladies du nerf optique. 


137 images produites par des photographes au nom parfois prestigieux - comme Marc Riboud, Jane Evelyn Atwood ou Jean-Marc Bugat, et j'en passe - mais aussi par une nouvelle génération de photojournalistes moins connue du grand public mais tout aussi talentueuse, avec, parmi d'autres, Florence Gaty, Corentin Folhen, Lizzie Sadin, Cyrus Cornut, Fréderique Jouval, Guillaume Collanges, Jeromine Dorigny, Cedric Faimali...
  
Vous pouvez voir un diaporama du catalogue de la vente en ligne ou le télécharger en pdf (10 Mo).
 
Le résultat de la vente, sous l'égide de Maître Henri Anton, sera reversé pour moitié à l'association et pour moitié au photographe.
Alors tout ça est très bien, et 'ouvrir les yeux',  c'est ce qu'essaye aussi de faire ce blog à sa façon, mais quel rapport avec la Colombie, me direz vous... ??



Et bien tout simplement, parmi les photographes participant à la vente, et aux côtés de ses collègues Fabrice Dimier et Guillaume Plisson, du collectif Libre arbitre,  figurera le principal contributeur de photos de Colombia Tierra Herida, Damien Fellous, qui y proposera un tirage extrait de sa série Les Guérill'Ados de l'ELN, un sujet effectué entre 2007 et 2008, récompensé par un coup de cœur à la Bourse du Talent Reportage en 2008 et par le prix spécial du jury aux Days Japan International Photojournalism Awards en 2009. 

Colombie, 24 décembre 2007. Katia et Liza, jeunes guérilleras de l'ELN (Ejercito de Liberacion Nacional, Armée de Libération Nationale).
Sur le t-shirt de Katia on peut lire l'inscription floue "Demasiado sexo nubla la vista" (Trop de sexe trouble la vue).
Tirage 50x75 cm, contrecollé sur une planche d'aluminium de 2 mm. Photo : D. Fellous/Libre arbitre.

Et comme les 50% du produit de la vente revenant au photographe lui serviront à financer les prochains reportages qui nourriront les posts de ce blog, en achetant ce tirage, vous soutenez à la fois la recherche médicale et la presse indépendante !! 

Deux bonnes actions pour le prix d'une, et un tirage de qualité dans votre salon en prime, que demande le peuple ?

jeudi 31 mai 2012

Libre !

Un court post pour nous réjouir de la libération de notre collègue et ami Roméo Langlois, de retour à Bogotá hier soir après avoir passé un peu plus d'un mois retenu dans un campement des FARC dans le Caqueta. 

Bogotá, le 31 mars 2012. Le journaliste français Roméo Langlois (à droite) est accueilli par son collègue Simone Bruno, correspondant
 comme lui de France 24 en Colombie, à son arrivée à l'Ambassade de France où il s'apprête à donner une conférence de presse au
lendemain de sa libération après avoir passé plus d'un mois retenu dans un campement des FARC. Photo : D. Fellous/Libre arbitre



Nous reviendrons plus tard sur les circonstances de cette rétention et de cette libération, sur les propos tenus par Roméo lors de sa remise à une équipe du CICR puis lors de la conférence de presse de ce matin et la polémique qu'ils ont immédiatement provoqué, sur les commentaires malveillants effectués par l'ex-président Alvaro Uribe Velez à travers son compte Twitter, et enfin sur les répercussions politiques de toute cette histoire et son impact éventuel sur la possibilité d'ouvrir un processus de paix dans le pays.

Nous publierons également rétroactivement un post écrit une semaine après sa disparition, dont il avait été jugé préférable de différer la mise en ligne afin de ne pas prendre le risque d'interférer avec les diverses démarches en cours pour avoir des information sur le sort de Roméo et tenter d'obtenir sa libération rapide.

Mais pour l'instant, nous nous limiterons à une seule chose : exprimer notre joie et notre soulagement de voir Roméo de retour parmi nous, sain, sauf, et surtout en forme, avec un moral d'acier, un humour mordant et une détermination journalistique intacte.


¡ Bienvenido a casa, hermano !


dimanche 29 avril 2012

Le journaliste Roméo Langlois disparaît dans le Caqueta

      Après quatre mois de silence, Colombia Tierra Herida reprend du service pour une actualité douloureuse. Notre confrère et ami Roméo Langlois, dont nous avons déjà loué le travail dans une note de ce blog est porté disparu depuis hier, alors qu'il suivait pour France 24 une unité de l'armée colombienne en mission dans le Caqueta pour détruire des laboratoires de fabrication de pate base de coca.
 
Roméo Langlois au carnaval de Barranquilla en février 2009. Photo : D. Fellous/Libre arbitre

      Peu après avoir été déposés sur zone en hélicoptère, à quelques kilomètres seulement du lieu de l'enlèvement d'Ingrid Betancourt il y a tout juste 10 ans, les soldats sont tombés dans une embuscade que leur tendaient des guérilleros des FARC. Le combat a duré plusieurs heures et les militaires y ont laissé quatre morts et une dizaine de blessés. D'après le ministre de la défense colombien qui s'est exprimé dans une conférence de presse aujourd'hui, Roméo aurait vu le soldat chargé de sa protection mourir à ses côtés et aurait lui-même été blessé au bras avant de retirer son casque et son gilet pare-balles et de se mettre à courir en direction des guérilleros. Le gouvernement français, par la bouche d'Alain Juppé, assure qu'il est prisonnier des FARC, tandis que pour le colombien il est pour l'instant simplement considéré comme disparu...

      De notre côté, on conjure les forces armées colombiennes de ne pas lancer d'opération destinée à le libérer et qui ne ferait que mettre inutilement sa vie en danger quand on sait que les FARC ne retiennent en général pas les journalistes et qu'elles ont d'ailleurs déclaré il y a quelques mois renoncer totalement aux enlèvements de civils, en conséquence de quoi si réellement Roméo est aujourd'hui entre leurs mains, on peut raisonnablement espérer le voir réapparaitre parmi nous sous peu, le temps d'organiser les conditions "logistiques" de sa libération. La question la plus préoccupante étant peut-être celle de sa blessure, et de la possibilité qu'il a eu de recevoir des soins dans des délais suffisants. Mais ce qu'on espère par dessus tout,  c'est l'entendre nous raconter lui-même très vite les détails de cette histoire, avec la gouaille et la désinvolture qui lui sont si propres.

  

Te esperamos aqui hermano !



samedi 31 décembre 2011

Punto Final

Constatant le désengagement progressif de sa rédaction collective, et bien que déplorant que les blessures personnelles de son principal contributeur prennent plus d'importance pour lui que celles qui affectent la Colombie dans son ensemble, Colombia Tierra Herida prend acte de cette sécheresse éditoriale et décide en conséquence de baisser le rideau.

Veuillez nous excuser pour cette interruption définitive de l'image et du son.

Nous voulons remercier ici tous les lecteurs qui ont pris le temps de lire nos articles et nous espérons que ceux-ci leur auront parfois appris quelque chose sur ce pays et, qui sait, auront participé à en décider certains à s'engager pour cette terre plus blessée que jamais.

mercredi 19 octobre 2011

Campo Rubiales : Les damnés du pétrole

Du 10 au 14 octobre se déroulait dans le département du Meta une caravane itinérante dont l'objectif était d'atteindre Campo Rubiales et Campo Quifa et les installations pétrolières de l'entreprise canadienne Pacific Rubiales Energy pour aller à la rencontre des travailleurs. Mobilisés depuis juin dernier, ils dénoncent la précarité de leur embauche mais aussi leurs conditions de vie dans les camps de travail de l'entreprise. Quant aux communautés alentours, la richesse de leur terre leur échappe en dépit de leur proximité avec des exploitations générant près de 25 % de la production nationale de pétrole.

L’action a associé plus d’une cinquantaine d’organisations sociales nationales et internationales. Elle a aussi permis l’entrée dans la zone des représentants nationaux et départementaux de l’Union Syndicale Ouvrière de l’industrie pétrolière (USO) et de la Confédération Unie des Travailleurs (CUT) alors que le droit syndical y est particulièrement bafoué. Campo Rubiales et Campo Quifa sont situés au cœur du Meta, dans une zone particulièrement isolée. La superficie totale de ces deux zones avoisine les 1 900 km2. À Campo Rubiales, 14 000 travailleurs sont dispersés sur les différents sites d’exploitation. En dépit de la présence de villages de colons et de communautés autochtones, la zone est fermée et l’accès par la route est strictement contrôlée par un personnel privé. Une autorisation délivrée par Pacific Rubiales ou ses entreprises sous-traitantes est nécessaire et l’on prend les empreintes et les photos de chaque entrant, qu’il soit travailleur ou habitant. L’entrée de la caravane dans la zone voulait aussi signifier un acte symbolique de récupération de la souveraineté nationale sur ces territoires laissés au contrôle de la multinationale.





Le mouvement a commencé fin juin et les moments forts en ont été la déclaration de grève et d’assemblée permanente du 18 juillet puis une nouvelle entrée en grève du site de Campo Rubiales le 20 septembre. En plus d'une demande de hausse des salaires, il s’attache à dénoncer le mode d’embauche. La mise sous contrat des travailleurs s’appuie sur un système d’entreprises sous-traitantes permettant d’amplifier la flexibilisation que le droit du travail colombien connaît déjà depuis l’importation des thèses néolibérales dans le pays au début des années 1990. Les contrats de travail sont de 28 jours et comprennent trois semaines continues de travail pour une semaine de repos en dehors du site. En sortant du site, les travailleurs ne savent jamais s’ils pourront obtenir un nouveau contrat. Cette flexibilisation des conditions de travail soumet les travailleurs à une pression permanente, alors que nombreux sont ceux qui enchaînent les contrats mensuels et les mois de travail sur le site. Elle permet aussi de contrôler toute contestation, le contrat n’étant pas renouvelé quand le travailleur énonce son désaccord. Lors de la caravane, nous avons d’ailleurs pu noter que la peur de perdre son emploi était permanente pour ces ouvriers, notamment chez les transporteurs qui, quand nous les avons visités, témoignaient volontiers mais refusaient toute prise d’enregistrement. Les manifestations de solidarité se sont d’ailleurs succédées tout au long de la semaine. Et l’adhésion à l’USO n’en est pas moins importante, le syndicat revendiquant plus de 5 000 adhérents pendant les grèves, des centaines d’autres ayant pris leur carte au moment de la caravane. Mais l’exercice syndical est profondément limité. Quand l’un de ces adhérents est repéré, son contrat n’est pas reconduit le mois suivant. Ainsi, de façon plus générale, Pacific Rubiales et entreprises sous-traitantes ont activement entravé les mobilisations en ne reconduisant pas les contrats de plus de 4 000 des employés présents pendant les grèves.

L’autre thème central de la mobilisation concerne les conditions de vie de ces travailleurs, littéralement parqués dans des campements où la promiscuité est permanente, les sanitaires souvent défaillants et la nourriture parfois avariés. Après de longues journées de travail, le plus souvent supérieures à douze heures continues, les ouvriers ne disposent d’aucun espace décent de repos et de distraction. Les dortoirs sont installés sous d’immenses tentes sans espace privé, dans des containers inhospitaliers ou dans des pièces sans fenêtres de moins de 15 m2 où quatre lits occupent tout l’espace.

Enfin, dernières observations et non des moindres, les habitants présents sur les zones d’exploitation, qui souvent travaillent aussi pour Pacific Rubiales, vivent dans une pauvreté extrême, dans des maisons aux murs de plastique ou aux planches récupérées et dont le sol est de terre (voir reportage photos). L’accès à l’eau est des plus précaires et génère des problèmes sanitaires et l’électricité souvent absente ou produite grâce à un groupe électrogène individuel, quand, dans l’installation pétrolière voisine, les éclairages fonctionnent à plein régime. La situation certainement la plus dramatique est celles de ces communautés autochtones. Les conditions de vie y sont encore plus précaires, les enfants souffrant de malnutrition et du lot de maladies qui y est associé, tandis que l’acculturation gagne chaque jour plus de terrain dans des communautés plongées dans l’apathie.

Bref, l’existence d’une extrême pauvreté à quelques centaines de mètres d’installations ultramodernes a de quoi choquer. La dénonciation peut paraître ici bien classique, une multinationale qui exploite les richesses d’un pays en bafouant le droit du travail et en ignorant les populations locales. Elle n’en est pas moins bien réelle et actuelle.

À son entrée en fonction en 2010, le président Juan-Manuel Santos avait annoncé axer sa politique de développement sur l’exploitation des ressources minéro-énergétiques. Un système de rente pétrolière est initialement prévu pour permettre la redistribution dans les municipalités d’une partie de l’exploitation. Or, le clientélisme est encore très fort en Colombie, d’autant plus dans un département comme le Meta, connu pour avoir été l’une des bases fortes du paramilitarisme. Comme nous avons pu le noter lors de la visite dans les villages, les populations locales vivent encore sous un régime de peur. Elles ne touchent concrètement aucun pourcentage de la rente pétrolière, quand elles ne sont pas menacées pour avoir osé la réclamer. Ainsi, les richesses de la terre continuent-elles à s’évader de leur région, et plus largement de Colombie.


Pour plus d'information (en espagnol), voir le site de l'USO et la déclaration produite à la fin de la caravane
Voir aussi l'interview de l'un des ouvriers licenciés, Edwin Sánchez.

Et les articles suivants :
La Caravana Humanitaria y Laboral finaliza su jornada en Campo Rubiales reunida con los trabajadores en el lugar donde tienen sus carpas.

Alrededor de 200 personas de la Caravana Humanitaria llegan a la vereda el Puerto Triunfo, donde está el pozo Quifa que explota la Pacific Rubiales hace 13 años

Hoy arranca una caravana humanitaria en solidaridad con las reivindicaciones laborales y sociales en los pozos petroleros de Puerto Gaitán (Meta)

mardi 11 octobre 2011

En route vers Campo Rubiales

Depuis hier, et jusqu'au 14 octobre, se tient dans le Meta une rencontre itinérante pour la défense des libertés syndicales, du droit du travail et des acquis sociaux. Nous tacherons de suivre cet événement à travers les informations et les photographies que nous envoie Sara G. Mendeza, qui accompagnera cette caravane tout du long.
 

Villavicencio, le 10 octobre 2011. Henry Jara, président de l'USO-Meta. Photo : Sara G. Mendeza.

Après une première manifestation hier qui a réuni plus de 200 personnes dans les rues de Villavicencio, et un meeting sur le Parc Libertadores ouù se sont exprimés plusieurs dirigeants de l'USO (Union Syndicale Ouvrière, le principal syndicat de l'industrie pétrolifère), la caravane s'est déplacée plus avant dans les Llanos dans le courant de l'après-midi et a terminé la journée par une autre marche rassemblant cette fois plus de 600 personnes à Puerto Gaitán.

Puerto Gaitán, le 10 octobre 2011. Arrivée dans la nuit de la marche pour les libertés syndicales. Photo : Sara G. Mendeza

Aujourd'hui se tient dans cette ville un Forum Pétrolier, acte politico-culturel que vous pouvez suivre  en direct ci-dessous grâce à Accion Informativa, avant que les participants ne partent en direction des campements des travailleurs du pétrole, bien décidés à atteindre Campo Rubiales coûte que coûte.

 Watch live video from accioninformativa on fr.justin.tv

14 h : Mise à jour  : La retransmission en direct est maintenant terminée. Vous pouvez revoir la vidéo du Foro Petrolero (en deux parties) ci-dessous :






mercredi 28 septembre 2011

Journée internationale du Droit à Savoir

Aujourd'hui on célèbre à travers le monde le droit à l'information, comme tous les 28 septembre depuis 2002, et le lecteur de ce blog en profitera certainement pour protester que celui-ci est honteusement bafoué par Colombia Tierra Herida, où aucune nouvelle note n'est venu répondre à ce droit fondamental depuis quelques longues semaines maintenant.

Il faut bien l'avouer, après un printemps très prolifique, le blog a été en sommeil presque tout l'été. Mais nous ne chantions pas comme la cigale, et si nous avons voyagé, ce ne fût pas pour prendre des vacances mais pour vous ramener une moisson de nouvelles histoires collectées aux quatre coins du pays.

Colombie, le 23 août 2011. Sur les routes du Cauca, quand il y en a pour 4, il y en a pour 5 (regardez bien...).
Photo : D. Fellous/Libre arbitre
 
Il va cependant falloir faire preuve d'encore un peu de patience, puisque le devoir nous appelle à nouveau sur le terrain pour couvrir le Congrès National des Terres, Territoires et Souverainetés à Cali du 29 septembre au 3 octobre puis à Cajamarca le 4 octobre. Vous pouvez suivre les discussions de ce rassemblement en vidéo et en direct ici.


 
Très bientôt, donc, une rentrée riche en  images et en information. Pour respecter votre droit à savoir, dans la diversité.

vendredi 29 juillet 2011

Cabildo abierto à Saravena, pour les droits de l'homme, la justice et la vie

Saravena, le 29 juillet 2011. Discours de Franklin Castaneda, du Movice (Mouvement des Victimes de Crimes d'Etat),
lors du Cabildo abierto pour les Droits de l'Homme, la Justice et la Vie. Photo : D. Fellous/Libre arbitre


Pour suivre en direct l'Assemblée populaire pour les Droits de l'Homme, la justice et la vie de Saravena (Arauca) : http://www.ustream.tv/channel/arauca

jeudi 21 juillet 2011

Gros dégâts à Toribio après l'attaque des FARC contre le poste de police

Après l'attaque simultanée attribuée aux Farc de positions de l'armée et de la police dans une demi-douzaine de villages du Cauca  la semaine dernière, causant plusieurs morts, civiles et militaires, ainsi que d'importants dégâts matériels, en particulier à Toribio ou une Chiva-bombe a explosé près du poste de police, pulvérisant plusieurs dizaines de maisons alentour, Colombia Tierra Herida a décidé d'interrompre les vacances bien méritée de sa rédaction pour l'envoyer enquêter sur place. Nous vous livrerons ici leur reportage dès leur retour, d'ici là voici juste quelques images des dégâts visibles à Toribio.

Colombie, le 20 juillet 2011. Un membre de la garde indigène à Toribio, dans le Cauca, après les violents affrontements
entre la guérilla et la police qui ont causé la mort de plusieurs civils, ainsi que la destruction de dizaines de maisons
du village. Photo D. Fellous/Libre arbitre


Colombie, le 20 juillet 2011. Maisons de civils détruites après de violents affrontements entre les Farc et la police
colombienne à Toribio dans le Cauca. Sur le t-shirt on peut lire "Quelle honte la guerre".
Photo D. Fellous/Libre arbitre

Le poste de police de Toribio, dans le Cauca, Colombie, après l explosion d une chiva'bomba, un camion piégé, le 20 juillet 2011.
Photo D. Fellous/Libre arbitre

jeudi 30 juin 2011

La libération d'Ingrid Betancourt payée 100.000.000 $ ?

Coïncidence de l'actualité, alors qu'à Paris la presse s'interroge pour savoir si une rançon a été payée pour obtenir la libération hier matin des deux journalistes de France 3, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier (que nous sommes, au passage, soulagés de voir revenir vivants de cette longue épreuve), otages depuis 18 mois en Afghanistan, en Colombie la même polémique vient de surgir autour de la libération il y a trois ans d'Ingrid Betancourt et de 14 militaires otages des FARC ( Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, principal mouvement de guérilla colombien, marxiste).

Bogotá, le 29 juin 2009. Panneau commémoratif de l'armée colombienne à l'approche du premier anniversaire
de l'Opération militaire Jaque, un "Orgueil pour toujours". Photo : D. Fellous/Libre arbitre

Tout le monde se souvient de l'Operación Jaque (l'Opération Échec), menée par l'armée colombienne le 2 juillet 2008. Ce jour là, des soldats déguisés en guérilleros, en journalistes, et en médecins réussissaient à exfiltrer la franco-colombienne, prisonnière des FARC depuis plus de six ans, et ses compagnons de détention, trois agents américains et onze soldats et policiers colombiens, sans avoir eu à tirer un seul coup de feu. Grâce à ce stratagème digne d'un épisode de "Mission Impossible"  - et qui soit dit en passant constituait un crime de guerre, l'utilisation du logo du CICR (Comité International de la Croix Rouge) par des soldats pour tromper l'ennemi constituant une violation de la Convention de Genève... - les soldats réussissait à convaincre César, le responsable du Front N°1 des FARC et son lieutenant Gafas, de monter avec leurs otages dans un hélicoptère de l'armée peint en blanc, sous prétexte de les emmener rencontrer le grand chef, Alfonso Cano. Une fois en vol, les gardiens, qui ne se doutaient de rien, sont facilement maîtrisés, et tout le monde peut aller à Bogotá, remercier Dieu, le président Alvaro Uribe et son ministre de la Défense, un certain Juan-Manuel Santos. Une opération parfaite...

Barranquilla, le 21 février 2009. Sur ce char du carnaval de Barranquilla évoquant l'Opération Jaque, les personnages ont revêtu
les costumes, de gauche à droite, du Général Padilla, le chef des Forces armées colombiennes, d'Ingrid Betancourt, et de son
geôlier des FARC, Gafas (Lunettes). "L'opération Jaque, c'est l'intelligence parfaite". Photo : D. Fellous/Libre arbitre

"Une opération pas si parfaite que ça", si l'on en croit le documentaire ainsi titré présenté hier en  Equateur par le journaliste colombien Gonzalo Guillén, qui entend démontrer que l'Opération Jaque a été plus financière que militaire. Reprenant la piste évoquée par les journalistes français Roméo Langlois et Pascale Mariani dans leur reportage "Histoire secrète d'une libération", diffusé dès novembre 2008 sur Canal + ( et que vous pouvez voir en streaming ici, sauf si comme moi vous êtes l'heureux possesseur d'un mac), qui mettait à mal la version officielle en parlant d'un avocat, Carlos Toro, contacté par Gafas quelques semaines avant les événements pour négocier leur non-extradition vers les Etats-Unis en cas d'arrestation, Gonzalo Guillén va encore plus loin puisqu'il affirme que la libération des otages a été négociée 100 millions de dollars avec leurs geôliers !!

Barranquilla, le 22 février 2009. Ces participants au carnaval déguisés (de
droite à gauche) en Ingrid Betancourt, en Alfonso Cano, le chef des FARC,
en Gafas, et en un intermédiaire vénézuelien, remettent en cause la version
officielle de l'Opération Jaque, en suggérant que l'otage franco-colombienne
a été rachetée par la France (et le président Sarkozy) aux guérilleros
en échange d'un très gros chèque. Photo : D. Fellous/Libre arbitre
D'après le journaliste,  Gerardo Aguilar, alias César, et Alexander Farfan, alias Gafas (Lunettes), les deux guérilleros commandant la colonne chargée de garder les otages des FARC, auraient profité du silence radio imposé par la peur d'être repérés et bombardés et qui avaient distendu les contacts avec la direction centrale du mouvement pour entrer en relation avec l'avocat afin de vendre les otages. Ce sont eux-même qui auraient ainsi orchestré l'opération de libération, détaillée dans un manuel qui prévoyait notamment leur fuite immédiate dans le même hélicoptère que les otages, comme garantie de sécurité contre des représailles. Pour preuve de leur bonne foi, ils auraient révélé l'emplacement d'une cache d'arme, ainsi que d'une autre contenant plus de 560.000 dollars.

Plusieurs questions se posent alors : Où est cet argent ? Que s'est-il passé avec celui qui aurait été promis aux deux déserteurs ? Et surtout où sont César et Gafas aujourd'hui ? César a été extradé aux USA en juillet 2009, suivi deux mois plus tard par son épouse, mais comme le faisait déjà remarquer Noticias Uno, une TV colombienne,  dans un programme d'informations diffusé en février, ils n'apparaissent ni l'un ni l'autre dans le registre PACER, qui répertorie les détenus des prisons américaines...Quand à Gafas, il est supposé être emprisonné en Colombie, mais Gonzalo Guillén assure qu'il y a des également des doutes sur sa localisation. Enfin, pour ce qui est du "mobile", de la part des autorités à un tel mensonge, le journaliste souligne que l'opération a eu pour effet indirect mais immédiat de faire grimper la popularité de Santos assez haut pour être élu à la présidence à la suite d'Uribe, une popularité qui était alors entachée par le scandale des Faux Positifs, ces milliers de civils assassinés par les militaires et présentés comme des insurgés tués au combat afin de gonfler les chiffres de la lutte anti-guérilla.

Les réactions ne se sont pas faites attendre : l'ex-président Uribe a parlé d'une "infamie", l'ex-commandant des Forces Armées Colombiennes (et aujourd'hui ambassadeur de Colombie en Autriche), le général Padilla, d'une "escroquerie", et quant à l'ex-ministre de la Défense (devenu depuis le président de la République) Juan-Manuel Santos, il n'a pas non plus mâché ses mots : "Cela n'a ni queue, ni tête (...) Il y a des idiots utiles, parfois pas si idiots, qui font le jeu de la guérilla." De leurs côtés, le Département d'État américain a assuré que César était détenu dans une prison de Chicago, pour des charges liées au trafic de drogue, et l'INPEC (l'Administration Pénitenciaire colombienne) que Gafas est bien emprisonné dans le Quartier de Haute Sécurité de la Picota, à Bogotá, accusé de séquestration.

Alors que croire ? 
  
La version lisse et officielle d'une opération risquée mais parfaitement réussie, exécutée sans aucune aide extérieure par l'armée colombienne, et qui a "humilié les FARC", selon les mots du président ?

Ou celle, un peu plus romanesque (quoique...) mais pas beaucoup moins crédible, du deal avec des cadres moyens de la guérilla, fatigués de la clandestinité, et espérant échapper à la mort, et à la prison, en rêvant même de peut-être s'enrichir au passage ?

Personnellement j'ai une troisième théorie, basée sur l'intuition plus que sur des faits précis je le concède, mais qui me parait plus logique et plutôt plus réaliste que les deux précédentes. Je la développerai peut-être ici un de ces jours. En attendant, permettons nous tout de même de remarquer, au crédit du journaliste, que la révélation le 29 avril dernier par Wikileaks d'un câble diplomatique secret nous a permis d'apprendre qu'un télégramme avait été envoyé par l'ambassade américaine à Bogotá le 24 juin 2008, soit une semaine seulement avant l'opération, annonçant que César était prêt à se rendre avec les otages contre une possibilité de se réfugier en France avec sa fille et sa femme, capturée cinq mois plus tôt, et que le processus de négociation avec l'armée et l'Église était déjà très avancé.

Peut-être bien qu'à la place d' "Opération Échec" il eut été plus approprié de l'appeler "Opération Poker Menteur"....

PS : Le téléscopage de nouvelles continue, et j'apprends à l'instant que Brad Pitt serait pressenti pour incarner le sauveur d'Ingrid Betancourt et des otages américains dans une superproduction de la Warner : The Mission. Voilà qui va probablement donner encore une autre version des faits, car je doute qu'un scénario écrit à Hollywood suive la théorie officielle qui dément toute participation américaine à l'opération...